Publié il y a 3 h - Mise à jour le 14.04.2026 - Anthony Maurin - 4 min  - vu 49 fois

CULTURE « Quels hommes sommes-nous devenus ? », l'oeuvre d'André Chamson exposée

Le puits des miracle d'André Chamson paru chez Alcide (Photo Anthony Maurin)

Le puits des miracle d'André Chamson paru chez Alcide (Photo Anthony Maurin)

André Chamson, itinéraire d'un humaniste au XXe siècle. En 2026, exposition du fonds exceptionnel sur André Chamson donne le fil rouge de la programmation annuelle autour des « Mémoires » à la galerie de l'Atrium.

André Chamson (Photo Anthony Maurin).

La bibliothèque du Carré d’art conserve un fonds exceptionnel sur André Chamson. L'exposition « Quels hommes sommes-nous devenus ? », sera visible du 14 avril au 11 juillet et fera écho à deux jours de colloque ainsi qu’un catalogue-livre passionnant : RÉSISTER ! aux éditions Alcide. Le vernissage est prévu le 14 avril à 18h.

Des rééditions de Chamson comme la récente bande dessinée « Roux le Bandit » toujours chez Alcide et des traductions en provençal sont aussi au rendez-vous…

André Chamson a traversé le XXe siècle en défendant des valeurs humanistes dans son œuvre littéraire et par son engagement intellectuel.

Né à Nîmes, il allie l’ancrage cévenol à l’idéal universel, et l’héritage des ancêtres protestants nourrit sa détermination à « résister », en prônant la liberté. Le destin de cet écrivain prend son souffle dans l’enfance gardoise et s’épanouit à Paris avec les amitiés et les responsabilités – en temps de paix, en temps de guerre.

La bande dessinée de Roux le Bandit est à retrouver Alcide (Photo Anthony Maurin)
La bande dessinée de Roux le Bandit est à retrouver Alcide (Photo Anthony Maurin)

Romancier, essayiste, conservateur du musée du Petit Palais, officier supérieur de la brigade Alsace-Lorraine, membre de l’Académie française, directeur des Archives nationales… il a eu plusieurs vies.

« De Roux le bandit », roman de jeunesse, à « Il faut vivre vieux », réflexion bienveillante publiée à titre posthume, en passant par « Le puits des miracles », roman de la maturité coïncidant avec l’occupation et la guerre, les mêmes convictions nourrissent une œuvre interrogeant notre humanité.

Cette exposition valorise ce fonds remarquable, en retraçant le parcours de l’homme et le cheminement de son œuvre multiple. Le catalogue de l’exposition participera à la redécouverte de cet écrivain méconnu.

Roux le Bandit (Photo Anthony Maurin).

Au programme ? Deux séances des "Livres ont la parole" autour de l’œuvre d’André Chamson auront lieu les mardis 7 et 21 avril à 17h. Projection du film « Hommage à la Catalogne », en présence du réalisateur Frédéric Goldbronn et du musicien de la bande son Guillaume Séguron. Un colloque est organisé les 24 et 25 avril dans le grand auditorium de Carré d’art, avec l'aimable participation des Amis d'André Chamson.

Aux éditions Alcide

Et Alcide reprend son sacerdoce. Voici quelques semaines, la maison a présenté son excellente bande dessinée « Roux le bandit ». À travers ce personnage, archétype de l'objecteur de conscience, André Chamson compose une réflexion sur la responsabilité individuelle.

Le puits des miracle d'André Chamson paru chez Alcide (Photo Anthony Maurin)
Le puits des miracle d'André Chamson paru chez Alcide (Photo Anthony Maurin)

« Face à la guerre d'Espagne et à la montée du nazisme, André Chamson s'est départi du pacifisme. Il s'est engagé dans la Résistance puis dans l'armée de Libération aux côtés de Malraux et sous les ordres de de Lattre de Tassigny. S'il a refusé de publier tant que le pays était occupé, André Chamson a écrit. En 1942-1943, tandis qu'au même moment Camus concevait La Peste, il achève Le Puits des miracles » note Yann Cruvellier, l’éditeur.

Le livre, édité dès mai 1945 par Gallimard, connaît un succès considérable. Il est à la fois temps et nécessaire de le relire.

Le puits des miracle d'André Chamson paru chez Alcide (Photo Anthony Maurin)
Le puits des miracle d'André Chamson paru chez Alcide (Photo Anthony Maurin)

Avec la conviction d'avoir écrit « le roman de la résistance intérieure », André Chamson dresse une féroce galerie de portraits des années noires. Passé la sidération de la défaite, viennent le rationnement, les profiteurs de guerre, l'alliance d'une bourgeoisie aisée avec l'Église et les voyous, les dénonciations, les arrestations, les rafles et une morale dévoyée tandis que le désespoir de l'accoutumance mène, de concession en concession, à tolérer l'intolérable. On peut s'y faire, et même s'y épanouir. Ou résister, un mot qui sous-tend l'œuvre et la vie d'André Chamson, c'est-à-dire demeurer « disponible pour faire un homme ».

Chamson à la sortie de cet ouvrage

« J'ai fait ce livre au temps du malheur, dans la plus profonde solitude, pour conjurer les maléfices de la défaite. À quoi servirait-il de le résumer ? Il importe peu d'en faciliter l'analyse. Qui n'y retrouvera pas le ton d'une voix déjà entendue en lui-même n'y retrouvera rien. Ce n'est que l'histoire d'un homme enfermé dans un univers où tout se métamorphose lentement et devient sordide et misérable. Un cortège de monstres, défilé des figures de la famine et du mensonge, de la brutalité et du déshonneur, tente d'entraîner cet homme vers la déchéance. C'est comme une danse macabre où le tueur de chiens, l'hydrocéphale ventriloque, Madame Paintendre, le mouchard éclairé, le boucher à tête d'épingle et le chef de l'école des chefs, cherchent à le pousser vers l'oubli de ce qui faisait sa dignité et de ce qui était sa raison de vivre. Mais les deux Némésis de la ruelle, le vieux Paysan, les enfants des rues, la Sisse et son père y maintiennent pourtant la présence d'une humanité douloureuse que rien ne peut faire abdiquer. Car « on ne tuera jamais le dernier homme », comme je l'écrivais à la fin de L'année des vaincus, voici déjà des années, dans l'épouvante de ce qui nous menaçait et de ce que nous avons dû vivre. Balzac avait dit plus, dans une phrase fulgurante que je n'ai cessé de me répéter pendant ces quatre ans : « N'est pas détruit qui veut ». Car il existe une espérance au-delà de tous les désespoirs. À la fin de cette fantasmagorie, le héros de ce livre - qui souhaite de s'identifier à chacun de ses lecteurs - se retrouve donc lui-même, toujours disponible pour faire un homme, encore sensible à l'amour, à la générosité et à la grandeur. Il va pour redevenir ce qu'il avait pensé pouvoir être. Le Puits des miracles est une histoire imaginaire, en même temps qu'un lambeau de l'histoire de notre temps. Je l'ai écrit dans le désespoir et dans l'espérance, dans la fureur et dans la tendresse, comme un acte de vengeance qui s'identifiait pour moi à la plus sereine justice. Redevenu soldat, j'ai pensé à lui bien des fois sur les routes bouleversées qui nous conduisaient en Alsace. Il me semblait que je tenais dans mes mains le fusil que le père de la Sisse y cache dans le trou d'un mur au milieu d'une nuit d'hiver, et je me suis abandonné à l'espoir d'avoir peut-être écrit le roman de la résistance intérieure, de la résistance de l'homme au fond de lui-même, pendant les deux premières années des temps du malheur. »

La Superbe d'André Chamson réédité par Alcide (Photo Anthony Maurin).

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