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FAIT DU JOUR À la centrale de Tricastin, 1,6 milliard investis dans la sûreté nucléaire

Pour augmenter encore ses marges de sûreté nucléaire, EDF Tricastin fait construire son futur centre de crise local. Il permettra en cas de crise aux équipes d'être mobilisées dans la durée, quelles que soient les conditions à l'extérieur. (Marie Meunier / Objectif Gard)
L'impressionnante salle des machines de la tranche 2... (Marie Meunier / Objectif Gard)

C'est au début des années 1980 qu'a été construite et mise en service la centrale nucléaire du Tricastin. Au départ, c'était pour alimenter l'usine Eurodif, mais depuis sa fermeture en 2012, la production est entièrement injectée dans le réseau de transport d'électricité.

Le site de Tricastin comprend quatre réacteurs de 900 MWe qui ont une puissance totale installée de 3 685 MWe. Concrètement, cela représente 45% de la consommation électrique de Rhône Alpes, soit 6% de la production électrique française. 2 000 personnes travaillent en permanence sur site pour produire de l'électricité.

Malgré sa superficie de 55 hectares - ce qui reste petit pour une centrale -, on peut dire que Tricastin est une grosse machine. En France, il n'existe pas de limite d'âge pour les centrales nucléaires. Pour autant, de nombreuses opérations, de nombreux contrôles sont effectués pour s'assurer que les réacteurs fonctionnent et ne risquent pas de provoquer un incident nucléaire. Et cette prise de conscience s'est encore renforcée après la catastrophe de Fukushima au Japon en 2011. Le gouvernement français avait demandé à EDF d'effectuer des travaux pour renforcer ses installations.

À la centrale du Tricastin, le problème a été pris à bras le corps. En retour d'expérience de Fukushima, il a été décidé que chaque site devait disposer d'un bâtiment bunkerisé servant de centre de gestion de crise. Cedrick Hausseguy, directeur de la centrale EDF du Tricastin, explique : "C’est un bâtiment dimensionné pour faire face aux agressions climatiques les plus sévères : inondations, tornade, séisme… et qui permet de gérer un événement en totale autonomie pour les équipes."

"Poursuivre l’exploitation de nos tranches au-delà de 40 ans"

Dans le bâtiment, les équipes disposeront de nourriture, d'eau potable, de matériel, d'un groupe électrogène, d'un réseau internet... Bref de quoi survivre trois jours en autonomie avant d'être ravitaillées. En dehors d'une crise majeure, le bâtiment ne sera pas utilisé. La forteresse est en cours de construction et sera prête pour fin 2022. Une vingtaine de personnes travaille actuellement sur le chantier.

Mais même avant Fukushima, EDF avait déjà posé la sûreté nucléaire comme une priorité absolue. Depuis 2018 et jusqu'en 2028, a lieu le grand carénage. C'est un programme industriel qui "vise à rehausser les niveaux de sûreté de nos tranches et à poursuivre l’exploitation de nos tranches au-delà de 40 ans", introduit Cedrick Hausseguy. Par tranches, entendez réacteurs.

C'est donc un cap important pour l'installation nucléaire. Il s'insère dans les visites décennales, qui comme leur nom l'indique, sont imposées tous les dix ans. Ici on parle donc d'une visite décennale dite de 4e génération. "Tous les 10 ans, nous devons faire un check-up complet de l’installation. Suite à chaque visite décennale, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) valide les travaux réalisés ou les examens réalisés, et prononce l’autorisation de poursuivre l’exploitation dix ans de plus", vulgarise Cedrick Hausseguy.

Redémarrage du réacteur 2 prévu pour mi-juillet

Ce "check-up" se décline en plusieurs examens, notamment l'inspection de la cuve réalisée à l'aide d'un robot qui procède par radiographie et par ultrasons. Immergé à l'intérieur du réacteur complètement "déchargé", le robot mesure la robustesse métallurgique de la structure et sa capacité à être exploitée en toute sûreté pendant dix ans supplémentaires.

Un autre examen vise aussi à pressuriser les circuits bien au-delà de leur pression nominale toujours pour vérifier la robustesse et l'absence de fuite. Une ultime épreuve porte sur l'enceinte de confinement. Là aussi, elle va être gonflée pour s'assurer de sa solidité. Elle doit pouvoir résister, car en cas d'incident nucléaire, les gaz doivent rester comprimés pour être collectés et traités pour éviter un rejet dans l'environnement. Ces quatre épreuves ont été réalisés sur la tranche 2 cette année, et sur la tranche 1 en 2019. Viendront ensuite les tranches 3 et 4 dans les prochaines années.

Trois équipes de quinze personnes se relaient chaque jour dans la salle de commande. Il existe une salle de commande par tranches. (photo Crespeau)

Pour l'instant, le réacteur 2 est à l'arrêt et redémarrera mi-juillet. Cela n'empêche pas que de nombreux salariés oeuvrent dans la salle des commandes, véritable cockpit de la centrale. Au quotidien, trois équipes de 15 personnes se relayent pour piloter le navire, avec ses nombreux boutons et écrans.

Assurer le refroidissement du coeur du réacteur et des assemblages combustibles

En plus des quatre épreuves citées plus haut, les visites décennales 4e génération ont une particularité. Celle d'imposer des modifications spécifiques pour rehausser davantage le niveau de sûreté nucléaire. "Elles ont l'objectif précis de permettre en permanence, quels que soient les circonstances, le refroidissement du coeur du réacteur et le refroidissement des assemblages combustibles qui sont stockées dans notre piscine de désactivation", affirme le directeur.

Pourquoi refroidir ? Pour éviter la montée en pression du réacteur et ainsi réduire le danger d'une radioactivité qui se propagerait à l'extérieur et pourrait atteindre la population et l'environnement. Tout ce programme industriel sur 10 ans représente un investissement de 1,6 milliards d'euros en travaux et modifications. Somme qui revient à 25% à des entreprises du Gard, de la Drôme, de Vaucluse, d'Ardèche et des Bouches-du-Rhône.

Alors quelles sont ces modifications ? Il faut savoir déjà que depuis quarante ans, les quatre tranches sont équipées de systèmes doublés de refroidissement électriques. Mais imaginez que ces systèmes soient défectueux ? Imaginez que des phénomènes météorologiques extrêmes les endommagent ? EDF a donc mis au point des matériels supplémentaires ultra-résistants : "Ce qu’on a vu après Fukushima, c’est que ces matériels doivent être robustes et capables de faire face aux aléas climatiques. S’il y a une tornade, un séisme, une inondation (même si risque est faible), ils doivent rester intacts et continuer à fonctionner", indique Cedrick Hausseguy.

Rassurer pour marquer des points pour la paire d'EPR 2 ?

Chacune des installations est munie d'un groupe électrogène dit "diesel d'ultime secours" (DUS), installé à 5-6 mètres au-dessus du sol pour se prémunir du risque inondation. Ont aussi été installés un système supplémentaire de refroidissement (PTR-bis) ou encore un dispositif ultime d'aspersion de l'enceinte. En cas d'incident nucléaire, ce dernier permet de refroidir l'enceinte et éviter les projections radioactives à l'extérieur. "Tous ces matériels ont l’objectif de prévenir un incident nucléaire. Le risque zéro n’existe pas. S’il y a un accident nucléaire, il faut pouvoir confiner à l’intérieur de l’enceinte les produits radioactifs et aussi continuer à refroidir le réacteur et les assemblages combustibles", poursuit le directeur.

Ceinture et bretelles donc ! Et cela paraît d'autant plus important que le site du Tricastin est en lice pour accueillir une paire d'EPR 2 (des réacteurs nouvelle génération, NDLR). Et se trouve en concurrence directe avec le site de Bugey. Le Gouvernement devrait se prononcer sur le fléchage après les élections présidentielles de 2022. L'installation de ces EPR 2 à Tricastin viendrait compenser l'éventuelle fermeture de réacteurs 900 MWe, prévue par la loi Énergie-Climat, à partir de 2030. Comme l'avait défendu le député gardois, Anthony Cellier, quelques mois en arrière, ces EPR 2 "mobiliseraient plus de 7 000 salariés avec de forts impacts sur l’activité et l’économie locales." Tout sauf négligeable, on l'aura compris.

Marie Meunier

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