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Publié il y a 16 jours - Mise à jour le 19.01.2023 - Marie Meunier - 4 min  - vu 242 fois

L'INTERVIEW Robert Gautier, maire de La Roque-sur-Cèze : "Je pense qu'on ne pourra pas investir jusqu'à la fin du mandat"

robert gautier maire la roque-sur-cèze

Robert Gautier est élu municipal depuis 1998. Après une pause entre 2014 et 2020, il est revenu sur le siège de maire. 

- photo Marie Meunier

En juin 2021, la préfète du Gard s'est rendue à La Roque-sur-Cèze, labellisée parmi les Plus beaux villages de France, située dans la vallée de la Cèze. Le maire, Robert Gautier, lui avait fait part de la situation financière "catastrophique" de sa commune. Six mois plus tard, il n'y a pas d'amélioration et le Mas Pascal pèse toujours aussi lourd sur le budget communal. 

Objectif Gard : Il y a six mois, vous aviez dit "le niveau des finances communales est catastrophique". Qu'en est-il aujourd'hui ?

Robert Gautier : C'est toujours d'actualité. Là, on va parler du budget 2023. À cause des dépenses liées au Mas Pascal, on démarre avec -50 000 €. On a des frais de fonctionnement, mais aucune recette sur ce projet. (...) Avec mon équipe, quand on est arrivé à la mairie en 2020, on a réglé pour plus 200 000 € de factures impayées. On savait qu'il y avait des problèmes, mais pas à ce point-là.

Pouvez-vous réexpliquer l'histoire du Mas Pascal et comment vous en êtes arrivé là ?

L'ancienne équipe municipale avait acheté ce mas, au pied du village, au bord de la Cèze. On l'appelle le Mas Pascal. L'idée de départ était d'associer l'Agglomération du Gard rhodanien afin d'y aménager une Maison grand site et mettre en valeur les cascades du Sautadet et le pont. L'Agglo ne veut pas inclure le Mas Pascal dans le projet. Alors on se demande ce qu'on va en faire ? Au dernier conseil municipal, on a pris la décision de s'abstenir sur ce projet conjoint avec l'Agglomération. On arrête d'avancer sur cette lignée-là. Mais il faudra bien y faire quelque chose un jour. 

Pour acquérir ce mas, l'ancienne équipe a contracté des emprunts. Combien en coûtera-t-il à la commune au total ?

Quand on aura remboursé tous les emprunts, on sera à 1,3 million d'euros. L'endettement court jusqu'en 2036. On verse autour de 50 000 € par an avec les intérêts. Pour une commune de moins de 200 habitants, ça fait beaucoup. Même si on doublait nos impôts locaux, ce ne serait pas suffisant. On a déjà mis +5 % en 2020. 

Aujourd'hui, où en sont les aménagements sur le mas ?

L'ancienne municipalité a réalisé la réfection complète de la toiture. C'est déjà bien, c'est hors d'eau. Mais ce n'est pas hors d'air. Or, on n'a plus les moyens d'investir dessus. Le bâtiment risque de se détériorer. 

La solution ne serait-elle pas de vendre ce mas pour donner un peu d'air aux finances communales ?

Il faut envisager de s'en séparer. Mais tout le monde n'est pas d'accord au sein du conseil municipal sur ce sujet. Ça me paraît être la seule solution, même si on ne récupère pas toutes nos billes. Selon les agences, on pourrait en tirer entre 600 000 et 800 000 €. Aujourd'hui, si on ne se donne pas une bouffée d'air frais, la situation financière va rester très compliquée. 

Cela pourrait intéresser des hôteliers. Vu la proximité avec la Cèze, il n'y a pas de risque inondation ?

Oui, il y en a sûrement un. Il faudra que les services de l'État nous aident pour obtenir les permis de construire. C'est très difficile d'en avoir aujourd'hui, surtout qu'on est soumis au RNU (règlement national d'urbanisme). Le village est en site inscrit, les cascades en site classé. Il y a les risques incendie et inondation. S'y ajoute une zone de rayonnement de 500 mètres autour du pont où on ne peut pas construire. On ne peut pas développer le village alors que cela nous apporterait des recettes fiscales supplémentaires. 

Pour générer des recettes pour la commune, il y a aussi un parking payant en bas du village. A-t-il bien marché cette année ?

Non, moins bien que l'an passé. On facture les personnes en fonction du temps qu'elles restent sur place. On est à 50 centimes le quart d'heure. On est peut-être un peu bas. On envisage de réactualiser les tarifs. 

Vous partez donc avec un budget déséquilibré. On imagine qu'investir paraît très compliqué...

On ne fait rien. On ne peut rien envisager. On ne parvient pas à avoir assez de liquidités pour faire des investissements. Il faudrait au moins qu'on amène un minimum de 25 ou 30 % de fonds propres pour obtenir des subventions et monter un projet qui tienne la route. On ne les a pas. Le budget d'investissements 2023, c'est zéro. On va faire une année blanche. Et on a des projets pourtant... On aimerait mettre une passerelle en place pour les piétons et éviter qu'ils traversent le pont Charles-Martel déjà très étroit pour les voitures. 

La commune est aussi célèbre pour ses cascades. Le lieu est magnifique, mais coûte cher à surveiller l'été. Ce budget doit aussi peser lourd sur les finances ?

J'ai écrit à la préfète, à la Région pour qu'ils nous aident à gérer la sécurité des cascades. C'est du personnel, du fonctionnement mais pas de recettes. On n'est pas du tout aidé aujourd'hui et on dépense 35 000 € par an de frais de personnel. C'est primordial car on n'a plus eu d'accident mortel depuis que l'on fait cela. Le dernier remonte à juin 2020. 

Cette situation délicate ne risque-t-elle pas d'entraîner une mise sous tutelle de la commune ?

À mon avis, c'est écarté. Les services financiers de l'État nous surveille. Mais tout le monde semble avoir compris qu'il fallait lever le pied et rester prudent. 

Comment voyez-vous l'avenir de la commune ?

Je pense qu'on ne pourra pas investir jusqu'à la fin du mandat. C'est grave. À la fin du mandat, j'aurais 75 ans, c'est terminé, je ne me représenterai pas. 

Marie Meunier

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