Les municipales 2026 ont accouché d’un nouveau rapport de force à Nîmes. La gauche est arrivée au pouvoir et le RN s’impose comme sa principale force d’opposition. Cette situation connait d’ailleurs un certain écho au niveau national. L’opposition RN est d’autant plus forte que la droite et le centre sont divisés en deux groupes de trois élus, favorisant le trémolo dans leur voix d’opposition. Au nombre de 11, le groupe d’extrême-droite est conduit par le député européen Julien Sanchez. Un professionnel de la politique, qui a fait ses armes à la mairie de Beaucaire pendant 10 ans. Député européen, chargé de la campagne présidentielle du RN, il manie l’art de la communication, bondissant sur chaque occasion pour s’offrir une tribune médiatique.
Lors du conseil municipal d’avril, Vincent Bouget en a fait l’amère expérience. Une sorte de baptême du feu pour la nouvelle majorité de gauche. Dans le viseur du frontiste : le mode de désignation d’élus au sein de différents organismes. Qu’on se le dise, le sujet n’avait pas de quoi mettre l’action municipale en péril… Mais menaçant d’aller en justice, Julien Sanchez a eu gain de cause avec le changement du mode de scrutin. Une victoire immédiatement mise en scène à travers une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Ce conseil a donné le ton : le RN sera une opposition permanente à la majorité, favorisant l’outrance à la nuance.
En démocratie, le débat est salutaire. Il permet à une majorité de border ses décisions, évitant tout débordement. Mais poussée à son paroxysme, l’opposition systématique peut parfois tourner au ridicule. Cette fois, lors du dernier conseil municipal - lors duquel Julien Sanchez était absent -, l’amère expérience a été vécue par le RN. Une séance fleuve de quatre heures au cours de laquelle les élus frontistes ont multiplié leurs remarques. Des remarques qui n’ont pas porté sur le rapport régional de la Chambre des comptes ou le compte financier unique. Des documents pourtant majeurs dans la gestion d’une commune.
« Vous mettez des polémiques partout… »
Le RN crie au scandale sur des abandons de créance : « Vous baissez les bras, vous renoncez ! C’est grave, c’est l’équivalent de 15 SMIC bruts annuels. » Dans le lot, une créance concernait une administrée décédée… L’adjoint aux Finances, Gilles Guillaud, fulmine : « Vos propos sont assez déplacés… La direction des finances publiques, qui a fait cette proposition, appréciera. Dans la vraie vie, pas celle que vous rêvez, il y a des principes de réalité : des gens qui font faillite, ne peuvent plus payer. Cette polémique est mal venue. » « On ne savait pas pour la personne décédée… », reconnaît finalement l’élu RN Titouan Thomas. Si Thierry Jacob a levé la main pour s’y opposer, le groupe a finalement décidé de voter la délibération concernant la personne décédée. Face à ce couac, le maire Vincent Bouget lance, amusé : « Sinon, on peut poursuivre les descendants, les cousins, les petits-enfants ? »
Dans cette même veine, le groupe RN interroge sur une subvention de 2 000 € attribuée au collège Mont Duplan qui a organisé un échange avec les élèves d’un collège de Prague, dont le jumelage est historique avec la ville de Nîmes. Thierry Jacob interpelle : « Les collèges sont de la compétence du Conseil départemental et non de la ville. Comptez-vous dire oui à tout ? Pourquoi le Département n’intervient-il pas ? Est-il mal géré ? » Et Vincent Bouget de répondre : « Vous mettez des polémiques partout… Si on le fait, c’est que ça relève d’un jumelage entre Nîmes et Prague, c’est bien ça qui est valorisé. » Le RN a voté la délibération.
« L’Anti-France » : une formule signée Charles Maurras
Enfin, le conseil municipal s’est achevé sur la suppression de l’apéritif municipal suite à la cérémonie de Jeanne d'Arc. Dans une vidéo sur les réseaux sociaux, Julien Sanchez dénonçait : « Nous continuerons à être présents pendant ce mandat et à être une opposition au maire communiste Vincent Bouget et à l’anti-France qu’il incarne. » En conseil municipal, Nicolas Cadène répond : « Cette formule, suffisamment grave, vous ne pouvez l’ignorer, a été théorisée par Charles Maurras et l’Action française pour désigner les juifs, les protestants, les franc-maçons mais aussi toute la gauche internationaliste comme ennemis de la nation. » Sur sa lancée, il poursuit : « L’anti-France, ce n’est pas une municipalité qui applique la laïcité, qui rappelle que Jeanne d’Arc appartient à tout le monde et non à un camp, qui organise pour la première fois la commémoration de l’abolition de l’esclavage… »
Sur l’apéritif - et sur Jeanne d’Arc -, il assure : « Ce n’est pas un caprice mais le respect de la loi. L’article 2 de la loi de 1905 interdit aux communes de financer des dépenses liées à toute activité cultuelle. Or, cet apéritif était organisé et financé par la ville dans le prolongement direct d’une messe (…). En 2027, la ville organisera une cérémonie civile, rassembleuse, fidèle à la richesse historique de cette héroïne nationale. Jeanne d’Arc, femme qui a su s’élever seule dans un pays dirigé uniquement par des hommes et, contre une partie des représentants ecclésiastiques, appartient à l’histoire de France dans sa globalité et pas à un tel récit. Elle n’appartient à aucun parti.»