C’est sur le droit international que la bâtonnière Maître Khadija Aoudia a reposé sa plaidoirie, ce mardi 27 janvier. Intervenant pour la victime, elle déplore plus que tout son absence en cette journée décisive pour l’un de ses prétendus bourreaux. L’homme, blessé par balle en 2022 lorsqu’il se rend à la mosquée de Pissevin, ne peut pas assister au débat, le visa demandé par le Marocain lui ayant été refusé. L’avocate a clôturé sa plaidoirie en s’adressant directement aux jurés, à qui elle a demandé de condamner Kamel T. pour cette tentative de meurtre, seule manière pour la victime d’engager son processus de réparation.
« Il va mentionner un soi-disant carottage », souligne Louisa Aït Mamoui, la représentante du ministère public. « Qui peut croire que les ravitailleurs peuvent se faire casser leur voiture en plein Pissevin, sans réaction ? », ajoute-elle, sceptique face à l’histoire contée par l’accusé. Ce dernier relate, depuis le début des investigations, avoir voulu voler 5 kg de cannabis à un trafiquant du quartier, le jour du meurtre du jeune étudiant en pharmacie, à Pissevin. La représentante du ministère public soulève de nombreuses incohérences dans cette version de l’histoire. Le sac contenant les prétendus stupéfiants volés n’a jamais été retrouvé et l’accusé n’a pas donné le nom du trafiquant qu’il aurait volé. Pourtant, au cours du procès, il n’a pas été avare en trahisons, citant allègrement les noms de certaines prétendues têtes du réseau de Pissevin.
Des implications multiples
« Une autre personne était chargée de leur amener une arme », évoque l’avocate générale en se basant sur les écoutes, dans lesquelles Kamel T. a dit à Alek H. que quelqu’un allait lui apporter « les affaires ». Affaire signifiant régulièrement armes dans le jargon des trafiquants. Un élément contesté par maître Kamel Derouiche, intervenant pour la défense de Kamel T. « Dire que parler d’affaires signifie parler d’armes, c’est faux. Ce terme peut aussi évoquer les stupéfiants », explique le conseil du barreau de Paris. À l’occasion de ses réquisitions, l’avocate générale a aussi précisé le réel rôle qu’aurait eu Kamel T. dans cette tentative de meurtre. « Il va lui dire quand descendre, manifestement en suivant la cible ».
Louisa Aït Mamoui dénonce « une omerta dans un quartier gangrené par le trafic de drogue ». Concernant la Kalachnikov, la représentante du ministère public souligne qu’« il a tronqué la réalité ». « On s’arrange tous un peu avec la vérité », lance maître Kamel Derouiche, soulignant qu’au vu du pedigree de l’accusé « il sait qu’on ne va pas le croire ». Des débats autour de la possession d’une Kalachnikov qui, selon cet avocat de la défense, existent « parce qu’on n'a pas grand-chose dans le dossier ». Concernant les différentes écoutes, élément principal dans ce dossier, maître Kamel Derouiche appelle à la modération : « Les écoutes, c’est dangereux, vous écoutez une conversation d’une minute. »
Comme « aux États-Unis »
« Le point de deal de Pissevin est celui qui rapporte le plus à Nîmes », souligne l’avocate générale, chiffrant ses bénéfices à un million d’euros par mois. Une lutte pour un territoire fructueux qui amène son lot d’insécurité. « Kamel T. est l’un des acteurs de cette insécurité », allègue Louisa Aït Mamoui, avant de requérir 30 ans de réclusion criminelle à son encontre pour complicité de tentative de meurtre et association de malfaiteurs. « J’ai l’impression qu’on est aux États-Unis, c’est une condamnation à mort judiciaire », lance maître Hacharm, dénonçant l’absence de « cohérence judiciaire » et les deux réquisitions prononcées à une semaine d’intervalle, toutes deux s’élevant à 30 ans de réclusion criminelle. « Si on se retrouve devant une cour d’assises, ce n’est pas par hasard », dit-il, accusant l’environnement de Pissevin et les violences subies par l’accusé pendant l’enfance comme élément le conduisant devant cette cour. « La violence reproduit sans cesse la violence », conclut son conseil.
Les débats vont prendre fin aujourd’hui. Après le dernier mot de l’accusé, les magistrats professionnels, accompagnés des huit membres du jury, vont pouvoir délibérer.