Cette table était à l’entrée de la place, à côté de stands de la Fédération française des motards en colère, de la gendarmerie du Gard et de la FNATH, à l’initiative de la mairie. Une journée de prévention, « pour sensibiliser nos concitoyens, il y a encore trop de victimes sur nos routes », pose François Carli, adjoint au maire de Pont-Saint-Esprit délégué à la Sécurité.
Ce travail de sensibilisation, Bernard Couffin le mène depuis la mort de son fils Adrien en octobre 2022, tué dans un accident de la route près d’Alès causé par un chauffard qui circulait à 180 km/h et avec 1,9 g d'alcool dans le sang. Désormais à la tête de l’antenne gardoise du Collectif justice pour les victimes de la route, il milite pour que le 16 mai devienne « la journée nationale des accidentés de la route, une journée reconnue par l’État », explique-t-il.
Le Collectif a aussi longtemps milité, et obtenu gain de cause, pour la création d’un délit d’homicide routier, et souhaite désormais « que les peines soient réellement appliquées », glisse Bernard Couffin. En attendant, la table qu’il a dressée permet de matérialiser un chiffre, 61, toujours très élevé dans le Gard. Sachant que 2026 est partie sur de mauvaises bases, avec déjà 12 tués sur les routes dans le Gard à fin avril. « Le nombre de tués ne baisse pas dans le Gard, et c’est dû majoritairement à la délinquance routière », affirme Bernard Couffin. Le chauffard qui a causé la mort de son fils n’a, trois ans et demi après les faits, pas encore été jugé. « L’instruction est close, nous espérons un procès d’ici la fin de l’année, et que la peine soit un exemple, avance Bernard Couffin. Nous, on a pris perpète. »
Trottinettes électriques, « proto » : les nouveaux dangers
À côté, la FNATH, l’association des accidentés de la vie, tient son stand pour parler des trottinettes électriques. Il faut dire que ces engins, particulièrement prisés depuis quelques années, sont très accidentogènes : d’après les dernières statistiques de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, en 2025 les engins de déplacement personnel motorisés (la catégorie principalement constituée des trottinettes électriques) représentaient 80 tués à l’échelle nationale, un chiffre en hausse de 78 % sur un an et de 700 % (!) sur six ans. Alors la FNATH fait de la prévention, en rappelant notamment les obligations : « Il faut avoir plus de 14 ans, ne surtout pas être à deux dessus, ne pas débrider l’engin pour dépasser les 25 km/h, et l’assurance est obligatoire », explique Floréal Martinez, référent trottinettes de la FNATH du Gard. Le casque n'est quant à lui pas obligatoire, mais fortement recommandé.
Les trottinettes électriques ne sont pas la seule nouveauté de ces dernières années sur le front de la sécurité routière : des faits divers récents l’ont prouvé, notamment avec l’accident triplement mortel d’Alès en début d’année, le protoxyde d’azote et la conduite ne font pas bon ménage. Alors la gendarmerie était là pour en parler, d’abord « des risques pour la santé, avec des gros troubles neurologiques, des troubles du comportement, des envies suicidaires, des hallucinations », pose la gendarme-adjointe volontaire Chiara Deperdu. Et le « proto », aussi appelé gaz hilarant, « se rajoute désormais au fléau des stupéfiants et de l’alcool et crée de nombreux accidents de la route qui touchent surtout les jeunes », poursuit la gendarme. La prévention est donc plus que jamais de mise, surtout que le protoxyde d’azote est globalement légal, sa vente étant toutefois interdite aux mineurs. Un projet de loi doit durcir l’encadrement de son utilisation.
« Des piqûres de rappel »
Parmi les usagers de la route qui paient le plus lourd tribut en morts et en blessés, on retrouve les motards. Alors la Fédération française des motards en colère (FFMC) a fait le déplacement car, au-delà de ses actions revendicatives, notamment concernant les glissières de sécurité et les nids-de-poule, l’association fait aussi de la prévention, notamment dans les établissements scolaires. « L’idée est de les empêcher de prendre de mauvaises habitudes, et de parler des équipements de sécurité », explique Pierre Durand, de la commission Éducation routière à la jeunesse à la FFMC. Car si seuls le casque et une paire de gants homologués sont obligatoires sur une moto, d’autres équipements de protection, notamment pour le dos, sont fortement recommandés.
Bref, tout pour faire en sorte que « tout le monde partage la route, notamment en ville », estime François Carli, en rappelant au passage que « la commune a 83 km de voirie. » La ville a donc voulu, via son Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) profiter « d’un week-end prolongé où il y a énormément de monde pour impacter un grand nombre de personnes », pose le coordinateur du CLSPD de Pont-Saint-Esprit Moussa Cherifi.
Sachant que la prévention routière fait partie des actions « à long terme », précise-t-il, du CLSPD. Notamment envers les enfants : « Il faut commencer au plus tôt, plus on prend les enfants jeunes, mieux c’est, et il faut faire régulièrement des piqûres de rappel », abonde le brigadier-chef principal de la police municipale, Thierry Combret. Pour espérer qu’un jour, la table dressée par Bernard Couffin accueille moins de couverts.