Publié il y a 1 an - Mise à jour le 23.03.2023 - François Desmeures - 5 min  - vu 830 fois

ALÈS Lâcher prise et soutien entre pairs au lieu d'accueil parents-enfants Parent'Aise

(photo François Desmeures)

Deux fois par semaine, le lieu d'accueil parents-enfants (LAEP) Parent'Aise, de l'association la Miséricorde, accueille des parents qui souhaitent un temps de répit. En permettant au parent de lâcher prise - alors que, bien souvent, l'enfant représente l'activité quasi exclusive de la semaine - les accueillants du LAEP aident l'enfant à se confronter à l'autre, à se sociabiliser, à connaître d'autres formes de rapports que celui avec ses parents. Une étape parfois indispensable avant la scolarisation. Immersion d'une après-midi au 42 bis avenue Gambetta. 

Il ne faut pas beaucoup d'après-midis pour que les enfants jouent entre eux, avec leurs parents, autour de Yuna Gouhier, responsable des lieux • (photo François Desmeures)

Sans perdre le sourire, la responsable des lieux, Yuna Gouhier, enjambe quelques jouets et manque de marcher sur l'un d'eux. "C'est Koh-Lanta ici", s'amuse-t-elle alors que l'après-midi du LAEP, entamé à 13h30, en est presque à deux heures de temps. Aujourd'hui, sept ou huit enfants sont venus dans le local inauguré récemment (relire ici). Avec eux, deux couples. Et, pour les autres, exclusivement des mamans. Le mari travaille, bien souvent, quand la mère s'occupe des enfants. Ou de l'un d'entre eux, celui qui a entre 0 et 6 ans et pour qui la sociabilisation, entravée pour de multiples raisons, est un enjeu. 

Les lundi et jeudi, entre 13h30 et 16h30, Parent'Aise ouvre donc ses portes... à qui le souhaite, à intervalles irréguliers, en fonction des coups de sonnette. "Nos partenaires en parlent, on fait de la diffusion sur les réseaux sociaux, on s'appuie beaucoup sur le bouche-à-oreille, énumère Yuna Gouhier. La PMI (protection maternelle infantile) contacte aussi des parents isolés, les orientent vers nous, les accompagnent." Parent'Aise n'est pas non plus le seul LAEP alésien, le SAM existe rue de l'Aigoual, quartier des Cévennes, ainsi qu'un autre à Saint-Privat-des-Vieux. 

À l'arrivée au LAEP, prise de contact avec l'enfant et sa mère • (photo François Desmeures)

Difficile de lister, avec rigueur, les raisons qui poussent ces parents à venir avec leur enfant en LAEP. "Parfois ils ne le savent pas eux-mêmes, constate Yuna Gouhier. Le LAEP a vocation à préparer à la séparation, en douceur, avant l'entrée à l'école. Ce qui ressort des discussions qu'on peut avoir avec les parents, c'est la solitude et l'isolement." Le LAEP est aussi le lieu où la maman "va pouvoir souffler. On a parfois de jeunes mamans pour qui l'arrivée d'un bébé, souvent pour cause d'immaturité, est un cataclysme". Si, pour certaines d'entre elles, l'isolement rime avec difficulté sociale, ce n'est pas la règle absolue. "On a tous les cas de figure, modère Yuna Gouhier, y compris une maman qui exerce comme psychologue". 

"Un lieu où leur enfant peut aller au contact de l'autre"

Yuna Gouhier, responsable du LAEP Parent'Aise des Oeuvres de la Miséricorde

"Elles trouvent un lieu où leur enfant peut aller au contact de l'autre", poursuit Yuna Gouhier. Dans un lieu où elles ne sont pas jugées, anonyme et gratuit, et où les accueillantes (même si Yuna Gouhier cherche aussi des hommes) viennent bénévolement. Des accueillants que Yuna Gouhier prospecte. "J'ai une assistante familiale, une autre qui travaille à la Maison des familles, une qui vient d'ouvir une maison d'assistantes maternelles, une éducatrice spécialisée d'une Mecs (maison d'enfants à caractère social, NDLR), ou encore une psychomotricienne."

Dans la cuisine du LAEP, les discussions s'enchaînent avant qu'une mère ne prépare des crêpes pour tous • (photo François Desmeures)

Toutes sont formées à l'écoute, et non au conseil. "On fait en sorte de lancer le sujet de conversation. Puis, on se retire." Parfois, les accueillantes attirent certains enfants par les jeux, afin qu'ils se détachent un peu de leur mère. Au fil du temps, les enfants tissent des liens entre eux, avec les accueillantes, leur montrent de la confiance, tandis que les mères poursuivent leurs discussions ou préparent le goûter. À table, justement, autour des crêpes préparées par l'une des mères, les discussions fusent sur les enfants, les difficultés de la semaine, quelques bons plans de cuisine. "Ça fait cinq minutes qu'on n'entend plus ta fille", glisse une mère à une autre, entre inquiétude sur son sort et constat qu'elle est parvenue à se détacher. 

Sa fille est atteinte de troubles du spectre autistique. "La MDPH (maison départementale des personnes handicapées, NLDR) préconise 13 heures par semaine avec une auxiliaire de vie scolaire, précise la mère, tout en régalant l'assistance de crêpes préparées sur place. Au mieux, elle n'a que trois heures, quand l'AVS n'appelle pas pour dire qu'il y a eu des bouchons. Le problème, c'est qu'on sait que l'école, ça l'aide, ça lui fait du bien."

Des crèpes qui sont dégustées en commun, avec les enfants, ou tandis que certains jouent encore dans la salle d'à côté • (photo François Desmeures)

"S'ils acceptent votre enfant, ils doivent s'en occuper, précise Sandrine, l'accueillante du jour avec Yuna Gouhier. Il ne faut pas vous laisser décourager." Alors, la maman raconte les obstacles, le parcours du combattant qui voit sa fille figurer dans toutes les  listes d'attente. Celle de l'hôpital de jour, "deux ans et demi qu'on attend" ; le SESSAD (service d'éducation spéciale et de soins à domicile) "est aussi en attente"... "On est en France, on veut que son enfant apprenne comme les autres et on nous renvoie chez nous", reprend la mère. Quant à la possibilité d'augmenter le nombre d'heures de présence de l'auxiliaire de vie, "la maîtresse me dit que ça ne marche pas comme ça. Mais son père et moi, on a le moral à zéro". 

"Ici, c'est comme une grande famille"

Une mère habituée du LAEP

"Ici, c'est comme une grande famille", sourit à nouveau la mère. "Ta fille, même si c'était la dernière arrivée, elle devait être acceptée ici, comme tout le monde, lui répond une autre mère. On ne s'ennuie pas ici, poursuit-elle, on a des activités pour les anniversaires, pour Noël... On ne nous a jamais rien refusé. En appartement, avec des enfants, c'est compliqué. Même nous on se repose, ici. Sans stress." 

Yuna Gouhier profite que les parents soient occupés pour échanger et jouer avec les enfants • (photo François Desmeures)

"Mon mari travaille et j'habite à Saint-Martin-de-Valgalgues, reprend une autre. La PMI Cévennes m'a envoyée ici, j'avais besoin de trouver un endroit. Du coup, j'ai rencontré des mamans et, deux jours par semaine, je suis sûre de sortir de chez moi." Elle, c'est désormais une "recruteuse", qui n'a de cesse de faire venir de nouvelles mamans au LAEP, selon les autres mères et la responsable. Depuis qu'elle vient, elle a vu sa fille "beaucoup évoluer, elle est bien plus sociable. Elle a marché à onze mois parce qu'elle a vu sa fille marcher", dit-elle en montrant une autre mère. Si elle est venue avec son compagnon, celui-ci travaille la plupart du temps. "Désormais, je passe aussi du temps avec les autres mères", confie-t-elle. 

Au fur et à mesure des entrées, Yuna Gouhier écrit le nom des enfants, leur âge, sur un tableau commun, pour faciliter les échanges. "Venant de l'extérieur, il y a sans doute des gens qui pensent qu'on ne fait rien", imagine la responsable des lieux. Si le travail est difficilement quantifiable pour un économiste spécialisé dans le rendement, ses effets le sont. Car tandis que Yuna laisse infuser ce doute, l'une des mères interpelle une autre : "La preuve qu'elle a fait des progrès ta fille : elle demande des bisous à d'autres que sa maman." "Au début, elle me collait trop, détaille la mère. Ça ne fait qu'un an et demi que nous sommes à Alès. Aujourd'hui, elle va vers d'autres mamans, vers d'autres enfants. Ça fait vraiment plaisir de la voir rencontrer d'autres gens." 

* Le LAEP Parent'aise du boulevard Gambetta est ouvert les lundis et jeudis, de 13h30 à 16h30, sauf le 4e jeudi du mois et pendant les vacances scolaires.

François Desmeures

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