Publié il y a 1 h - Mise à jour le 30.06.2026 - Propos recueillis par Abdel Samari - 5 min  - vu 58 fois

L'INTERVIEW Philippe Berta : « La santé est devenue le grand angle mort du débat politique »

Philippe Berta

Après son départ de l'Assemblée nationale, l'ancien député gardois mène un nouveau combat pour l'innovation médicale.

- Photo Abdel Samari

L'ancien député MoDem du Gard lance une vaste alliance réunissant patients, chercheurs et industriels pour replacer l'innovation en santé au cœur de la présidentielle de 2027. Il livre aussi son regard sur Nîmes, la prévention et les nouveaux défis de la médecine.

Après avoir quitté l'Assemblée nationale, l'ancien député MoDem du Gard se lance un nouveau défi : réunir chercheurs, médecins, industriels et associations de patients pour replacer l'innovation en santé au cœur de la campagne présidentielle de 2027. Dans un entretien à Objectif Gard, il livre également son regard sur Nîmes, la prévention, les addictions chez les jeunes et les nouveaux traitements contre l'obésité.

Objectif Gard : Après votre mandat de député, vous vous lancez dans un nouveau combat. Pourquoi ?

Philippe Berta : Parce que je suis profondément inquiet. La France est en train de décrocher dans un domaine où elle excellait : l'innovation en santé. Nous étions parmi les meilleurs en Europe en matière de recherche clinique. Aujourd'hui, nous sommes cinquièmes. Nous perdons des essais cliniques, nous perdons des investissements et, surtout, nous perdons l'accès à des innovations dont bénéficient déjà d'autres pays européens.

Comment en est-on arrivé là ?

Nous ne sommes plus attractifs. Nous sommes devenus un petit marché mondial et nous rémunérons très mal les innovations thérapeutiques. Les industriels arbitrent naturellement leurs investissements vers d'autres pays. Les Français ne s'en rendent pas compte, mais ils n'ont aujourd'hui accès qu'à environ la moitié des innovations disponibles en Europe.

« J'ai voulu réunir des gens qui ne travaillent jamais ensemble »

Vous créez aujourd'hui une alliance nationale. Quel est son objectif ?

Faire ce qui n'a jamais été fait. Réunir autour d'une même table les associations de patients, les chercheurs, les médecins, les industriels, les spécialistes du transfert de technologies et de l'innovation. Jusqu'à présent, chacun défendait son dossier séparément. Moi, je veux qu'ils parlent d'une seule voix.

Pourquoi cette méthode ?

Parce qu'un ministre peut facilement recevoir une association, un industriel ou un chercheur puis passer à autre chose. Si huit millions de patients, les chercheurs et les entreprises portent ensemble les mêmes propositions, cela change complètement le rapport de force.

« Je veux obliger les candidats à parler santé »

Concrètement, que préparez-vous ?

Nous avons auditionné près d'une centaine de personnalités. Cela représente plus de 1 300 pages de contributions. Nous allons en extraire une dizaine de propositions fortes qui seront validées à la fois par les associations de patients et par les industriels.

Et ensuite ?

Nous les présenterons à tous les candidats à l'élection présidentielle. Je veux qu'ils répondent à une question simple : quel est votre projet pour la santé ? Aujourd'hui, ce sujet est quasiment absent du débat politique alors qu'il concerne absolument tout le monde.

« La santé ne doit plus être vue uniquement comme une dépense »

Vous reprochez aux responsables politiques leur vision de la santé ?

Oui. On ne parle que des urgences, des déserts médicaux ou des déficits hospitaliers. Ce sont des sujets importants, mais la santé, c'est aussi la recherche, l'innovation, les biotechnologies, les essais cliniques, l'industrie pharmaceutique. C'est un secteur stratégique pour notre économie.

Vous estimez également que la France doit faire des choix ?

Absolument. Nous voulons tout faire partout. Ce n'est plus possible. On multiplie les structures, les labels, les financements, mais sans stratégie globale. À force de disperser les moyens, on affaiblit tout le monde.

Vous pensez notamment aux CHU ?

Oui. Un CHU n'est pas seulement un hôpital, c'est aussi un centre de recherche. Soyons lucides : tous ne développent pas une recherche de très haut niveau. Il faut avoir le courage de concentrer davantage les moyens sur les équipes les plus performantes.

« La prévention reste notre immense retard »

Vous revenez souvent sur la prévention. Pourquoi ?

Parce que c'est là que nous échouons depuis des décennies. Nous dépensons énormément pour soigner, mais très peu pour éviter les maladies.

Vous citez fréquemment la Norvège…

Car ils ont intégré l'éducation à la santé dès l'école primaire. Quinze ans plus tard, ils économisent près de 30 % de dépenses de santé. Chez nous, les politiques raisonnent à cinq ans. La prévention demande quinze ou vingt ans.

Vous continuez également à présider l'École de l'ADN de Nîmes.

Oui, et c'est un engagement auquel je tiens énormément. Depuis trente ans, nous faisons découvrir la science autrement. Les jeunes manipulent, expérimentent, comprennent par eux-mêmes. C'est ce que les Anglo-Saxons appellent le learning by doing.

Pourquoi est-ce si important ?

Parce que la crise sanitaire a montré les limites de notre culture scientifique. Beaucoup de fausses informations ont prospéré. Une société qui comprend mieux la science débat beaucoup plus sereinement.

« Nîmes doit retrouver une ambition »

Quel regard portez-vous sur la nouvelle équipe municipale ?

Je la connais encore assez peu. Je n'ai plus d'ambition politique locale. En revanche, j'aimerais que la ville se pose une vraie question : quelle est sa vision à vingt ans ?

Qu'entendez-vous par là ?

Une ville ne peut pas uniquement gérer son quotidien. Elle doit choisir quelques priorités fortes. Aujourd'hui, Avignon est immédiatement associée au théâtre, Angoulême à la bande dessinée, Aix à la musique. Nîmes organise beaucoup de choses, mais peine encore à construire une identité culturelle forte.

Vous pensez qu'il faut faire des choix ?

Oui. On ne peut pas tout faire. Il faut miser sur quelques événements capables d'attirer des visiteurs plusieurs jours. Une ville comme Nîmes doit créer de la richesse grâce à son attractivité.

« Les addictions sont un vrai sujet de société »

Le maire Vincent Bouget s'inquiète de l'alcoolisation des jeunes pendant la Feria.

Je partage cette inquiétude. Mais le problème dépasse largement l'alcool. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une explosion des addictions sous toutes leurs formes.

Quelle est la solution ?

Il n'y en a malheureusement pas de simple. On peut renforcer les contrôles, communiquer davantage, mais la seule réponse durable reste l'éducation et la prévention.

Quel regard portez-vous sur les nouveaux médicaments contre l'obésité ?

Ils constituent une avancée thérapeutique importante. En revanche, je suis opposé à leur banalisation.

Pourquoi ?

Parce qu'ils doivent rester réservés aux situations médicales les plus graves et être prescrits sous surveillance spécialisée. Il ne faudrait surtout pas envoyer le message qu'une injection remplacera une bonne hygiène de vie.

L'obésité reste avant tout un enjeu de prévention ?

Évidemment. Une alimentation déséquilibrée, la sédentarité, les écrans... tout cela explique l'augmentation spectaculaire de l'obésité. Les médicaments peuvent aider certains patients, mais ils ne remplaceront jamais une véritable politique de prévention.

La politique ne vous manque pas ?

Non. Aujourd'hui, je préfère consacrer mon énergie à des projets utiles. Si je peux contribuer à remettre la santé, la recherche et l'innovation au cœur des priorités nationales, j'aurai le sentiment d'avoir encore servi mon pays.

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