Cette altercation entre jeunes s’est finie dans un bain de sang, à défaut de finir aux assises. Trois jeunes se sont rendus dans une épicerie, située au niveau de la rue de la République, à Nîmes, pour acheter « des cigarettes et des cannettes », explique Yohan G., l’un des prévenus dans cette affaire. De prétendus « mauvais regards », notamment échangés entre Evan B. et un salarié de l’épicerie, ont mis le feu aux poudres. Une première altercation a donc éclaté dans la petite boutique. Les trois jeunes ont pris la fuite et ont rejoint Adboulaye G., alias « la lame », avec qui les trois hommes auraient convenu de passer la soirée. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là.
Evan B., répondant aux questions du tribunal depuis le box des accusés, explique avoir reçu un appel téléphonique de menaces du salarié avec qui il a eu une première altercation. D’autant qu’un certain passif existe entre ces deux hommes, concernant une sombre histoire de vol de trottinette, survenue deux mois auparavant. Une fois leur dernier comparse à bord de la voiture trois portes, l’équipage est retourné à l’épicerie. Sur place, Evan B. et Abdoulaye G. sont sortis de la voiture et ont rejoint les lieux au pas de course. La seconde altercation n’a duré que 12 secondes.
Un coup de couteau dans la cuisse
C’est muni d’un couteau à large lame que les deux hommes sont entrés dans l’épicerie. « Un couteau destiné à dépecer du gibier », selon maître Marc Roux, avocat de la partie civile. Evan B., arme blanche à la main, aurait porté le coup. Abdoulaye G., camouflé sous une cagoule, serait le propriétaire de cette arme, issue d’un passé de « collectionneur », comme il dit. « Le couteau a été planté directement dans ma cuisse », explique la victime. Artère torchée et pronostic vital engagé, « votre survie se joue à très peu », relate Jérôme Reynes, président à l’audience. Ivre d’adrénaline, la victime a ensuite arraché le couteau de sa plaie, puis c’est « le trou noir », explique-t-il. C’est grâce à l’intervention d’un tiers que les deux hommes ont été mis en fuite. « Ce coup de couteau dans la jambe, c’est un miracle. Ce n’est pas la jambe qui était visée, mais l’homme », lance Jean-Luc Vasserot, procureur de la République.
« Mon but, c’était pas de le tuer ou de trop le blesser. Je voulais le dissuader de venir chez moi », explique Evan B., qui n’a pas hésité à fuir après son geste. Il est remonté dans le véhicule où se trouvent toujours Johan G., le conducteur, et Rayan B., le passager. Abdoulaye G., lui, n’a pas pu atteindre ce véhicule et a donc pris la fuite à pied, en direction du quartier de la Romanité. « Ça a changé toute ma vie », explique la victime, en pleurs à la barre. Séances de kiné et de psy, le jeune homme semble traumatisé par cette scène de violences, qui lui a valu 27 jours d’interruption totale de travail. « Sans prise en charge immédiate, il ne serait pas devant vous aujourd’hui », lance maître Roux.
Deux condamnations
Rayan B. et Johan G., en détention provisoire dans le cadre d’une affaire liée au trafic de stupéfiants, sont connus de la justice. C’est également le cas d’Evan B. ayant été condamné en tant que mineur pour violences en réunion et avec arme. Seul Abdoulaye G. dispose d’un casier judiciaire vierge, il comparaît libre à cette audience.
À l'issue de l'audience, deux des quatre prévenus ont été relaxés. À bord du véhicule lors de la seconde altercation, leur implication n'a pas été jugée comme déterminante dans les faits. Abdoulaye G., prévenu d'avoir fourni l'arme à son ami et d'être entré dans le commerce avec lui pour en découdre, a été condamné à 2 mois d'emprisonnement avec sursis, tenant ainsi compte de l'absence de mentions sur son casier judiciaire. Concernant Evan B., le tribunal n'a pas pu faire preuve de la même clémence. Directement responsable du coup de couteau porté à la victime, il a écopé de 7 ans d'emprisonnement avec maintien en détention. La constitution de partie civile a été accueillie par le tribunal. L'affaire est renvoyée sur intérêts civils pour permettre de chiffrer le préjudice de la victime.