Publié il y a 1 h - Mise à jour le 13.02.2026 - Yannick Pons - 2 min  - vu 25 fois

CULTURE L’Amante anglaise de Duras, l’impossible réponse de Sandrine Bonnaire

Sandrine Bonnaire

- @DR

Présentée hier soir au théâtre Christian-Liger, la pièce de Marguerite Duras explore l'opacité d’un crime inexpliqué. Une proposition austère et intense, portée par l’interprétation troublante de Sandrine Bonnaire.

Ce passage à Alès puis Nîmes marque un retour symbolique dans le Gard. Sandrine Bonnaire retrouve un territoire lié à l’un de ses rôles les plus marquants, plus de quarante ans après le tournage de Sans toit ni loi d’Agnès Varda, réalisé en grande partie dans la région en 1984. Ce film, qui lui avait valu le César du meilleur espoir féminin, reste associé à l’image d’une actrice incarnant des personnages solitaires, insaisissables, en marge du monde. Une filiation qui résonne aujourd’hui dans son interprétation de Claire Lannes, autre figure opaque et déroutante. Femme au foyer, elle occupe ses journées dans son jardin à écrire aux journaux au sujet de la menthe anglaise. Jusqu'au jour où...

Fait divers

Jeudi soir, le théâtre Christian-Liger accueillait L’Amante anglaise, texte de Marguerite Duras mis en scène par Jacques Osinski. Inspirée d’un fait divers réel, la pièce s’organise autour de l’interrogatoire de Claire Lannes, une femme qui a reconnu avoir tué sa cousine sans vraiment pouvoir expliquer son geste.

La mise en scène reste volontairement minimaliste, une option très en vogue ces dernières années sur les scènes des théâtres. La lumière froide et stable installe un climat relativement clinique et carcéral. La mise en scène privilégie les silences et le face-à-face entre le public et l’actrice. Ce choix rigoureux accompagne la structure du texte, construit comme un interrogatoire en deux temps, traversé par les non-dits et les ambiguïtés. Le mari de Claire Lannes, interprété par Grégoire Oestermann, fait face à un interrogateur incarné par Frédéric Leidgens, d’abord placé parmi le public avant de se rapprocher progressivement. Cet échange fonctionne comme un prélude.

Le couple emploie une bonne, sa cousine, sourde et muette. Il installe le trouble et fait naître une attente. On veut alors entendre rapidement son épouse Claire. Comprendre. Lorsque Sandrine Bonnaire entre en scène d’un pas mal assuré, même principe d’interrogatoire. Même tension. Mais alors qu’on voulait comprendre, le mystère s’épaissit.

Elle a perdu la tête

Au centre du plateau, assise sur une chaise, elle se tient droite. L'actrice incarne Claire Lannes dans un registre extrêmement retenu. Son jeu repose sur une voix basse. Des regards fuyants, des silences. De longues pauses. Elle donne au personnage une présence fragile, presque transparente, profondément opaque. L’interrogateur cherche à savoir en vain pourquoi, et surtout si elle a perdu la tête…

L’actrice compose une femme en apparence ordinaire, dont affleure peu à peu une violence incompréhensible. Elle ne cherche pas les effets de manches. Elle installe une tension intérieure, presque hypnotique. Silences prolongés, ruptures de rythme, changements de ton, de personnalité. Claire Lannes demeure insaisissable. Elle reste suspendue entre innocence et culpabilité, folle ou calculatrice ?

Sandrine Bonnaire propose une incarnation d’une grande sobriété. Un regard qui se perd dans le vide. Un rire éclate soudain, impressionnant, gênant, déstabilisant. À aucun moment elle ne livre d'explication claire. La mise en scène, épurée et rigoureuse, accompagne ce trouble, elle met en avant la complexité psychologique du texte sans chercher à trancher…

Le spectacle peut diviser par son austérité et sa lenteur assumée. Mais la présence de Sandrine Bonnaire, intense et contenue, marque le spectateur. Une proposition exigeante, qui laisse le public face à une énigme. À vous de juger !

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