Publié il y a 23 jours - Mise à jour le 21.06.2024 - Propos recueillis par Louis Valat - 7 min  - vu 1442 fois

L'INTERVIEW Michel Sala, candidat aux législatives sur la 5e circonscription : "Le RN reste un parti raciste, xénophobe, sexiste et qui nie l'urgence climatique"

Michel Sala, en campagne à Saint-Hippolyte-du-Fort, ce jeudi soir.

- Photo Louis Valat

Député sortant de la cinquième circonscription, Michel Sala a immédiatement réagi à la dissolution de l'Assemblée nationale et à l'annonce des législatives anticipées en se lançant dans la course à sa propre succession. Le candidat de La France insoumise, fort d'un mandat de deux ans à la fois intense et bref, le défend ardemment et bénéficie du soutien du mouvement qu'il représente lors de cette élection, le Nouveau Front populaire.

Objectif Gard : Quelle a été votre réaction à l'annonce d'Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée nationale le soir du 9 juin ?

Michel Sala : J'ai quand même été surpris parce qu'au regard des résultats du Rassemblement national dimanche soir, je me suis dit : ce n'est peut-être pas le moment de le faire. Je pensais que dissoudre l'Assemblée nationale était quelque chose qu'Emmanuel Macron devait faire, n'ayant ni majorité ni volonté de négocier. Mais la rapidité de cette décision m'a étonné, comme beaucoup. C'est typique d'Emmanuel Macron. Il surprend même son propre camp et en déçoit beaucoup. Je ne pense pas que cela ait été bien réfléchi. Peut-être qu'il élabore certaines stratégies connues de tous, comme placer quelqu'un au pouvoir pour l'utiliser lors des élections présidentielles de 2027. Si tel est le cas, il risque de perdre sur tous les tableaux. Il se passera ce qu'il se passera. Mais ce n'est pas anormal que les Français aillent voter pour réélire une Assemblée nationale qui ne peut pas fonctionner puisqu'il (Emmanuel Macron, NDLR) ne négocie rien avec personne.

De votre côté, vous avez dès lundi matin exprimé votre intention de briguer un nouveau mandat en vue d'une réélection. Considériez-vous cette démarche comme étant une évidence ?

C'était en tout cas pour montrer que soit moi, soit quelqu'un d'autre de la France insoumise était déjà prête à ce combat. Montrer notre présence sur le terrain et rassurer. C'est ce que j'ai voulu exprimer par cette réponse très rapide que j'ai donnée.

"Notre alliance du Nouveau Front populaire est très large, incluant des organisations syndicales et des associations. Elles nous soutiennent tout en gardant un contrôle sur nos actions, ce qui est une très bonne chose."

Michel Sala, candidat Nouveau Front populaire aux législatives sur la cinquième circonscription du Gard

À quelques jours seulement des législatives anticipées, quel est, selon vous, le risque que le Rassemblement national (RN) remporte ces élections et accède à l'Hôtel de Matignon, notamment étant donné le score important obtenu par Jordan Bardella aux Européennes, y compris dans le Gard ?

Il y a un risque important. Je ne nie pas la gravité du moment, car le RN peut l'emporter. La percée du Rassemblement national d'une élection européenne à une autre est indéniable. Donc oui, moi, je suis inquiet. Le risque est énorme. Je veux dire, pour moi, le Rassemblement national reste un parti raciste, xénophobe, sexiste et qui nie l'urgence climatique. Imaginez que nous ayons un tel mouvement au pouvoir, sans compter les problèmes sociaux sur lesquels ils vont revenir, ce serait une catastrophe pour l'équilibre et le modèle social que nous avons en France, qui risquerait de basculer.

Michel Sala à la tribune de l'Assemblée nationale. • Photo DR

C'est en cela que nous avons une réaction extraordinaire dans cette campagne, différente de celle des législatives de 2022. Elle démarre sur les chapeaux de roues, avec une forte opposition au RN au pouvoir. Nous verrons si cela se concrétisera dans les votes. En tout cas, nous mobilisons les abstentionnistes et un large public. Notre alliance du Nouveau Front populaire est très large, incluant des organisations syndicales et des associations. Elles nous soutiennent tout en gardant un contrôle sur nos actions, ce qui est une très bonne chose.

Quel bilan tirez-vous de vos deux années comme député ?

D'abord une très grande frustration. Élu à la Commission des finances, j'ai suivi tous les travaux relatifs aux budgets de la France, comme les PPLF (Projet de loi de finances, NDLR), PLFR (Projet de loi de finances rectificative, NDLR), PLFSS (Projet de loi de financement de la sécurité sociale, NDLR). En deux ans, aucun des amendements discutés en commission n'a été débattu au Parlement. C'est très frustrant et cela démontre comment une vingtaine de 49.3 a privé le Parlement de débats approfondis sur les questions budgétaires vitales pour la France. Bien sûr, je comprends l'absence de majorité claire à l'Assemblée nationale, mais ce qui me désole, c'est le refus total des Macronistes de compromis. On peut accepter que toutes nos propositions ne soient pas adoptées faute de majorité, mais même lorsque des membres de la Macronie, comme ceux du Modem, ont proposé de taxer les plus riches avec nous, cela a été "niet".

"Ma mission ne se limite pas à dialoguer uniquement avec les élus ; je vais également à la rencontre de la population, des syndicats, des agriculteurs... Le travail a été fait à ce niveau-là."

Michel Sala, candidat Nouveau Front populaire aux législatives sur la cinquième circonscription du Gard

Vos adversaires politiques soulignent notamment une présence sur le territoire jugée insuffisante durant votre mandat...

D'abord, je conteste. Je réfute complètement cette version qui semble être influencée par certains élus. Je connais l'origine de ces critiques et je ne les prends pas en considération. Si nécessaire, je peux démontrer toutes les actions que j'ai entreprises. Au cours des deux dernières années, je n'ai pas cessé de rencontrer non seulement des élus, mais aussi les Alésiens, ainsi que les gens dans les différents villages. Ma mission ne se limite pas à dialoguer uniquement avec les élus ; je vais également à la rencontre de la population, des syndicats, des agriculteurs... Le travail a été fait à ce niveau-là. Je pense que ces critiques viennent de quelques grincheux qui n'apprécient pas que mes positions soient un peu plus à gauche que les leurs.

Michel Sala, en campagne à Saint-Hippolyte-du-Fort, ce jeudi soir. • Photo Louis Valat

Au sein de votre famille politique de La France insoumise, des tensions internes éclatent. Purge, députés frondeurs... Quelle est votre position sur ces discordances, à un moment où l'unité pourrait être jugée plus opportune ?

Je pense que les tensions, il faut les aplanir. Nous n'avons en effet pas besoin de cela pour mener une campagne indispensable sur la gravité du moment. Je tiens simplement à dire que toutes les forces avaient convenu que l'ensemble des députés sortants devaient être représentés, reconduits. Et moi, j'en étais resté là-dessus. C'est aussi pour cette raison que je me suis annoncé, puisque j'étais député sortant. Je n'ai alors pas compris pourquoi cinq députés n'ont pas été reconduits et je suis navré de cette décision. J'aurais pensé qu'ils reviendraient sur cette décision, mais finalement non. En tout cas, je soutiens les sortants et je leur ai envoyé des messages d'amitié. C'est ma position, car il n'y a pas deux catégories de sortants. Il y avait des députés sortants, point.

Et comment répondez-vous aux accusations d'antisémitisme dirigées contre votre parti politique, deux jours après le viol à caractère antisémite d'une fille de 12 ans à Courbevoie ?

Quel acte odieux commis sur cet enfant de 12 ans par trois garçons, c'est à en vomir tellement c'est insupportable. Cela montre qu'il faut regarder l'antisémitisme comme l'huile sur le feu. Il faut observer tout ce qui se passe pour le combattre vigoureusement, notamment par l'éducation, à l'école. Emmanuel Macron propose une heure, mais je pense que cela ne suffirait pas pour traiter toutes les questions de xénophobie, d'antisémitisme, d'islamophobie... Il faut en parler sérieusement et ainsi éviter toute instrumentalisation. Concernant les accusations d'antisémitisme à notre égard, je dis fermement : arrêtez ! C'est faux, c'est faux, c'est faux. On ne peut pas être taxé d'antisémitisme parce que nous défendons la cause du peuple palestinien, qui a droit à un État, tout comme les Israéliens.

"Qu'ils aillent chercher chez les fondateurs du RN s'ils étaient antisémites ou pas. Ils trouveront rapidement les liens qu'avait le RN avec Pétain, avec les collaborateurs. Ils verront ce que ça veut dire exactement ce que c'était l'antisémitisme."

Michel Sala, candidat Nouveau Front populaire aux législatives sur la cinquième circonscription du Gard

Taxer La France insoumise d'antisémitisme, franchement, ça me fait rigoler tellement nous sommes une organisation qui a combattu l'antisémitisme depuis toujours, depuis l'origine de notre travail militant. Je trouve ça inadmissible. D'abord, je ne suis pas le seul. Des communautés juives qui sont de gauche trouvent cela inadmissible parce que cela remet en cause la lutte contre l'antisémitisme et le banalise de manière inacceptable. Qu'ils aillent vérifier chez les fondateurs du RN s'ils étaient antisémites ou pas. Ils trouveront rapidement les liens qu'avait le RN avec Pétain, avec les collaborateurs. Ils comprendront exactement ce que signifiait l'antisémitisme.

Votre programme, en bref...

Au-délà du pouvoir d'achat, c'est aussi la question de l'agriculture et notamment la question des revenus de l'agriculture où là, il faut qu'on fasse quelque chose. Je ne suis pas viticulteur, mais la crise viticole, elle est devant nous et c'est un véritable problème pour notre territoire et notamment celui de la cinquième circonscription. Et c'est aussi la question, par exemple, des circuits courts et de ce qu'on veut faire localement au niveau de l'agriculture, c'est de sauver notre abattoir aussi. Et ça, c'est une des questions sur lesquelles j'ai travaillé et je continuerai à travailler sur le dimensionnement, sur le positionnement pour vraiment réussir un nouvel abattoir qui puisse vivre et être pérenne. Les petits abattoirs situés dans un département sont de véritables services publics. Il est important de prendre en compte cette dimension, notamment en ce qui concerne la demande d'équilibre financier. Ces abattoirs sont indispensables dans le cadre de la transition écologique pour nos petits éleveurs. Les départements, les communautés de communes et les agglomérations devraient intégrer cette notion dans leurs considérations.

Michel Sala
Michel Sala, député de la cinquième circonscription du Gard. • Photo Stéphanie Marin

La question de l'eau. Je crois qu'il faut qu'on arrête avec les bassines et que l'on travaille le plus rapidement possible avec plus de vélocité sur les retenues collinaires. Il faut absolument qu'on aille plus vite sur ces projets-là. Enfin, sur les questions de service public, on a encore le problème de la maternité de Ganges qui n'est pas réglée (relire ici). Il nous faut absolument une maternité dans les mois qui viennent. Il faut qu'elle se reconstruise. Les urgences aux hôpitaux sont aussi un problème qui n'est pas complètement réglé. Ça manque de moyens, ça manque de personnel pour que les services d'urgence ouvrent. La dernière chose, c'est un petit peu sur les écoles où là, je sens qu'il y a, bien sûr, moins d'enfants mais c'est l'occasion de baisser le nombre d'élèves par classe et pas simplement de fermer pour se retrouver avec des 38 élèves...

Propos recueillis par Louis Valat

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