Publié il y a 1 h - Mise à jour le 03.07.2026 - Abdel Samari - 2 min  - vu 56 fois

ÉDITORIAL Le temps de comprendre

Photo d'illustration DR

À l'heure des vidéos virales, des certitudes instantanées et des réactions à chaud, prendre le temps de comprendre est devenu un acte de résistance. Plus que jamais, la presse a un rôle essentiel à jouer.

Une dernière fois pour cette saison, la réflexion du jour. Une expression, un commentaire sur notre époque. Une époque fascinante, parfois déroutante. À l'image de ces vidéos qui envahissent nos écrans et finissent par rythmer notre quotidien. Comme celle d'hier, montrant des clients d'un supermarché hard-discount se battre pour décrocher le dernier exemplaire d'une climatisation mobile. Nous avions déjà connu ce genre de scène avec la pâte à tartiner il n'y a pas si longtemps. Ces séquences sont devenues le miroir de notre temps. Mais un miroir déformant. Elles montrent quelques secondes d'une histoire, jamais ce qui la précède ni ce qui la suit. Personne ne saura si les protagonistes ont finalement retrouvé leur calme, échangé quelques excuses ou même ri de leur emportement. Peut-être que l'acheteur de la climatisation a finalement invité son rival à venir profiter d'un peu d'air frais chez lui. Nous ne le saurons jamais. Car ce qui compte désormais, ce n'est plus tant la réalité que l'émotion qu'elle provoque. Quelques secondes suffisent à fabriquer une certitude. Tout doit aller vite. Trop vite, sans doute, pour prendre le temps de comprendre le monde qui nous entoure. Un tweet, une vidéo, quelques commentaires... et chacun pense déjà avoir saisi toute l'histoire. Cette accélération marque une rupture profonde. Elle façonne durablement notre perception de la réalité. Désormais, tout le monde semble tout savoir sur tout. Chacun possède une solution à chaque problème. Mais beaucoup oublient qu'ils parlent depuis leur propre expérience, leur propre environnement, leurs propres convictions. L'émetteur est convaincu que le récepteur partage les mêmes références. Pourtant, lorsque l'on prend un peu de recul, on mesure l'ampleur des déformations. C'est peut-être aussi pour cela que la presse existe encore. Dans ce qu'elle a de meilleur, elle cherche à éclairer plutôt qu'à enflammer. À apporter du contexte plutôt que des certitudes. À donner à voir d'autres points de vue pour permettre un débat fondé sur la connaissance plutôt que sur l'instantané. À une condition toutefois : que la curiosité demeure plus forte que la volonté d'avoir raison. Or, aujourd'hui, plus personne n'accepte vraiment d'être contredit. Chacun défend sa vérité sans toujours envisager qu'elle puisse être incomplète. La responsabilité est donc immense. Celle des citoyens d'abord. Celle de ceux qui informent ensuite. Et celle, enfin, des responsables politiques. L'été qui s'ouvre sera le dernier avant l'élection présidentielle. Il devrait être celui de la préparation des idées plutôt que des postures, de la rigueur intellectuelle plutôt que des slogans, de l'intérêt général plutôt que des calculs personnels. C'est en tout cas le vœu que l'on peut formuler avant de refermer cette saison éditoriale. Bel été à toutes et à tous.

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