Jusqu’ici, dans le Gard, on votait communiste dans les Cévennes : à La Grand’Combe, au Martinet, à Cendras… Des villages à une cinquantaine de kilomètres de Nîmes où l’on se transmet le communisme de père en fils comme une bonne recette, entre deux souvenirs de luttes minières. On s’y rend en balade le week-end. Le Parisien de passage ralentit en espérant y croiser un « vrai communiste », comme on observe une espèce rare dans son milieu naturel.
Mais voilà que ce phénomène rural vient de s’implanter dans une grande ville : Nîmes. Une vraie ville. Avec des commerces, des supermarchés, des cadres dynamiques, et même des chefs d’entreprise qui gagnent de l’argent. Un microcosme qui, sur le papier, ne semble pas compatible avec l’exotisme communiste venu des Cévennes. Les Nîmois doivent-ils s’inquiéter ? Préparer leurs valises ? Mettre leur bien immobilier sur le marché tant qu’il en est encore temps ? Pire : se plonger dans les 800 pages du Capital de Karl Marx ? Inutile de céder à la panique : Objectif Gard vous propose quelques conseils pratiques pour passer les six prochaines années sans éveiller le moindre soupçon.
- Pendant quelques temps, surtout au début, évitez certains mots comme « rentabilité » ou « profit ». Préférez des termes comme « solidarité » ou « redistribution ». En public, glissez nonchalamment que le plus important reste « le vivre-ensemble » ou de « recréer du lien ». Aux Halles, le dimanche matin, évoquez la « fraternité ». Vous ne sentez pas votre interlocuteur convaincu ? Lancez-lui un : « Il faut faire société. » On est d’accord, personne ne sait ce que ça veut dire, mais ça fait bien.
- Évitez aussi de rappeler aux communistes qu’ils auraient fait « 100 millions de morts » par le passé. Cet argument ne « fait pas société ». Et comme c’est eux les chefs maintenant…
- Si vous avez une vingtaine d’années, soutenez que Vincent Bouget était votre professeur d’histoire. Ça attire les journalistes et ça donne de belles anecdotes à raconter. Ajoutez qu’il vous a transmis « le goût de l’engagement ». Effet garanti ! Et personne ne le vérifiera.
- Procurez-vous un exemplaire du petit livre rouge. Ne le lisez pas, ne perdez pas votre temps, personne ne le fait (pas même les communistes). Mais laissez le trôner dans un coin de votre bibliothèque, bien visible.
- Enfin, solution radicale, devenez vous-même communiste. L’adhésion au parti reste abordable : 1 % de votre salaire net (une somme déductible des impôts à 66 %). Fréquentez aussi le Prolé et commandez des Mojitos tout en critiquant le capitalisme qui vous a tout de même permis d’acquérir ce bel appartement au Grau-du-Roi, vue mer, pour vos week-ends.
Avec ces modestes conseils, vous devriez traverser la période sans encombre. Tenez bon !