Politique

ALÈS Fabrice Verdier, député PS : « Le 49-3, je le désapprouve fortement »

Le député d'Alès Fabrice Verdier. Eloïse Levesque/Objectif Gard
Le député d'Alès Fabrice Verdier. Eloïse Levesque/Objectif Gard
Le député d’Alès Fabrice Verdier. Eloïse Levesque/Objectif Gard

Chaque année en juillet, le député socialiste Fabrice Verdier invite les médias locaux à un déjeuner de presse. Objectif : évoquer l’actualité, faire le bilan de l’année parlementaire écoulée. Au menu ce lundi : loi travail, RSI, et le rôle du député.

Les journalistes : Depuis janvier 2014, vous avez assuré 285 permanences dans les 95 communes de votre circonscription. A quoi servent-elles ?

Fabrice Verdier : C’est aujourd’hui bien rôdé. Les gens viennent pour me remercier d’une action, pour me réprimander parce qu’on a pas répondu à leur problématique, ou pour me faire part de leurs préoccupations. Ces dernières peuvent concerner un emploi, un logement, un endettement, une demande d’aide pour remplir un dossier, le RSI, ou un besoin de subvention.

Le sujet d’actu, c’est la loi travail. Pouvez-vous clarifier votre position ?

Ce projet est loin de faire l’unanimité. On n’a pas su faire la pédagogie nécessaire. J’ai toujours dit que c’était un bon texte mais qu’il fallait apporter des améliorations. Je pense par exemple que les heures supplémentaires doivent rester en accord de branche. Ca rassurerait les salariés. Actuellement, la rémunération des heures supplémentaires est à 25 % de majoration pour les 8 premières heures. A 50 % pour les suivantes. Le texte prévoit seulement 10 % de majoration en cas d’accord d’entreprise.

Malgré tout, vous avez voté le texte. Avez-vous exprimé votre position dans l’Hémicycle ?

Oui, avec 130 députés frondeurs et non-frondeurs, nous avons signé un amendement dans ce sens. Il visait à assurer que l’accord d’entreprise ne puisse pas descendre en dessous de 25% de majoration. Mais il a été retiré avant discussion et la majorité du groupe n’a pas été respectée. J’en ai aussi discuté avec le premier ministre, sans succès.

Pourquoi ce rejet ?

Parce-qu’il y a des postures qui enferment et ne permettent pas un pas de coté. Certains ont fait le choix du jusqu’au-boutisme.

Et sur le reste du texte ? Difficile d’imaginer que par exemple dans une petite entreprise l’accord soit favorable au salarié. Il n’y a même pas de délégué du personnel…

Il vaut mieux un bon contrat qu’une mauvaise loi. Aujourd’hui, on donne la parole aux salariés avec un référendum d’entreprise, c’est positif. Je peux entendre les craintes, mais il n’y a pas que des sales types chez les patrons. Et puis chaque entreprise est différente. Si le code du travail tel qu’il est aujourd’hui était si efficace, il n’y aurait pas des millions de chômeurs à la porte de Pôle emploi. La concurrence est forte, les entreprises doivent pouvoir être compétitives. Attention aussi aux fausses idées véhiculées par certains syndicats : non, le licenciement ne sera pas plus facile, non le barème des prud’hommes n’existe plus.

Vous avez rencontré les syndicats uns par uns pour échanger sur la loi. Cette démarche a-t-elle été suivie de faits ?

Je déplore d’abord que la CGT ait décliné notre invitation. Ensuite, les syndicats sont trop imprégnés de la communication nationale. Ils n’exposaient pas d’exemples concrets pour étayer leurs arguments. Ceci dit, discuter est toujours constructif.

Le premier ministre a de nouveau fait appel au 49-3 mardi dernier à l’Assemblée. Qu’en pensez-vous ?

Je le regrette et le désapprouve fortement.

Pour conclure cette année parlementaire, un mot sur le RSI, dont vous avez lancé la réforme il y a un an. Où en est-on ?

Désormais, on constate moins d’erreurs sur les calculs et davantage de réactivité de la part du RSI en cas de problème. On a mis plus de gens à l’accueil téléphonique, on a simplifié les courriers. Le mode de calcul a aussi été modifié et ça fonctionne. Le montant de la cotisation est aujourd’hui déterminé en fonction de l’année n-1 et des prévisions de l’entrepreneur sur ses revenus à venir. En revanche, le logiciel de l’Urssaff continue de générer des impairs. J’aimerais dans les années à venir améliorer leur système informatique, mais ça sera long.

Propos recueillis par Totem, RGO, le Républicain d’Uzès, Midi Libre, Objectif Gard

 

Eloïse Levesque

Eloïse Levesque, journaliste diplômée de l'université de droit et de science politique de Montpellier, à Objectif Gard depuis mars 2014

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4 commentaires

  1. Non la Loi El Khomri n’est pas une avancée loin de là. L’accord d’entreprise qui devient prioritaire sans socle minimum garanti par le Code du travail va entraîner les plus grandes dérives. Le Code du Travail n’a en effet pas permis de créer des emplois comme le dit M. Verdier, mais le Code du travail a permis aux salariés de faire respecter leurs droits car il faisait force de Loi sur les licenciements, sur le temps de travail, sur les rémunérations, sur les temps de repos, sur les conditions de travail, etc….Le faire disparaître c’est permettre aux employeurs de définir eux-mêmes les droits qu’ils accorderont aux salariés.
    Quant aux exemples précis concernant les méfaits de dette Loi, M; Verdier qui commente l’actualité, apparemment ne la suit pas beaucoup. En effet, à Uzès (effectivement ce n’est pas sa circonscription) à l’Usine Haribo, (Haribo France dégage plusieurs dizaines de millions de bénéfice net. ») pourtant la Direction a organisé une « consultation » des salariés en leur soumettant le choix entre la délocalisation de certaines productions ou la suppression de 110 emplois….A Quezac en Lozère le repreneur potentiel pour reprendre l’entreprise propose de licencier 21 salariés sur 53, de diminuer les salaires de 1000 € et dans le même temps d’augmenter la production, rappelons que Quezac faisait partie du Groupe Nestlé ..
    Voilà le genre d’accord auxquels seront soumis les salariés avec cette Loi que Monsieur Verdier approuve dans son ensemble…

  2. Si l’on attendait rien de bon de Monsieur Verdier, on n’est pas déçu…
    Les électeurs se souviendront probablement de son attitude peu courageuse lors du prochain renouvellement de l’Assemblée Nationale.
    Monsieur Verdier rappelle le courant social libéral de feu Michel Rocard que le mundillo socialiste ne pleure pas trop dans l’ensemble, loin s’en faut !

  3. N’écoutant que son courage politique qui ne lui disait plus rien, il se garda bien de démissionner. Faudra qu’il aille chercher des voix à droite voire au MEDEF pour se faire réélire en 2017. Au passage il devrait changer d’étiquette pour ne pas tacher davantage celle de Jaures, Blum, Léo lagrange…

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