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FAIT DU JOUR Viol et agressions sexuelles à l’École des Mines : une étudiante raconte

(Photo DR)
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On est en juin 2019, à l'aube d'un été caniculaire et de la fin d'une année scolaire éprouvante lorsque plusieurs centaines d'étudiants de l'IMT Mines Alès, l'une des plus prestigieuses écoles d'ingénieurs de l'Hexagone, prennent part à l'une des très fréquentes soirées festives organisées à la Maison des élèves, résidence étudiante gérée par l’association des anciens de l’école, située sur la rocade-est d'Alès. Une soirée au cours de laquelle un viol se serait produit. En mars 2020, lors d’une nouvelle soirée sur le campus, une deuxième élève aurait à son tour été abusée. Si deux plaintes sont actuellement examinées par la justice, le collectif féministe Clitoliste, très présent sur les réseaux sociaux, publie depuis plusieurs mois une série de témoignages (près d'une cinquantaine) relatant agressions sexuelles et violences sexistes. Objectif Gard a interrogé Zoé, étudiante en 3e année à l'IMT Mines Alès et membre fondatrice. 

Objectif Gard : Qui sont les membres qui composent le collectif et peut-on considérer que certains d’entre eux sont des victimes ?

Zoé, fondatrice de Clitoliste : C’est un collectif un peu informel. C’est un fonctionnement qui nous va bien. On n’est que des filles. Au début on était 17, aujourd’hui on est une trentaine. Pour le reste, je préfère ne pas répondre.

Dans quel contexte le collectif a-t-il été créé ?

C'était en janvier 2020. Tout est parti d’une fake-list, tradition organisée chaque année pendant la campagne des élections du nouveau bureau des étudiants. Avec des copines on avait décidé d’en faire une autour du plaisir féminin et plus largement du féminisme car c’est un sujet qui n’est jamais abordé à l’école. Au début c’était vraiment pour s’amuser, il n’y avait pas de militantisme derrière.

Quand ce dernier est-il arrivé ?

Au mois d’avril, on était en confinement. La démarche de la Clitoliste nous avait toutes ouvertes à ces thématiques. On se rendait de plus en plus compte de la présence d’agressions sexuelles et de violences sexistes dans l’école, que le problème était plus important que ce qu’on imaginait. On s’est décidées à faire un appel à témoigner et on s’est retrouvées avec une cinquantaine de témoignages.

Les faits rapportés dans vos témoignages auraient tous été commis avant le premier confinement. Ils ont donc près d’un an. Pourquoi ça explose aujourd’hui, avec notamment un reportage des équipes de France Télévisions ?

Dans un premier temps on a essayé de faire bouger les choses en interne. On a sollicité plusieurs fois la direction, on leur a demandé de mettre en place des mesures et on n’a pas eu de réponses satisfaisantes. On ne s’est pas senties écoutées donc on a jugé qu’en médiatisant notre combat et la situation de notre école ça allait peut-être amener des changements.

Vous avez interpellé le directeur de l’école (Thierry de Mazancourt) à plusieurs reprises, notamment en novembre dernier. Et même s’il a reconnu la maladresse de ses propos depuis, qu’avez vous-pensé du fait qu’il mette en relation les témoignages de viols avec l’abus d’alcool au cours des nombreuses soirées sur le campus ?

Le fait de justifier un viol par l’alcool fait partie de la culture du viol. Peu importe le contexte, un viol ou une agression sexuelle reste un viol ou une agression sexuelle, et est punissable et n’est pas justifiable. C’est un moyen d’écarter le problème. Il y a bien une sensibilisation sur la consommation d’alcool à l’école chaque année pendant la semaine d’intégration. On aimerait la même chose pour les violences sexistes et sexuelles et qu’on traite ça comme un problème séparé.

La médiatisation de ces cas présumés d’agressions sexuelles à l’IMT Mines Alès a-t-elle fait ressurgir des cas plus anciens ?

Dès qu’on a commencé à diffuser les témoignages fin avril 2020 on a reçu des messages d’anciens élèves qui nous remerciaient de parler enfin de ce fléau. La libération de la parole fait partie de nos objectifs. On est persuadées que c’est un phénomène qui est présent partout dans les études supérieures. On espère que ce #MeToo des étudiants sera enfin mis sur la table et traité. Car notre but c’est que les violences sexistes et sexuelles n’arrivent plus dans l’enseignement supérieur.

Les faits présumés concernent-ils uniquement les élèves de l’école entre eux ou s’étendent-ils au personnel de l’établissement ?

Parmi les 48 témoignages, il y a un témoignage d’une enseignante qui évoque une réflexion sexiste qui a eu lieu en cours. Évidemment, c’est un fléau présent partout dans le monde du travail.

Comment expliquez-vous l’écart entre le nombre d’agressions présumées qui vous ont été relatées (48) et le nombre de dépôts de plaintes (2 à ce jour) ?

Je ne veux pas parler à la place des victimes mais on a conscience que c’est compliqué de déposer une plainte. C’est un processus long, il faut avoir confiance en soi, être entouré, soutenu. On a reçu beaucoup de témoignages après publication des premiers où les personnes nous disent : « Jusqu’à maintenant je ne pensais pas avoir été violée ou agressée, mais en lisant ces témoignages je me suis rendu compte que... »

Peut-on en partie expliquer ces présumées agressions sexuelles par une perception erronée de l’auteur du supposé consentement de la victime, finalement éloignée de la réalité ?

C’est une question qu’on s’est posée. On se demande si les auteurs ont conscience que ce qu’ils ont fait est au-delà de la limite du consentement. On n’apprend pas forcément aux hommes ce qu’est le consentement. Parfois, des choses qui sont considérées comme des blagues ou de la taquinerie sont des agressions sexuelles.

À l’image des violences conjugales, la prise en charge ne doit pas se limiter à la victime et les auteurs doivent aussi être concernés…

Exactement ! Il y a un gros travail de prévention à faire et c’est pour ça qu’on pense que c’est un sujet dont l’école doit s’emparer.

À l’été 2020, après avoir été contactée par la Clitoliste, la direction de l’école a d’ailleurs fait un geste en ce sens…

En septembre 2020, à la rentrée, le directeur a annoncé à la nouvelle promotion la présence d’une référente pour les violences sexistes et sexuelles assortie à la mise en place d’une cellule d’écoute. Mais elle ne concerne que les premières années. Elle n’a été présentée à aucune autre promotion. On n’a pas l’impression qu’un travail de fond soit fait.

Le collectif est 100 % féminin. Aimeriez-vous voir des garçons l’intégrer ?

On a fait un vote et on a décidé de rester en non mixité pour le moment. On s’aperçoit qu’on obtient la confiance des victimes assez facilement et on pense que le fait qu’on ne soit que des filles y a contribué. Il y a malgré tout des garçons de l’école qui nous écrivent et nous proposent leur aide.

Propos recueillis par Corentin Migoule

Quelques témoignages en images :

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