Publié il y a 1 h - Mise à jour le 19.03.2026 - Julia Razil - 7 min  - vu 753 fois

ARLES Christophe Fouiller, propriétaire du Malarte, dénonce "un abus de pouvoir de la part de M. de Carolis"

Le Grand Café Malarte, à Arles. 

- O.L.

Le 10 mars dernier, Christophe Fouiller déposait plainte contre le maire pour des faits de corruption. Habituellement très discret, le chef d'entreprise dont le nom circule beaucoup ces derniers temps en ville et dans la presse, a choisi de prendre la parole pour évoquer une affaire à tiroirs, dont l'épicentre se trouve à Barriol, au club de foot de l'ACA. Patrick de Carolis, lui, a porté plainte pour dénonciations calomnieuses. 

À la tête de plusieurs brasseries à Maussane, à Saint-Rémy, aux Baux-de-Provence et à Arles, Christophe Fouiller est un chef d'entreprise connu et reconnu sur le territoire. Il y a 10 ans, avec un associé, il reprend le Grand Café Malarte, sur le boulevard des Lices et en fait un lieu incontournable de la ville. L'été dernier, il a la possibilité d'en acheter les murs ainsi que l'immeuble. L'accord est fait mais la Ville préempte l'immeuble. "Quand j'ai compris que le Ville avait préempté pour obtenir quelque chose en contre-partie, j'en ai fait une affaire d'honneur", déclare Christophe Fouiller. Selon lui, et selon la plainte que son avocat a déposé auprès du tribunal de Tarascon pour corruption, le maire aurait "proposé le retrait d’une décision de préemption sur l’immeuble en contrepartie du départ de Romain Djefaflia et Sofiane Boualem du bureau de l’ACA (Athlétic Club Arlésien, Ndlr)". Le club de foot d'Arles dont il est membre du bureau exécutif et un important financeur. Patrick de Carolis, lui, parle d'une "mascarade montée de toute pièce" (lire ci-dessous) et a également porté plainte pour dénonciations calomnieuses. Piqué au vif, Christophe Fouiller entend bien se défendre et clarifier la situation : "je ne suis pas un menteur et aujourd'hui, je prends mes responsabilités", lâche-t-il dans cet entretien. 

Objectif Gard & Arles : Dans quelles conditions s'est déroulée la vente des murs du Malarte ? 

Christophe Fouiller : Il ne s'agit pas uniquement de la vente des murs du Malarte. Le propriétaire vend un ensemble qui correspond à l'immeuble où se trouve le Malarte donc, et aussi l'ancien Cercle de Jeu. Nous nous sommes mis d'accord avec l'administrateur judiciaire pour un montant fixé à 770 000€. J'ai demandé un emprunt à la banque, il a été accepté. Dix jours avant la fin de la période de préemption, ACCM a exercé son droit de préemption via l’EPF Paca (Établissement Public Foncier), bloquant ainsi la transaction. Jusque-là, je ne faisais pas une fixette sur les murs du Malarte. La vente se faisait ou ne se faisait pas, ça ne changeait rien. Mais, quand j'ai compris que la Ville avait préempté pour obtenir quelque chose en contre-partie, ce n'était pas correct, j'en ai fait une affaire d'honneur. 

Pourquoi avoir déposé plainte contre Patrick de Carolis ? 

Parce que la préemption du Malarte est liée à la présidence de l'ACA. Dans les enregistrements audios que Sofiane Boualem et Romain Djefaflia (respectivement président et vice-président de l'ACA, Ndlr) ont ajouté à leurs plaintes (les deux responsables de l'ACA sont aussi des agents ACCM et ont déposé plainte contre Patrick de Carolis pour "harcèlement moral au travail" et "harcèlement moral", Ndlr), il y a la retranscription d'une conversation le 27 décembre dernier, au Café de la Fontaine à Maussane. J'y étais ce jour-là, avec Romain et Sofiane, et avec Patrick Chauvin. Ce dernier a été clair là-dessus. La préemption sur le Malarte était levée si Romain et Sofiane quittaient la présidence de l'ACA au profit de M. Chauvin. C'est une pression qui a été exercée sur tous les trois. C'est de l'abus de pouvoir de la part de Patrick de Carolis, qui a mandaté Patrick Chauvin pour négocier. Quand on parle d'un club subventionné par la Ville on peut se dire que le maire a un droit de regard. Mais la préemption, ça n'a rien à voir. Et c'est là que c'est plus grave parce que c'est du domaine privé. 

La Ville a pourtant motivé la préemption par le besoin de créer de nouveaux logements dans le centre... 

Oui, à la place de l'ancien Cercle de jeu. Il faut savoir que cet espace de 650m² est dans un état totalement délabré, à certains endroits la toiture est même passée à travers. Pour le remettre en état, il faudrait investir 4 à 5 millions d'euros. Je ne vois pas comment ils ont pu préempter un bien comme ça pour en  faire 6 logements sociaux, parce qu'on ne peut pas en faire plus. Je ne vois comment ils peuvent acheter un bien qui, avec les frais, va leur coûter 900 000€ environ et engager des travaux sur trois ans pour, à la fin, dépenser 4 à 5 millions d'euros pour 6 logements sociaux en centre ville ! Ça va faire très cher le logement ! La seule solution, c'est d'en faire des logements haut de gamme à la revente mais pas en logements sociaux, c'est impossible. Ce serait du gaspillage d'argent public. Même les personnes de l'EPF venues visiter, face à l'étendue du chantier, ont dit qu'elles indiqueraient dans leur rapport qu'il ne fallait pas préempter. Et puis, c'est quand même bizarre de vouloir faire des logements sociaux ici quand, sur France 3, Patrick de Carolis dit vouloir repleupler le centre-ville mais avec des gens qui ont un pouvoir d'achat supérieur. Il n'y a que des incohérences dans son discours.

Quelles sont vos relations avec Patrick de Carolis ? 

La première fois que j'ai rencontré M. de Carolis, j'étais président du club de l'ACA. C'était juste avant son élection de 2020. J'avais trouvé que c'était quelqu'un d'intelligent et de jovial. Mais dès la première année de sa mandature, il a supprimé 50 000€ de subventions au club. Les relations entre le maire et le club ont toujours été complexes par la suite mais je suis toujours resté correct avec lui, je n'ai jamais eu un mot de travers ou une altercation. Le maire a fait un amalgame entre moi et le club. Et maintenant que je suis touché personnellement et directement, alors que je suis quelqu'un de discret, je ne peux pas faire autrement que de me défendre. Quand on est poussé dans ses derniers retranchements, on réagit. Je ne suis pas un menteur et aujourd'hui, je prends mes responsabilités. Je dis réellement la personnalité de ce monsieur. Je rappelle que Patrick de Carolis a été condamné dans l'affaire Bygmalion. Est-ce que c'est quelque chose de très différent ce qui se passe à l'heure actuelle ? Il y a quand même des similitudes entre sa condamnation et ce qui est en train de se passer là. En tout cas, il a prouvé par le passé qu'il était capable de faire des irrégularités.

Les plaintes sont arrivées dans un contexte électoral. Certains vous ont reproché ce calendrier et une volonté de déstabilisation. Que répondez-vous à cela ?

Ni Sofiane, ni Romain, ni moi-même n'avons choisi le calendrier. Eux n'ont pas choisi la date de leur mise à pied. Moi, je n'ai pas choisi la date de la préemption. Si Patrick de Carolis ne voulait pas de ce calendrier, il aurait pu préempter avant ou ne pas préempter du tout, mais c'est lui qui a choisi. Ce n'est pas une action, c'est une réaction. L'action c'est Patrick de Carolis qui l'a menée, il aurait dû réfléchir à deux fois là-dessus.

Votre avocat a déposé un recours. Où en est la procédure aujourd'hui ? 

On a déposé un recours en février et depuis nous n'avons aucune nouvelle. Mais même si la vente a lieu, le tribunal peut encore la casser. À condition que la procédure n'a pas été respectée à la lettre. La vente devrait avoir lieu le 27 mars. Mais nous avons des éléments pour la casser. 

"Nous voulons remettre du logement en centre-ville"

Sollicitée par la rédaction d'Objectif Gard & Arles, la Ville a fait savoir que cette préemption était motivée par "le besoin de créer du logement en centre-ville pour les Arlésiens comme nous l’avons fait à Mistral". Sans préciser toutefois ni le nombre, ni le type de logements qui seraient créés à l’emplacement de l’ancien Cercle de jeu.

Et la Ville de compléter sa réponse avec un communiqué de presse signé de Patrick de Carolis qui revient sur la globalité de cette affaire dans laquelle s'entremêlent le club de foot de l'ACA et la préemption du Malarte. Le maire y annonce avoir "déposé plainte pour dénonciations calomnieuses" et avoir "demandé la protection policière". 

Patrick de Carolis déclare ainsi : "Depuis la fin de la semaine dernière, je suis victime d’une tentative de règlement de compte. J’ai appris par voie de presse que je serais l’objet d’un dépôt de plainte à quelques jours des élections municipales. Cette tentative de déstabilisation est destinée à manipuler les électeurs et porte atteinte à la sincérité du scrutin. J’ai donc décidé de réagir aujourd’hui pour être totalement transparent avec les arlésiennes et les arlésiens. J’ai entrepris un travail de fond consistant à mettre fin à un système porté par deux individus, un système ramifié, qui a pris racine dans nos institutions administratives et sportives depuis près de 10 ans. Petit à petit, des dossiers ont été instruits, des signalements ont été faits, des plaintes déposées pour décortiquer et démanteler ce système.

En effet, les instigateurs de ces agissements, Monsieur Sofiane Boualem et Monsieur Romain Djefaflia, qui a par ailleurs un lourd passif, multiplient les agissements malveillants. Fonctionnaires à la Communauté d’Agglomération Arles Crau Camargue Montagnette, ils sont tous les deux traduits devant le conseil de discipline pour cumul illégal d’activités. Cette procédure est également destinée à mettre un terme à des pratiques de pressions, menaces, harcèlements, intimidations, malversations et irrégularités graves et répétées. Une plainte pour menaces de mort a déjà été déposée en septembre 2022 par des élus et fonctionnaires. Depuis décembre 2025, ces deux agents sont suspendus et font également l’objet de deux signalements au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, notamment pour favoritisme.

Ces personnes, dont on connait la proximité avec mon ancien premier adjoint, tentent donc aujourd’hui toutes les gesticulations possibles pour faire diversion, car ma défaite serait leur seule chance de poursuivre leurs agissements et d’échapper aux sanctions. Ce sont ces mêmes individus que l’on retrouve à la tête de l'Athletic Club Arlésien dont Monsieur Fouiller, propriétaire du fonds du commerce Malarte, est un financeur important. Leur gestion du club est marquée par de nombreuses irrégularités : défaut de tenue d’assemblée générale, présidence du club par M. Djefaflia pendant plusieurs mois malgré une interdiction à vie d’adhésion à la Fédération française de football, manque de transparence des comptes, ouverture illégale d’une buvette, importantes dettes impayées. J’ai donc suspendu le versement d’un acompte de la subvention municipale dans l’attente de l’assainissement de la situation du club. Je m’y tiendrai, dans l’intérêt supérieur des Arlésiens.

Les plaintes déposées la semaine dernière, par Messieurs Boualem, Djefaflia et Fouiller me visent personnellement. Pourtant, aucun des faits cités ou des documents produits n’établissent un lien avéré avec moi. L’enregistrement de deux de mes colistiers, qui sert de support à ces plaintes, est à la fois douteux et illégal. Mais surtout, il ne me concerne en rien. C’est bien la preuve d’une grossière machination politique, à quelques jours du scrutin municipal. Pendant cette campagne, je suis resté silencieux face aux pressions et aux attaques venant de ce camp, mais celles-ci vont trop loin. Ma probité étant remise en cause, je ne peux plus me taire. J'ai donc décidé de déposer plainte pour dénonciations calomnieuses face à cette mascarade montée de toute pièce. Connaissant la dangerosité de ces individus, et face aux menaces proférées à l’encontre de ma famille, j’ai enfin sollicité une protection policière. J’attends avec la plus grande sérénité les éclaircissements de Monsieur le Procureur de la République, à qui j’ai demandé ce jour de communiquer officiellement, au titre de l’article 11 du Code de Procédure Pénale. L’information du Procureur de la République permettra ainsi à une autorité tierce de rapporter des faits objectifs. Les électeurs apprécieront à sa juste mesure la plainte qui a été déposée. En 2020, j'ai pris l'engagement de remettre la maison Arles en ordre, je le fais !"

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