Objectif Gard & Arles : L'an dernier était une édition anniversaire, donc forcément spéciale. Qu’est-ce que nous réserve cette 31e édition ?
Stéphane Krasniewski : En quelques mots, cette 31e édition sera très féminine. Les femmes occupent le haut de l’affiche, et nous en sommes ravis. Nous aurons Fatoumata Diawara, Mari Froes, La Niña… C’est vraiment une volonté de notre part. Ce sera aussi une édition particulière pour une autre raison : nous ouvrirons par un bal. C'est une idée que nous avons gardée de l'édition précédente. L’année dernière, nous l'avions fait place Voltaire. Cette année, nous le ferons dans la cour de l’Archevêché. Comme chaque édition, il y aura des repères historiques : je pense à Jordi Savall, par exemple. Et puis, il y aura aussi des créations, des inédits, des exclusivités. Parmi lesquelles La Niña.
Les Suds, ce n'est pas qu'un rendez-vous musical. En quoi cette édition reflète-t-elle les valeurs chères au festival ?
Cette année, nous aurons une création pour l’Iran, pour rendre hommage au peuple iranien. Ce sera le samedi soir, dans le cadre d’un Moment Précieux, avec Mahsa Vahdat & Shadi Fathi. D’ailleurs, cette édition est labellisée Saison Méditerranée 2026, donc il y aura une attention encore plus forte pour les musiques méditerranéennes. Mais même sans ce label, l’actualité géopolitique nous aurait incités à le faire. L’un des objectifs du festival, c’est de donner la parole aux artistes de peuples en mouvement, en guerre, ou en exil. Nous aurons des artistes libanais, algériens, marocains, égyptiens… Et nous rendrons aussi hommage à Leïla Shaïd (diplomate qui a dédié toute sa carrière et toute sa vie à défendre la nation palestinienne et qui est décédée en début d'année, Ndlr) en projetant un documentaire sur son dernier entretien. Nous essayons de rendre compte d’un certain état du monde, en le faisant à travers la musique et la poésie, pour montrer la lumière au bout du chemin et entretenir l’espoir.
Le festival accorde une grande importance à une part de programmation gratuite et accessible dans l’espace public...
Ce n’est pas anodin et il y a plusieurs raisons à cela. La première, c’est que cela nous permet d’être partout et au contact de tous les habitants, de toutes les personnes présentes dans la ville à ce moment-là. Nous organisons des concerts dans de bonnes conditions -- je précise, ce n’est pas de l’animation de terrasse, mais des concerts organisés de manière professionnelle, avec des artistes accueillis dans des conditions professionnelles. Cela nous permet d’aller à la rencontre de gens qui ne viendraient pas naturellement à nos concerts. Ensuite, cela nous permet d’accueillir des artistes à tous les stades de développement de leurs projets. Par exemple, une Sieste Musicale ou une Scène en Ville peuvent accueillir entre 150 et 200 personnes, alors que le théâtre antique, lui, en accueille 2 500. Cela permet d’accueillir des artistes comme Sam Karpienia, qui a joué au théâtre antique à plusieurs reprises, mais qui a aussi fait une Sieste Musicale pour expérimenter un solo. C’est normal de le rendre gratuit, car c’est un peu risqué : on demande au public de venir découvrir une proposition nouvelle. C’est important de permettre aux artistes d’expérimenter des formes, ou de s’aguerrir sur scène, sans l’enjeu de la billetterie ou de l’équilibre financier. Enfin, cela permet d’irriguer toute la ville. Cette multiplicité des scènes réparties dans Arles apporte aux spectateurs une autre façon de vivre le festival, car la ville devient elle-même l’une des artistes du festival.
Parmi la quarantaine d'artistes que vous accueillez cette année, pouvez-vous nous citer vos trois coups de coeur ?
Oh, il n'y a que des coups de cœur ! Mais c'est vrai qu'il y a des artistes qu'on attend depuis plus longtemps. C'est le cas de La Niña par exemple. J’ai commencé à m’intéresser à elle il y a maintenant un an et demi. C’est un phénomène qui explose en Italie. Jusqu’au dernier moment, en mars, nous n’étions pas sûrs de pouvoir l’accueillir. Quand nous avons eu la confirmation de son concert, ce fut un immense plaisir. Je suis aussi très heureux d’accueillir Jowee Omicil en première partie de Gaël Faye. C’est un artiste que nous avons eu la chance d’accueillir dans d’autres cadres. Tout le monde a pu apprécier non seulement la qualité de sa musique, mais aussi son adresse au public, qui est assez exceptionnelle. Je suis aussi ravi d’accueillir Uzi Freyja, une chanteuse camerounaise qui m’a vraiment bluffée sur scène. Elle navigue entre provocation, jubilation et militantisme. Elle vient avec tout ce qu’elle est, et elle nous le partage sans jamais de vulgarité, sans jamais franchir certaines lignes rouges. Je trouve que cela nous fait du bien. Je suis ravi que nous ayons un espace pour ce type d’artiste.
Un argument ultime pour convaincre un visiteur, Arlésien ou non, qui hésiterait à venir aux Suds cette année ?
Venez, parce que c’est une fête qui rassemble. Venez vivre cette expérience unique, de partage et de communion. Et puis, venez surtout parce que vous ne savez pas encore qui vous allez aimer ! Et c’est souvent comme ça : le festivalier vient pour un artiste qu’il connait, et revient toujours pour des artistes qu’il a découverts chez nous.
Toute la programmation et la billetterie sur le site des Suds à Arles.