Objectif Gard : Comment se déroulent vos premiers pas à la tête de la commune ?
Marie-Pierre Tronc : Nous prenons en main tous les dossiers en cours. J’ai d’ailleurs la chance d’avoir une équipe qui a beaucoup de compétences de par leurs activités professionnelles. On avance bien. J’ai fait le choix de prendre moins d’adjoints pour prendre un peu plus d’élus délégués qui viennent en renfort des adjoints. C’était important d’avoir plus de gens responsabilisés…
Qu’est-ce qui vous a étonnée, voire choquée, dans votre prise de fonction ?
Très franchement, rien… Peut-être parce que je suis élue depuis 2008 à la mairie (Elle fut aussi deuxième adjointe de Maurice Gaillard, NDLR). Je suis là pour servir mon village, je ne me sens au-dessus de personne. C’est ce qui a surpris un peu tout le monde ! Je reste toujours proche des gens. Les Bouillarguais viennent, m’embrassent, me touchent la main… Rien n’a changé. Je suis au service de ma communauté.
Incendie de la maternelle : « Tout le monde est puni »
La joie de votre élection a laissé place à la tristesse, à la colère même, après l’incendie de l’école maternelle Madeleine-Brès…
Oh oui ! Dans cette affaire, tout le monde est puni : les enfants, leurs parents mais aussi les enseignants. Les faits se sont déroulés la nuit après l’élection. Selon la gendarmerie, l’origine de l’incendie serait criminelle. Nous avons été abasourdis. Cette école compte 150 élèves, soit sept classes. Nous avons dû regrouper certains élèves dans des classes comptant parfois une cinquantaine d’enfants. Les conséquences sont très importantes.
Sur quelles solutions travaillez-vous ?
On va mettre en place des locaux préfabriqués. On attend d’avoir les autorisations. C’est un casse-tête, on se heurte aux procédures administratives. On croit pouvoir faire les choses rapidement mais nous sommes vite rattrapés par les règles. Par exemple, quand on dépasse un certain montant, nous sommes obligés de passer par un marché public. Quand nos enfants seront dans ces préfabriqués et que les enseignants auront de meilleures conditions de travail, ce sera un gros travail de fait. Du reste, ce sinistre entraîne des dépenses supplémentaires. Nous avons prévu des dépenses supplémentaires, soit 1,9 M€, dans le budget voté fin avril.
Qu’en est-il de l’avenir de l’école maternelle ?
Les premiers rapports d’experts commencent à tomber. On voit aussi avec les assurances… On est encore dans le brouillard. J’ai bien l’impression que remettre en état cette maternelle coûte aussi cher que la reconstruire. L’équipement date d’une vingtaine d’années et il a manqué d’entretien régulier.
Cette urgence aura-t-elle une incidence sur des projets prévus pendant la campagne municipale ?
La salle polyvalente pour les associations a été un peu mise en retrait. On y pense toujours bien sûr, mais cela prendra un peu plus de temps à cause de l’incendie…
« Ce chemin-là, c’est Beyrouth ! »
Quels sont les autres projets que vous avez lancés ?
On reprend tous les contrôles de sécurité de nos établissements recevant du public. La préfecture n’était pas très contente. Nous devons engager un gros travail à la maison de retraite, notamment sur le risque incendie. On est en train de se remettre en ordre. Il est important d’avoir de bonnes relations avec la préfecture…
Bouillargues a eu des difficultés quant au manque de logements sociaux. La commune a également perdu son droit de préemption…
C’est vrai. Après, il faut bien avouer que la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbains) est compliquée à mettre en œuvre dans nos villages. Si on s’en tient à la législation, nous avons 499 logements sociaux de retard. La commune paie 250 000 € d’amende chaque année. Nous allons entrer en discussion avec la préfecture. Quoi qu’il en soit, il faut faire du logement par petites unités et non de grands bâtiments. Il faut valoriser la mixité avec de l’accession à la propriété, du social et de la location.
Quels sont vos autres projets pour la commune ?
D’abord la voirie. Nous avons des rues dans un état lamentable. On va « pétasser », comme on dit chez nous. On commence à refaire des chemins comme celui de Bernis reliant Bouillargues à Manduel. Ce chemin-là, c’est Beyrouth ! Nous avons fait des travaux provisoires pour rouvrir la route à un agriculteur et lui permettre de travailler. La réparation définitive est prévue en juillet… Si nous n’avons pas de problèmes administratifs ! (…) Il y a également la réhabilitation des terrains de tennis. Avec les boulistes, nous sommes en discussion pour accueillir leurs concours en créant de nouveaux terrains. Nous le ferons toujours en concertation avec les associations. Certes, il y aura des moments où il faudra trancher, je suis capable de le faire. Mais je veux avoir écouté sans mettre les gens devant le fait accompli.
Nîmes Métropole : « J’ai refusé la vice-présidence »
Bouillargues est membre de Nîmes Métropole. Quel regard portez-vous sur l’Agglo ?
On m’avait proposé une vice-présidence. Je l’ai refusée. Je commence mon mandat de maire, c’est un grand investissement, surtout au début. Je travaille toujours en tant que responsable administrative aux Costières de Nîmes. Le président Cyril Marès est très arrangeant. À l’Agglo, j’ai accepté une délégation que m’a confiée le président de Nîmes Métropole aux transports, et je siégerai au bureau des maires. J’arriverai donc à faire entendre ma voix pour défendre Bouillargues.
Quels sont les intérêts à défendre ?
Nous aider dans nos projets. Rémi Nicolas a été un bon vice-président à ce niveau-là, notamment pour les fonds de concours. Il a bien mené sa barque… Moi, je fais abstraction du politique. Avec Olivier Fabregoul, qui est aussi vice-président, je sais qu’ils seront là quand j’en aurai besoin…
Finalement, votre défaite face à Rémi Nicolas aux élections départementales de 2021 n’a pas provoqué d’animosité entre vous ?
Nous n’avons jamais été fâchés. C’était le jeu politique. Avec Jean-Jacques Granat (maire de Manduel à l’époque, NDLR), nous avons perdu la qualification pour le second tour à cinq voix d’écart. Il avait fait 25 % et moi 24,99 %. Ce n’était pas une querelle de personnes mais un enjeu politique.
Vous n’avez toutefois pas la même sensibilité. Lui est à gauche et vous, plutôt à droite…
Oui, mais on a toujours super bien travaillé. Quelques mois après les départementales, je suis allée le voir pour le financement d’associations. Il a répondu présent. Il n’a jamais eu l’intention de me faire payer quoi que ce soit. En tant qu’élus, on défend le bien public. D’ailleurs, j’ai bien l’intention de travailler avec l’ensemble des maires de mon territoire.
Élections départementales : « Je vais y penser »
Serez-vous candidate aux prochaines élections départementales ?
Peut-être… C’est dans deux ans, je vais y penser. C’est un objectif sur lequel je vais davantage m’arrêter parce que c’est dans deux ans. Nous aurons déjà pris nos marques à la mairie. On peut l’envisager. D’ailleurs en 2021, j’étais arrivé en tête sur Bouillargues. Une grande satisfaction. Mais prendre un gros poste aujourd’hui, franchement, ce n’est pas sérieux.