Sujet on ne peut plus sensible et d’actualité, la sécurité dans le Gard a eu droit à son bilan. Après des décennies de lutte tous azimuts contre diverses formes de criminalité, de délinquance et d’incivilités, les dernières années ont vu ces phénomènes prendre de l’ampleur. En tout cas dans le ressenti des Gardois. Partout en France, de Marseille à Nantes en passant par Grenoble, Bordeaux ou encore Lille, l’insécurité est un enjeu d’importance. Surtout en période électorale comme c’est le cas cette année.
Jérôme Bonet, préfet du Gard, accompagné de Cécile Gensac, procureure de la République près le tribunal judiciaire de Nîmes, d’Abdelkrim Grini, procureur de la République près le tribunal judiciaire d’Alès, de Jean-Philippe Nahon, directeur interdépartemental de la police nationale du Gard, et d’Emmanuel Casso, commandant du groupement de gendarmerie départemental du Gard, a dressé le bilan des actions menées en matière de sécurité publique au cours de l’année 2025 dans le département.
« On est, sans arrêt, en train d’essayer d’innover, de donner du sens aux axes d’action pour toucher plus de choses. Entre l’autorité préfectorale et les deux parquets du département, nous avons la même vision des choses et des priorités. Les chiffres cités sont accessibles, depuis le 29 janvier, sur le site du ministère de l’Intérieur (atlas départemental de la délinquance enregistrée en 2025 page 266, NDLR), il y a des focus et des cartographies très intéressants à observer. Ces statistiques sont enrichies tout au long de l’année », entame le préfet du Gard.
Et Jérôme Bonet de poursuivre : « On a des chiffres nationaux qui donnent un bilan contrasté. Hausse des violences physiques et sexuelles, hausse des trafics de stupéfiants et des escroqueries. En baisse, les cambriolages, les vols de véhicules et les vols avec violence. » Lutte contre le trafic de stupéfiants, prévention des violences intrafamiliales, lutte contre les cambriolages et les vols liés aux véhicules et réduction de la délinquance routière, tels sont les enjeux actuels pour le préfet du Gard qui poursuit.
« Pour le Gard, j’attire votre attention sur un chiffre douteux. 21 homicides sont notifiés dans le Gard, nous n’en recensons pas autant, c’est très au-delà de ce que nous avons constaté... Il doit y avoir un biais statistique ! » Probablement deux de moins et, grosso modo, la moitié de ce chiffre est due à des homicides en lien avec le trafic de stupéfiants.
« Nous avons une augmentation des violences sexuelles de +2,8 %, les violences intrafamiliales de 5,1 %, baisse des violences hors cadre familial de 2 % quand elles augmentent au niveau national. Nous avons une baisse des tentatives d’homicides de 28 % contre une légère hausse au national », assure Jérôme Bonet. Un autre chiffre est en forte hausse. « Les infractions économiques et financières avec une progression de 11,8 % avec une prééminence pour les escroqueries en ligne. En revanche, on note une baisse des dégradations volontaires de 5,6 %. »
Concernant les stupéfiants comme pour le reste, plus on oriente les politiques de répression vers ça, plus on aura des chiffres qui gonflent. De plus, personne ne porte plainte pour trafic de stupéfiants alors qu’on porte plainte pour tout le reste ! En tout cas, on dénombre 3 645 personnes interpellées ou verbalisées pour ces faits. Côté trafiquants, 715 ont été interpellés dans le Gard, soit +3 % et de quasi 10 points en dix ans. Ce qui préoccupe le préfet du Gard concerne tout le monde. « Mon souci, quoi qu’il arrive, c’est le maintien des services publics. On ne doit pas laisser reculer le service public ! »
Nîmes voit une hausse de l’ensemble de la délinquance de 3,7 %. Hausse qui suit une baisse de 8 % en 2024. Mais cette hausse relève sans doute de l’action des services, notamment concernant les trafics. Plan restauration sécurité du quotidien avec quatre priorités. La Ville de Nîmes avait été désignée « Ville de sécurité renforcée » pour avoir des moyens supplémentaires (247 en 2025 contre 57 jours avec des CRS en 2024).
La délinquance à Alès baisse quant à elle de 2,8 %. -6 % à Bagnols et -9 % à Beaucaire pour d’autres données dans des villes gardoises. Gendarmerie et police enregistrent plus de 400 refus d’obtempérer et 3 268 permis de conduire ont été retirés, soit neuf par jour. Continuons sur les routes du département. Le nombre de morts est de 61 pour 2025 : « Et j’ai du mal à vous dire qu’on est en légère baisse par rapport à 2024 (63). » Le préfet a retiré 3 268 permis contre 3 342 en 2024, dont 1 572 pour conduites sous l’emprise de stupéfiants.
Quarante-sept commerces fermés contre 40 en 2024. Le protoxyde d’azote est au cœur des affaires et un nouvel arrêté préfectoral vient tout juste de déclencher de nouvelles et fructueuses arrestations. L’immigration irrégulière ? Le Gard compte 273 obligations de quitter le territoire français, soit +36 %. On notera aussi les plus de 700 interpellations actées et les 111 personnes éloignées.
Pour Cécile Gensac : « Nous partageons les mêmes préoccupations que le préfet. Oui, il y a une augmentation à commenter de l’activité judiciaire qui se combine avec une baisse de la délinquance sur la voie publique. On se recentre sur des procédures et cela génère plus de gardes à vue (+48 %) et de réponses pénales. C’est un signe de montée en qualité. »
Pour protéger les mineurs qui sont déjà dans les griffes des narcotrafiquants, les procureurs gardois sont parfois obligés de passer par la case judiciaire. Les éducateurs spécialisés doivent œuvrer dans le suivi éducatif de ces mineurs.
Pas de scrupule non plus pour demander aux forces de l’ordre de placer en garde à vue les victimes qui se sont fait tirer dessus lors des règlements de comptes sur les points de deal. On ne connaît jamais leur rôle. Prendre une balle perdue, c’est parfois être un acteur du point de deal et donc, on doit rendre des comptes à la justice.
Et la procureure de continuer sur un autre sujet : « La problématique de l’insécurité routière est aussi forte. Nous avons maintenu la volonté de lutter pour cibler au mieux ce qui génère de l’accident grave. Nous sommes proactifs et nous avons beaucoup de gardes à vue pour cela aussi. Cette augmentation sécurise le territoire, nous avons des améliorations mais le problème n’est pas réglé. Nous ne lâchons rien, nous ne sommes pas lassés et nous continuons. »
Il en va de même pour les violences intrafamiliales. La cyberescroquerie ne cesse de croître et le chiffre augmente beaucoup dans le Gard. Cela fonctionne sur les personnes pauvres, seules, isolées et âgées… Vulnérables et qui sont parfois trop crédules.
Pour Abdelkrim Grini, « Depuis mon arrivée, des items sont mis en avant. Je partage le constat fait, les chiffres sont plutôt bons, mais quelques items sont en hausse. À Alès, globalement, la délinquance baisse car l’activité pénale a baissé en nombre mais elle a augmenté en intensité. On a sans doute beaucoup plus travaillé, même si nous avons traité moins de procédures. La particularité d’Alès cette année, c’est le fort impact du narcotrafic avec plusieurs homicides en lien avec cette question. Dernière particularité alésienne, l’augmentation des interpellations dans Alès intramuros, avec un nombre croissant de gardes à vue et de personnes en lien avec la consommation de stupéfiants. Nous comptons maintenir nos efforts. » Le Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) est un fonds destiné à financer la réalisation d'actions concrètes en matière de lutte contre la délinquance.
Mieux, le FIPD est « destiné à financer la réalisation d'actions dans le cadre des plans de prévention de la délinquance et dans le cadre de la contractualisation mise en œuvre entre l'État et les collectivités territoriales en matière de politique de la ville. » Il permet également le financement d’actions de prévention de la délinquance et désormais d’actions de prévention de la radicalisation en association avec les collectivités locales et le milieu associatif.
Avec un autre plan, le Plan départemental de prévention de la délinquance, l’État vise d’autres enjeux. Les politiques de prévention de la délinquance et de prévention de la radicalisation s’appuient ainsi sur une stratégie nationale et sur le plan national de prévention de la radicalisation. Le fonds interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (FIPD-R) en est l’outil de financement.
Autre outil, la prévention situationnelle. Elle ne vise pas les individus mais les situations propices à la réalisation d’un délit. Elle consiste à prendre des mesures ou à adopter des moyens pour réduire les occasions de passer à l’acte. En intervenant sur l’environnement le plus en amont possible, il s’agit de dissuader les potentiels auteurs d’une infraction de commettre un acte de malveillance ou d’incivilité et d’épargner les victimes éventuelles.
Répondre aux défis de l’insécurité dans les lieux de la vie quotidienne et veiller à la tranquillité publique, c’est mobiliser les capacités d’expertise publique, notamment déployer les diagnostics de sécurité, élaborer des études préalables à tout aménagement collectif et recourir à la vidéoprotection.