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FAIT DU JOUR Auto-écoles : tout le monde veut prendre sa place… de permis

Au moment de la reprise des auto-écoles, on comptabilisait dans le Gard environ 3 000 candidats en attente d'une place pour passer leur permis, retardés par le confinement. ©PHOTOPQR/LE TELEGRAMME / FRANCOIS DESTOC / LORIENT (56) / LE 09/02/15

350 000. C'est le nombre de personnes en France qui seraient en attente de passer leur permis de conduire. Dans le Gard, au moment du déconfinement ils étaient environ 3 000 élèves à être sur une voie de garage ; tous permis confondus. Avec la crise liée au covid-19, les milliers d'auto-écoles françaises ont dû fermer, laissant leurs élèves sans leçon ni possibilité d'obtenir leur examen. Alors, depuis la reprise, ça bouchonne pour trouver des places de permis. 

Pour Christine Manchon, gérante depuis 2009 de l'auto-école CER Jo conduite à Bagnols-sur-Cèze, la situation est particulièrement compliquée depuis la réouverture du 15 mai. À tel point qu'elle a souhaité rencontrer le député Anthony Cellier pour parler de son problème. "En temps normal, je présente entre 40 et 50 candidats au permis par mois. Ce mois-ci, je n'ai réussi à en avoir que 30", déplore-t-elle.

Ce qui fait que la gérante de l'école de conduite se retrouve avec les candidatures d'élèves en attente depuis mars cumulées à celles des nouveaux prêts pour l'examen. "On se retrouve avec tous ces gamins sur les bras et il n'y a pas moyen de les satisfaire. On ne sait pas comment on va rattraper ces deux mois. S'ils ne veulent pas mettre des inspecteurs supplémentaires, nous on n'est pas des magiciens", livre-t-elle.

Même si la plupart se montrent compréhensifs, certains élèves ont choisi de quitter son auto-école pour une autre afin d'obtenir ailleurs une place pour passer leur permis. Un empressement motivé par la rentrée universitaire de septembre. Beaucoup d'élèves comptent en effet sur leur permis pour avoir toute leur autonomie une fois en faculté.

Le manque de places bloque tout le système d'apprentissage puisqu'il semble absurde de donner des heures de conduite si les élèves n'ont aucune perspective de passer leur permis dans les temps qui suivent. "Il a été demandé aux inspecteurs de ne pas prendre de congés cet été. Comme moi, j'ai dit à mes salariés qu'ils ne pouvait pas se le permettre. On ne fermera même pas la semaine du 15 août comme on le fait d'habitude."

Les effets pernicieux de l'expérimentation occitane

C'est pourquoi la gérante de l'auto-école bagnolaise a donné comme consigne à ses employés d'orienter en priorité les inscrits vers la conduite accompagnée ou supervisée. Les deux formules obligent les apprentis conducteurs à se faire la main sur la route pendant plusieurs mois, repoussant ainsi l'échéance du permis.

À ce problème lié à la crise sanitaire, s'ajoute un autre élément, selon Christine Manchon : "Rendez-vous permis", le nouveau système de places de permis expérimenté cette année en région Occitanie, et qui pourrait être généralisé en France. Les écoles de conduite et les candidats libres (moins d'un pour cent des reçus dans le Gard) peuvent réserver des places directement en ligne sur une plateforme. "Avant, nous avions un nombre de places attribué en fonction du nombre d'inscription en auto-école et du taux de réussite à l'examen. Maintenant, avec ce système, c'est premier arrivé, premier servi", explique-t-elle. Au point que chacun se ruerait sur le peu de places disponibles à chaque mise à jour, laissant les autres sans créneau.

Pendant le confinement, Christine Manchon a dû contracter un emprunt pour supporter la fermeture forcée. Elle n'avait qu'un mois de trésorerie d'avance au 15 mars. Elle espère que les charges seront annulées sinon, son emprunt ne suffira pas : "Entre ce nouveau système de places d'examen et la crise sanitaire, je ne sais pas si je vais pouvoir continuer l'année prochaine." Il faut espérer que le contexte actuel ne tuera pas cette entreprise familiale, créée en 1988 par le père de Christine.

Évaluer les besoins en places des centres d'examen

Benjamin Panis, directeur de l'auto-école de Bessèges et aussi représentant gardois de l'UNIC (Union nationale des indépendants de la conduite), reconnaît que l'instauration du nouveau système de places de permis a connu certaines limites après le confinement : "Ça a été la grosse bousculade mais c'est en train de s'arranger. Ce système-là est expérimenté depuis mars. Il va permettre après de lister les besoins en places, de voir les centres d'examens où il y a plus de demandes que de places, etc."

La DSR (Délégation à la sécurité routière) est en train de lister le nombre d'inspecteurs sur les différents centres d'examen du département (La Grand'Combe, Alès, Nîmes, Bagnols, Uzès, Sommières, Villeneuve-lez-Avignon, Beaucaire, Le Vigan, NDLR) et de travailler à leur répartition en fonction des besoins. Le Gard compte une quinzaine d'inspecteurs. Tout ce travail sera mené par le ministère de l'Intérieur avec la branche de la DSR et les services de la préfecture. "Soit ils sont capables de fournir des places d'examen en nombre suffisant soit il faut faire appel au privé", en déduit Benjamin Panis.

Un autre problème est venu se greffer sur une situation déjà compliquée. Les inspecteurs ont repris un mois après la réouverture des auto-écoles qui ont dû encore patienter pour présenter leurs élèves à l'examen. Alors quand les premiers créneaux sont apparus sur la plateforme, les places ont été pourvues à toute vitesse: "Quand on ne nourrit pas les poules pendant deux jours et qu'on leur met un seau de maïs, elles se jettent dessus", métaphorise Benjami Panis. Lui-même a réservé des plages horaires au début du mois de juillet plutôt qu'à la fin, par peur de se retrouver sans aucune place : "On positionne les candidats et après, on fait la formation. Je me retrouve à travailler 7/7 jours pour les préparer."

"C'est très important de pouvoir rouler quand on est loin de la ville, de la fac. Sinon on dépend des autres"

Il nuance tout de même : "Quinze jours en arrière, la situation était très tendue, on n'avait aucune visibilité. Là, on y arrive petit à petit même s'il y a encore de l'attente." Au début de la reprise, les inspecteurs étaient limités à examiner 11 candidats par jour contre 13 à la normale (en prenant en compte le temps de désinfection entre chaque passage, NDLR). Ils vont pouvoir repasser bientôt à 13, donnant ainsi 30 créneaux supplémentaires pour passer l'examen.

Inscrite à l'auto-école de Bessèges, Marie Krawczyk a fait partie des chanceux qui ont pu finalement passer leur permis la semaine dernière. "Je devais le passer pendant les vacances en mars-avril mais avec le confinement, tout a été bloqué. La date a été reprogrammée le 9 juin", raconte-elle. Elle a dû reprendre six leçons de conduite supplémentaires avant l'examen car elle n'a pas pris le volant en conduite accompagnée avec sa mère pendant toute la durée du confinement.

Elle l'a eu finalement du premier coup, quelques jours avant de célébrer ses 18 ans. Elle tenait particulièrement à l'avoir rapidement, d'autant que la rentrée prochaine, elle entame un BTS à Mende, qui n'est pas forcément la ville la plus accessible en transport en commun : "J'habite Bessèges. C'est très important de pouvoir rouler quand on est loin de la ville, de la fac. Sinon, on dépend des autres personnes. Et les horaires de bus restent compliqués." Il faudra attendre quelques mois avant que la situation revienne à la normale. Les candidats doivent faire preuve de patience. Une qualité à appliquer aussi une fois sur la route !

Marie Meunier

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