Publié il y a 8 mois - Mise à jour le 23.08.2023 - La rédaction - 4 min  - vu 465 fois

FAIT DU JOUR Face à la canicule, les villages ont l'avantage de connaître leur population

Si la température était encore clémente à 9 heures ce mardi, le marché de Saint-Jean-du-Gard était loin de son affluence estivale habituelle

- François Desmeures

Les salles climatisées sont rares dans les villages. Pas de salle de refuge, donc, pour les personnes âgées et fragiles. Mais les petites communes compensent ce manque par la connaissance de leurs habitants et la solidarité entre voisins. Tour d'horizon des solutions. 

La préfecture avait pris les devants, vendredi dernier, en organisant une visioconférence avec les communes, pour confirmer la vague de chaleur attendue cette semaine. Le département entier la constate depuis lundi. Dans les villages, les infrastructures refuge existent rarement, faute de budget suffisant. "Chez nous, c'est le CCAS (centre communal d'action sociale, NDLR) qui gère, explique le maire de Robiac-Rochessadoule, Henri Chalvidan, dont la commune compte environ 900 habitants en hiver et 1 100 en été. Nous avons une liste des personnes sensibles et nous prenons régulièrement contact avec ces gens-là. Le cas échéant, on apporte de l'eau à domicile."

Si la température était encore clémente à 9 heures ce mardi, le marché de Saint-Jean-du-Gard était loin de son affluence estivale habituelle • François Desmeures

Même fonctionnement à Saint-Jean-du-Gard. ici, c'est la personne en charge de l'accueil qui garde la main sur la liste. "Ce matin (lundi, NDLR), j'ai appelé toutes les personnes de la liste pour leur demander s'il fallait aller leur chercher de l'eau, s'ils sont suffisamment entourés et s'ils souhaitent être rappelés. Je rappellerai mercredi. Mais de toute façon, certains craignent vraiment la chaleur et ne sortent pas avec ces températures.

Un constat partagé par le maire de Comps, Jean-Jacques Rochette. "Nous avons ouvert depuis lundi la salle des mariages, juste à côté de la mairie et mis à disposition de la population des boissons fraîches et des jeux. Personne n'est venu jusque-là, mais si jamais une se présente, elle sera accueillie." Un accueil assuré par les agents du CCAS. Le premier édile Compsois a lui-même rendu visite à certains de ses administrés, ceux considérés comme isolés, qui lui ont assuré avoir le soutien de leurs voisins. "Dans un village de 1 750 habitants (pour le moment car un projet de construction de 70 habitations est en cours sur la commune, NDLR) c'est plutôt facile, tout le monde se connaît et on peut compter les uns sur les autres", souligne Jean-Jacques Rochette. Outre les appels téléphoniques à la population dite vulnérable, des messages de prévention ont également été diffusés sur les réseaux sociaux de la commune. "J'y ai laissé mon numéro personnel afin que toute personne ayant besoin d'aide puisse directement me contacter", précise le maire.

Jean-Jacques Rochette, maire de Comps. • Stéphanie Marin

"À Conqueyrac, ce n'est pas compliqué", relativise le maire, Jacques Dautheville. La commune a pourtant longtemps détenu le record de chaleur en France (44,1°C), avant d'être détrônée par Vérargues (Hérault) en 2019. "Mais aujourd'hui, on sait où sont les personnes âgées et, surtout, on sait qu'elles ne sont pas isolées." Dans la dizaine de hameaux qui composent la commune, famille et voisins sont attentifs. "Et nous avons encore des nuits qui ne sont pas désagréables, par rapport à la ville." À Durfort, la commune a eu cette même logique de recenser les personnes isolées. "On n'en a pas, relate le maire, Robert Condomines. Donc pas de tournée d'appels." 

"Par rapport à la canicule de 2003, la population a rajeuni, lance le maire d'Arrigas (et président du Pays viganais), Régis Bayle. Nous avons donc beaucoup moins de personnes isolées." Un concept qui ne se prête pas réellement à la commune, selon Régis Bayle. "Ici, la notion d'isolement est très relative. On a conservé un sens de la relation sociale. Et puis, à notre échelle, les personnes âgées dont la famille n'est pas à proximité sont deux ou trois." Si le président du Pays viganais s'inquiète pour les habitants du Vigan qui vivent en HLM - "où les bailleurs sociaux n'ont pas fait de rénovation énergétique depuis bien longtemps" - ou pour ceux qui logent dans "des villas des années 80", il rappelle aussi que l'architecture cévenole traditionnelle possédait des murs épais et de petites fenêtres. Soit une architecture qui, dès sa conception, est en position de lutter contre les éléments climatiques. 

Enfin, il y a les villages plus reculés qui résistent encore un peu au réchauffement. Sur le causse noir, le maire de Lanuéjols, Alexandre Vigne, tempère, même si le thermomètre est monté à 37° lundi. "On n'a pas trop chaud. On a même eu un peu froid début août. Mais, tout de même, dans notre bulletin municipal de l'été, on avait affiché un récapitulatif des gestes à pratiquer en cas de canicule." La maison en partage des Ormeaux, qui accueille des personnes âgées, "possède une salle climatisée. Et puis, les personnes âgées à domicile ont généralement des murs épais, et les maisons sont à demi enterrées. Il y a donc au moins une pièce fraîche pour chacun." Pensée pour lutter contre les hivers sévères, l'architecture caussenarde se revèle bien utile lors des étés caniculaires...

benoit trichot montclus
Benoit Trichot, le maire de Montclus, une commune de 200 habitants de la vallée de la Cèze.  • photo Marie Meunier

À Montclus aussi, dans la vallée de la Cèze, les vieilles maisons en pierre résistent mieux à la chaleur. "Les nuits ici sont plus fraîches. Les gens savent quand il faut tout fermer et quand est-ce qu'il faut aérer", atteste le maire, Benoit Trichot. Lui-même a mis la main à la patte ce lundi en amenant et en installant une climatisation portable chez une habitante. "Il y a toujours des voisins, des enfants pour s'entraider. Tout le monde se préoccupe de tout le monde, on gère la situation familialement", poursuit-il. L'édile détient une liste de personnes dans le Plan communal de sauvegarde (PCS) : "On sait précisément qui se trouve dans quelles conditions, si la personne est âgée et isolée... Mais la plupart ont de la visite de leur famille l'été." Le mercure est grimpé au-delà de 40°C ces derniers jours alors le maire reste vigilant mais ne trouve pas la situation trop inquiétante pour l'heure : "Je préfère ça que l'alerte inondation", conclut-il en regardant la Cèze passant en bas du village. 

La rédaction

Société

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio