Objectif Gard : Vous étiez à Arles il y a quelques semaines pour l’inauguration de "Le passage de Vénus", dont vous êtes l’un des trois commissaires aux côtés de Romy Wyche et de Jean de Loisy. Quel a été votre ressenti face à l’accueil résolument chaleureux du public pour cette Vénus, enfin de retour chez elle après plus de trois siècles ?
Ludovic Laugier : Ce qui m’a marqué, c’est la grande curiosité. Les visiteurs ne se contentent pas de regarder : ils s’arrêtent, observent les détails, posent des questions. C’est précisément ce que permettent les grandes expositions : créer une rencontre entre l’œuvre et le public.
Justement, parlons de cette statue. La Vénus d’Arles est aujourd’hui considérée comme un chef-d’œuvre de l’art antique. Pourtant, le titre de votre conférence interroge : "La Vénus d’Arles : un chef-d’œuvre au sein de la carrière de Praxitèle ?". Le débat est donc toujours ouvert ?
Absolument. Notre discipline ne repose pas que sur des certitudes. Cette Vénus fait partie d’une petite série de sculptures dont on a réalisé des répliques romaines, avec des exemplaires aujourd’hui à Athènes et à Rome. Certes, la Vénus d'Arles a fait la Une du catalogue de l'exposition que le Louvre a consacrée à Praxitèle en 2007, mais les questions persistent.
En discutant avec les premiers visiteurs de l'expo, vous avez remarqué que certaines questions revenaient souvent. Comment avez-vous adapté votre conférence pour y répondre ?
Deux interrogations revenaient systématiquement. La première : "Pourquoi la Vénus d’Arles est-elle devenue un chef-d’œuvre ?", une question qui touche à la construction même de la notion de chef-d’œuvre. La seconde concernait la restauration opérée par Girardon (entre 1683 et 1685, à la demande de Louis XIV, NDLR). J’ai donc remanié ma conférence pour intégrer ces thèmes. Il ne s’agit plus seulement de s'interroger sur Praxitèle (célèbre sculpteur du IVᵉ siècle avant J.-C.), mais aussi de comprendre comment une œuvre devient un chef-d’œuvre, et d'entrer dans les détails de sa restauration.
Alors, pourquoi la Vénus d’Arles est-elle devenue un chef-d’œuvre ?
Plusieurs facteurs se sont combinés. D’abord, le débat même sur son identité -- Diane ou Vénus -- a alimenté la curiosité pendant des décennies. Ensuite, son arrivée à Versailles, en 1683, a joué un rôle clé. À l’époque, le château était le lieu où l’on exposait ce que la France comptait de plus beau. Quand Louis XIV décide d’y installer la Vénus d’Arles, l’œuvre devient joyau. L'idée de cette conférence, c'est donc aussi d'expliquer comment une œuvre se cristallise en un chef-d'œuvre.
Conférence de Ludovic Laugier, ce jeudi 21 mai, à 18h, à l'auditorium du MDAA. Gratuit, dans la limite des places disponibles. Renseignements : 04 90 49 47 11. Conférence dans le cadre des Jeudis d'Arelate et en partenariat avec le festival Arelate.