Il avait pour feuille de route d’être « positif », a-t-il commencé. Pas facile par les temps qui courent, avec une guerre au Moyen-orient qui s’enkyste, et une augmentation très sensible des prix de l’énergie. « C’est le principal facteur de l’inflation et c’est par là que le pouvoir d’achat baisse », affirme Philippe Dessertine, qui conseille vivement aux entreprises de « sécuriser leurs approvisionnements ».
Et, alors que l’inflation entame les marges, « de très vite faire passer l’idée à vos clients que vous allez devoir augmenter vos prix, sinon vous vous retrouvez en danger », poursuit l’économiste, qui appelle à « avoir une réflexion commune », à l’échelle de territoire ou de filières, pour ne pas voir des acteurs tenter de bénéficier d’un avantage concurrentiel en ne répercutant pas les hausses. « Celui qui fera ça, sa satisfaction sera très courte, car rapidement, il n’existera plus », pronostique-t-il, parlant d’un jeu « à qui perd-perd. » L’inflation pose aussi « une question de hausse des rémunérations pour travailler au maintien du pouvoir d’achat », rajoute-t-il.
Autre conseil pour les entreprises, « faire très attention au cash », comprendre la trésorerie. Et Philippe Dessertine d’appeler les gros donneurs d’ordres et les collectivités publiques à ne pas ralentir leurs délais de paiement, sous peine « de casser toute la chaîne. » L’économiste pronostique que la situation au Moyen-orient évoluera à l’automne, « compte tenu des Midterms », les élections de mi-mandat aux États-Unis. Alors « dès maintenant, et jusqu’à septembre-octobre, il faut une personne dans chaque boîte qui passe ses journées au téléphone pour se faire payer, il faut aussi aller voir les banques pour avoir des lignes de crédit à taux fixes », conseille-t-il. Et ce pour passer « cette phase vraiment agitée, qui peut dégénérer en tempête si la guerre continue et que le baril passe les 150 dollars », craint Philippe Dessertine.
« Retrouver notre capacité à concevoir l’industrie »
Qui, sur un point de vue plus global, parle d’un « changement d’époque incroyable, très angoissant, mais en réalité très positif », apporté par l’intelligence artificielle. S’appuyant sur l’exemple d’Nvidia, l’entreprise la plus valorisée du monde, qui conçoit des puces exploitées par les entreprises d’IA, l’économiste affirme que « ceux qui conçoivent valent plus cher que ceux qui fabriquent, de très loin » et que donc « ce n’est pas réindustrialiser ce qu’il faut faire, mais retrouver notre capacité à concevoir l’industrie. » Et ce tout en réduisant notre dépendance à ce qui vient de loin, surtout par la mer, et pour l’électricité, ça passe par le nucléaire.
« Votre territoire a une vraie expertise dans le nucléaire, et cette révolution de l’IA consomme beaucoup d’électricité », pose-t-il, affirmant en passant qu’il y a « une vraie carte à jouer » dans le Gard rhodanien, en coopérant avec d’autres territoires. « Il faut chercher l’argent partout, à l’Europe et dans le privé, pour financer des éléments nécessaires pour développer à nouveau l’expertise autour du nucléaire », et « devenir un maillon indispensable de la chaîne. » Philippe Dessertine invite à réfléchir à des coopérations avec des territoires européens, la Tchéquie, la Lombardie, la Wallonie, la Suède ou encore les Pays-Bas et le Royaume-Uni, avec lesquels il peut y avoir des complémentarités.
Bref, le Gard rhodanien doit « être dans la R&D, la formation, l’approvisionnement en cerveaux », et peut compter « sur son énorme attrait, la beauté de cette région. » Et Philippe Dessertine de conclure qu’il y a « des opportunités incroyables à saisir, il faut les saisir tout de suite et ne pas attendre après la crise. Il faut serrer les boulons, mais simultanément aller chercher ces opportunités. L’urgence positive est beaucoup plus importante que l’urgence négative. »