Le candidat de la gauche unie (hors LFI) Vincent Bouget sonnera-t-il le glas de 25 ans de règne de la droite ? C’est le scénario qui semble se dessiner, selon notre sondage Opinion Way, réalisé à un mois des municipales. Cette étude, rappelons-le, ne préjuge en rien des résultats des 15 et 22 mars. Il s’agit d’une photographie de la situation politique aujourd’hui. Qu’apprend-on ?
Vincent Bouget poussé par les électeurs centristes
Au second tour, en triangulaire, Vincent Bouget s’impose nettement avec 44 % des suffrages, soit 12 points de plus qu’au premier tour. Il tutoie ainsi le record de Jean-Paul Fournier : 46 % en 2014. Ralliant à lui autant d’hommes que de femmes, qu’importe leur âge ou catégorie socioprofessionnelle, le candidat Nîmes en commun incarne cette volonté de changement après 25 années de règne à droite. D’ailleurs, en plus des réserves de voix des Insoumis, ô surprise : le communiste peut compter sur les électeurs de Julien Plantier ! Le candidat L’Avenir nîmois qui, on le rappelle, est ancien premier adjoint. Ses électeurs, qui ont voté Emmanuel Macron à l’échelle nationale, sont près de 40 % à se reporter sur Vincent Bouget et boudent leur ex-allié, le candidat LR Franck Proust.
La raison ? À Nîmes, les enjeux locaux pourraient bien supplanter les clivages nationaux. L’affrontement des deux rivaux de droite, les tacles et autres amabilités égrenés pendant la campagne laisseront des traces… Parfois indélébiles. Sans compter qu’à Nîmes, les centristes, proches d’Yvan Lachaud, n’apprécient guère Franck Proust. Pire, les électeurs de Julien Plantier qui ne veulent pas voter Vincent Bouget préfèrent voter blanc, à 24 %, plutôt que de voter pour Franck Proust, à 18 %. L’équipe de Vincent Bouget a-t-elle conscience de cette réalité ? Mise-t-elle même sur ces voix ? Il est vrai qu’en conseil municipal, certaines positions, notamment sur le stade des Costières ou la « sincérité budgétaire » de la majorité, sont partagées par leurs groupes.
La liste de Vincent Bouget est loin des « socialo-communistes » vilipendés par la droite. La numéro 2, Amal Couvreur, est plutôt proche de l’ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve. Les membres du Parti radical de gauche, comme Gilles Guillaud, directeur pendant 10 ans des relations avec les collectivités à la préfecture, ne sont pas non plus de grands anarchistes. Lors d’une interview, le 4 février dans le Club Objectif Gard, le sénateur Denis Bouad a glissé subtilement : « Aujourd’hui on est en train de focaliser sur LFI comme si c’était la seule variable… (…) Moi je vois quoi ? Une division de la droite avec Julien Plantier qui a été un peu malmené par le maire. Valérie Rouverand a subi le même sort, quelques mois plus tôt… » Comprendre : les ennemis de mes ennemis peuvent être mes amis.
Franck Proust, à la recherche de réserves de voix
La victoire du candidat Nîmes en commun signerait la défaite cinglante de Franck Proust, candidat Tout Nîmes et actuel président de Nîmes métropole. Choisi sur le tard, le dauphin de Jean-Paul Fournier récolterait 29 %. Il ne bénéficie pas d’un report de voix suffisant pour faire la différence avec son adversaire de gauche. À noter aussi que Franck Proust a du mal à convaincre les « électrices » : les femmes ne sont que 21 % (contre 49 % pour Vincent Bouget et 30 % pour Julien Sanchez) à voter pour lui, soit le plus petit score dans l’électorat féminin.
À un mois du scrutin, les réserves de voix de Franck Proust sont peut-être à aller chercher du côté des électeurs RN. Lors de la présentation de son programme, le volet sécurité a tenu une place importante pour une compétence qui ne fait pas partie des prérogatives premières des mairies. La venue, la semaine dernière, du (très à droite) président Les Républicains, Bruno Retailleau, favorable à « l’assimilation » et auteur de la polémique « à bas le voile », avait-elle pour but d’envoyer un signal à l’électorat RN ?
Que fera le RN ?
Arrivé troisième dans notre étude, le candidat d’extrême droite, Julien Sanchez, engrange 27 %. Comme Franck Proust, il ne bénéficie pas d’un report de voix suffisant pour l’emporter, le reléguant au rôle d’opposant pendant six ans. Toutefois à Nîmes, une question demeure. Face à la percée de la gauche, que fera le RN de Julien Sanchez ? La semaine dernière, sur BFM, le président du RN Jordan Bardella a fait une annonce tonitruante : « Moi, je ne suis pas fermé à ce qu’il y ait des discussions sur de potentielles listes d’union ou listes de rassemblement au second tour si, évidemment, il y a un danger de voir l’extrême gauche s’emparer d’un certain nombre de municipalités. » En janvier, son entrée en campagne, déclarant avoir contacté Franck Proust pour une alliance, a de quoi laisser circonspect. D’autant que le RN au sein du conseil municipal et du conseil communautaire n’est pas des plus virulents à l’endroit du président de Nîmes métropole. La porosité au niveau national trouvera-t-elle sa traduction à Nîmes ? Les digues sauteront-elles entre la droite et l’extrême droite ? Et quid de la réaction de Franck Proust qui, dans la lignée de Jean-Paul Fournier, s’est toujours refusé à pareille alliance ?