Publié il y a 1 h - Mise à jour le 18.03.2026 - Propos recueillis par Corentin Corger - 4 min  - vu 87 fois

L'INTERVIEW Muriel Pénicaud (ex-ministre) : "J'ai reçu des menaces de mort"

Muriel Pénicaud Montpellier Méditerranée business club

Muriel Pénicaud 

- Photo Corentin Corger

Invitée du Montpellier Méditerranée Business Club, Muriel Pénicaud, ancienne ministre du Travail de 2017 à 2020, a évoqué son parcours notamment au sein du gouvernement.

Objectif Gard : Vous avez travaillé à la direction de Dassault et Danone, d'où vient cette envie de devenir dirigeante ?

Muriel Pénicaud : Ça a commencé à l'âge de 10 ans. J'étais dans une école de filles à Versailles. On nous a demandé ce que l'on voulait faire plus grande. La réponse présupposée, c'était de se marier et d'avoir des enfants. J'avais déjà un certain caractère et j'ai répondu chef d'orchestre car j'étais passionnée par la musique. D'habitude j'avais la meilleure note de la classe et là j'ai eu 5/20, j’ai pleuré. La professeure m'a expliqué que c'était très bien écrit mais que c'était hors sujet. Elle me dit que c'est impossible pour une femme d'être chef d'orchestre. Je me suis renseigné et j'ai découvert qu'il y en avait cinq dans le monde. J'ai décidé que plus jamais on m'empêcherait de faire ce que je voulais et ça a commencé à ouvrir ma curiosité concernant les injustices.

En 2017, comment vous retrouvez-vous ministre du Travail ?

Au moment de la composition du gouvernement, j'étais à Tokyo, je faisais le vernissage de ma première exposition photo. Tout allait bien et je m'étais pas du tout préparée à cette idée-là. J'ai pris le temps de la réflexion. Avec Business France, j'ai été assez certaine qu’un jour, avec l'internationalisation de ma carrière et mon expérience, je pouvais donner un coup de main à mon pays. J'arrive un an après la loi El Khomri, il y avait deux millions de personnes dans la rue. Je savais que mon nom serait en haut des piques. Ce n’était pas le contexte le plus favorable.

« La réforme de l'apprentissage c'est celle dont je suis le plus fière »

Justement quand on est ministre, peut-on vraiment prendre des décisions ?

J'ai accepté car je savais que j’avais la possibilité d'impacter. En politique, il y a le momentum, une période où s’ouvre le champ des possibles. En 2017, avec l'élection d'Emmanuel Macron, il y avait une dynamique, donc c'était le moment de faire des réformes. Les partenaires sociaux patronaux et syndicaux me connaissaient très bien. J'ai découvert à ma grande surprise que depuis l'instauration d'un ministre du Travail en 1906, jamais le poste n'avait été occupé par quelqu'un issu de l'entreprise. Et puis je n'avais pas d'intérêt à faire une carrière politique, ce qui m'a donné beaucoup de libertés. Mon expérience professionnelle a été un atout. Même si c’était très violent. J'ai eu des menaces de mort plusieurs fois. Je n'ai pas pu habiter chez moi pendant deux ans. Je vivais dans un appartement sécurisé à mes frais, la République n'avait pas prévu ça. Vous payez le prix.

En tant que ministre, quelle est votre plus grande fierté ?

Si vous êtes un ministre qui n'a pas de réformes à faire et qui fait que des discours, votre impact est très faible. J'ai eu la chance de faire les premières réformes du quinquennat sur le code du travail et l'apprentissage. L'automne suivant, j'ai rencontré au total près de 10 000 chefs d'entreprise partout en France, ils me disaient tous : "On n'a plus peur d'embaucher". Là on a eu un impact. On a permis la baisse de 1,5 million de chômeurs, c'est quelque chose d'utile pour le pays. S'il n'y avait pas eu la guerre en Ukraine, après le Covid, on repartait à 6 % de croissance. La réforme de l'apprentissage, c'est celle dont je suis la plus fière alors qu'il y avait beaucoup d'hostilités, y compris au sein du gouvernement. Cela a changé la vie de plein de jeunes. Malheureusement, le gouvernement actuel est en train de l'abîmer. Pourquoi défaire ce qui marche ? C'est un grand mystère de la politique.

« Avec Philippe Martinez, on n’était d’accord sur rien »

Comment avez-vous vécu les négociations parfois houleuses avec les syndicats ?

C'était difficile mais il y a deux moments où j'ai vécu une sorte d'union sacrée, ce qui est très rare. D'abord, quand j'ai voulu faire quelque chose sur l'égalité femme-homme. J'ai vu chaque membre du patronat et des syndicats, c'étaient tous des hommes et dans le blanc des yeux je leur ai demandé s'ils étaient prêts à y aller : ils m'ont tous dit oui et tous ont joué le jeu du Medef à la CGT. Le deuxième, c'est au moment de la crise Covid quand j'ai proposé au président et au Premier ministre de mettre en place un grand airbag d'activité partielle, sinon les PME seraient obligées de licencier. Dans l'administration, c'est comme partout, il y a des gens formidables et d'autres qui ne veulent surtout pas que ça bouge. Début avril, huit millions de salaires ont été versés par un million d'entreprises qui ont pu continuer et on n’a pas augmenté le chômage pendant la crise covid. Des directeurs de l'administration me disent encore aujourd'hui que c'est leur souvenir le plus fier de leur vie professionnelle.

Vous avez sorti « Travailler demain », une bande dessinée avec 13 personnalités. Qu’est-ce qui vous a motivé ?

C’est d’essayer de contribuer à éclairer, ouvrir le débat sur le futur du travail avec ses différents enjeux : l'intelligence artificielle, la transition écologique, le basculement démographique ou encore le changement du rapport au travail... C'est tout cela que j'ai voulu évoquer dans la BD. Avec Philippe Martinez, on était d'accord sur une chose : c'est qu'on n’était d’accord sur rien. Pourtant, quand j'ai fait la BD avec Christine Lagarde, Benoit Bazin, Thierry Marx, il a accepté d'y être.

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