Publié il y a 56 min - Mise à jour le 29.05.2026 - Julia Razil - 2 min  - vu 46 fois

CAMARGUE Quinze organisations environnementales appellent l'État à abandonner le projet aérien de ligne THT

Maintenance ligne THT RTE à Saint-Folquin

Le projet aérien d'une ligne 400 000 volts prévoit l'installation de 180 pylônes géants. 

- PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Quinze organisations majeures - réseaux d’espaces protégés, associations nationales de protection de la nature et gestionnaires d’aires protégées - viennent d'adresser un appel solennel au président de la République, au Premier ministre et à plusieurs ministres clés. Elles demandent notamment à l'État de renoncer au projet de ligne THT. Leur message : "La Camargue ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de la souveraineté énergétique".

Cet appel, rendu public ce vendredi 29 mai, intervient après une réunion de crise à Arles en début de semaine, au cours de laquelle les opposants à la ligne THT ont envisagé de durcir leur mobilisation.Dans cet appel solennel adressé à l'État, des acteurs aussi divers que le Comité français de l’UICN, Ramsar France, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), le WWF ou encore la Tour du Valat unissent leurs voix pour alerter sur les menaces pesant sur un territoire pourtant emblématique et ultra-protégé.

Un déni démocratique dénoncé

"La Camargue, joyau naturel d’importance internationale, est aujourd’hui sous pression. Classée site Ramsar, réserve de biosphère UNESCO et parc naturel régional, elle abrite un couloir migratoire majeur pour des millions d’oiseaux reliant l’Afrique à l’Europe. Pourtant, ce territoire hyper-protégé est menacé par une multiplication de projets industriels : une ligne très haute tension (THT) aérienne de 400 000 volts entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer, des pipelines d’hydrogène traversant la Crau, un projet autoroutier menaçant les tourbières du nord de la Camargue, un projet de pont au cœur du delta, et des parcs éoliens offshore risquant de perturber les oiseaux migrateurs", est-il écrit dans ce courrier. "Pris isolément, chacun de ces projets soulève des inquiétudes. Mais ensemble, leurs impacts cumulés pourraient fragmenter les habitats, fragiliser les dynamiques biologiques et hydrologiques, et mettre à mal la culture et l’économie locales."

Les signataires ne se contentent pas d’alerter sur les risques écologiques : ils dénoncent aussi un déni démocratique. Rappelant qu'en 2025, la Commission nationale du débat public (CNDP) avait organisé une concertation sur la ligne THT, aboutissant à une opposition massive à la version aérienne. "Une contre-proposition d’enfouissement, jugée crédible par une expertise indépendante mandatée par l’État, avait même été soutenue par les élus des communes concernées (de Jonquières à Fos) et par de nombreux agriculteurs. Pourtant, le 13 mai 2026, le ministère de l’Énergie a lancé l’instruction de la déclaration d’utilité publique pour la ligne aérienne.

"Cela reviendrait à entériner implicitement qu’aucun espace naturel protégé français ne soit réellement protégé"

Dans cet appel, les quinze organisations signataires rappellent avec force que "la transition énergétique et la décarbonation de l’industrie ne doivent pas se faire au détriment de la transition écologique. Les aires protégées ne peuvent être des variables d’ajustement pour les politiques de souveraineté énergétique ou d’aménagement du territoire." Accepter ces aménagements en Camargue créerait un précédent inacceptable : "cela reviendrait à entériner implicitement qu’aucun espace naturel protégé français ne soit réellement protégé." 

Alors que la France célèbre cette année les 50 ans de la loi fondatrice de 1976 sur la protection de la nature et les 10 ans de la loi de 2016 pour la reconquête de la biodiversité, les signataires appellent l’État "à réaffirmer la vocation environnementale de la Camargue, au même titre que sa vocation industrielle et logistique (zone de Fos-Berre), à abandonner le projet de ligne THT aérienne et à développer une solution alternative non aérienne (comme l’enfouissement), à garantir le respect des espaces naturels protégés dans leurs périmètres et leurs objectifs, et à assurer la compatibilité de tout nouveau projet avec les enjeux écologiques des territoires concernés."

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Julia Razil

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