C'était une affaire qui chauffait un peu trop les oreilles d'Éric Giraudier ces dernières semaines pour ne pas en parler. Le président de la CCI du Gard, en poste depuis près de neuf ans, suit depuis le début le dossier de l'aérodrome de Deaux. S'il a entendu beaucoup de choses à droite et à gauche et vu de nombreux responsables politiques s'emparer du sujet ces derniers temps, le chef d'entreprise a souhaité clarifier les choses et démentir certaines informations ce mardi 7 juillet, lors d'une conférence de presse exceptionnelle, aux côtés de Didier Salles, maire de la commune de Deaux depuis déjà deux mandats.
Face aux journalistes, les deux hommes ont dénoncé une succession "d'informations inexactes", de "contre-vérités" et d'"attaques" visant, selon eux, la CCI. « Nous avons décidé collectivement, avec des éléments factuels », a insisté Éric Giraudier, rappelant que la vente de l'aérodrome n'était pas un choix politique mais une obligation juridique.
« Nous n'avons jamais eu le droit de vendre à un euro »
Le président de la CCI est longuement revenu sur l'historique du dossier. Selon lui, depuis la loi NOTRe de 2015, les chambres consulaires ont l'obligation de se désengager progressivement de certains équipements déficitaires. Il réfute notamment l'idée selon laquelle l'aérodrome aurait pu être cédé à Alès Agglomération pour un euro symbolique. « C'est totalement faux », martèle-t-il.
Il rappelle qu'en 2016, les domaines avaient été estimés à 2,2 millions d'euros. Lorsque l'Agglomération avait proposé environ 600 000 euros, la préfecture avait indiqué qu'une telle vente serait illégale. « Un établissement public ne peut pas vendre un bien en dessous de son estimation. La décision aurait été cassée par le secrétaire général de la préfecture du Gard, qui nous l'a informé », affirme-t-il.
Depuis, plusieurs appels à projets ont été lancés, avec une priorité donnée aux candidats souhaitant maintenir l'activité aéronautique et surtout au prix demandé. Mais, selon la CCI, aucune proposition n'a jamais réuni à la fois un prix conforme à l'estimation des domaines et un projet économiquement viable. Aujourd'hui, la valeur du foncier serait même montée à 2,68 millions d'euros.
« Ce n'est plus un outil de développement économique »
Autre argument développé par Éric Giraudier : l'activité réelle de l'aérodrome. Selon les chiffres avancés par la CCI, seuls 16 avions différents s'y sont posés au cours des cinq derniers mois. « Il n'y a plus d'activité économique, plus d'activité touristique, plus de sécurité civile. Ce n'est plus qu'un club de loisirs aéronautiques », estime-t-il.
Le président rappelle également que le pélicandrome utilisé autrefois par la Sécurité civile n'est plus exploité depuis le changement de flotte des bombardiers d'eau en 2024. Quant aux avions militaires parfois évoqués pour démontrer l'intérêt stratégique du site, il balaie l'argument : « Un Mirage ne peut tout simplement pas se poser ici. La capacité maximale de la piste, selon la DGAC, est celle d'un aéronef de 5,7 tonnes, soit l'équivalent d'un petit avion de loisirs. »
Pour la CCI, l'aérodrome ne participe donc plus au désenclavement du bassin alésien, un argument souvent avancé par les élus favorables à son maintien. « Le désenclavement, ce sont les routes, les entreprises, les infrastructures. Pas une piste qui accueille quelques avions de loisirs. S'il y a un débat organisé par l'Agglomération, je viendrai. Je suis prêt à parler du désenclavement. Je pense notamment au contournement nord-ouest et à l'accessibilité d'Alès. Ça, ce sont de vrais sujets. Aujourd'hui, je constate que les politiques n'ont pas réussi à les faire avancer. Je m'en désole, et les entreprises aussi. »
Un projet sur 4 grands axes
Aux côtés d'Éric Giraudier, le maire de Deaux, Didier Salles a détaillé le projet porté par la commune depuis plusieurs années. L'objectif reste inchangé : devenir propriétaire des 45 hectares afin de maîtriser l'avenir de ce foncier. « Nous voulons protéger notre territoire et choisir nous-mêmes son développement », explique Didier Salles.
Contrairement aux critiques formulées ces derniers jours, l'élu assure que le projet ne se résume pas à l'installation de panneaux photovoltaïques. Sur les 45 hectares, seuls 14 seraient équipés de panneaux solaires. Les 21 hectares boisés seraient préservés.
Autour de cette centrale, la commune imagine quatre grands axes :
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un volet énergétique avec une production couvrant la consommation de 7 000 à 8 000 habitants ;
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un espace pédagogique destiné aux scolaires, en partenariat notamment avec Purple Campus, le lycée La Salle ou encore IMT Mines Alès ;
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une zone d'innovation de 3 000 m² consacrée aux énergies renouvelables, au stockage de l'électricité et à l'hydrogène vert ;
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un parcours sportif et pédagogique de 3,5 kilomètres autour du site.
Des retombées économiques mises en avant
Le maire insiste également sur les retombées financières attendues. Selon les estimations présentées, la phase de construction générerait environ 4 millions d'euros de dépenses sur le territoire, avec une cinquantaine d'emplois mobilisés pendant huit à quatorze mois. Pendant l'exploitation, environ 100 000 euros seraient injectés chaque année dans l'économie locale pour l'entretien du site.
La commune avance aussi d'importantes recettes fiscales sur la durée de vie de la centrale :
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2 millions d'euros pour Deaux ;
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8 millions d'euros pour Alès Agglomération ;
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4 millions d'euros pour le Département ;
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800 000 euros pour Vézénobres.
« Ce projet ne coûtera pas un centime aux Deauxois », assure Didier Salles, qui évoque plusieurs scénarios de financement, soit par emprunt remboursé grâce aux loyers, soit directement par les futurs opérateurs photovoltaïques.
Des critiques contre Alès Agglomération
Les deux responsables n'ont pas caché leur incompréhension face à la récente prise de position d'Alès Agglomération. Éric Giraudier affirme n'avoir reçu « aucune lettre » de l'intercommunalité sur ce dossier depuis neuf ans.
De son côté, Didier Salles regrette que la commune soit devenue, selon lui, « la commune à abattre », et le « vilain petit canard de l'agglomération ». « Depuis 2017, nous travaillons sur ce dossier. La CCI nous a toujours écoutés. À Alès Agglomération, je n'ai jamais été écouté », déplore le maire.
L'élu considère que la motion adoptée par les élus communautaires constitue « un coup de massue », d'autant que, rappelle-t-il, ce sujet n'était pas inscrit à l'ordre du jour de la conférence des maires précédant le conseil communautaire.
Un compromis espéré d'ici la fin de l'année
Malgré les tensions, le calendrier suit son cours. La CCI et la commune espèrent signer un compromis de vente au cours du dernier trimestre 2026. La vente définitive n'interviendrait toutefois qu'après le déclassement officiel de l'aérodrome, attendu entre fin 2027 et début 2028.
Une fois cette étape franchie, la commune lancera officiellement la consultation des opérateurs photovoltaïques. La réalisation du projet pourrait ensuite nécessiter encore deux à quatre années supplémentaires.
En parallèle, Éric Giraudier a annoncé que la CCI adresserait dans les prochains jours un dossier complet à l'ensemble des élus d'Alès Agglomération afin de défendre sa position et répondre aux critiques formulées lors du dernier conseil communautaire. Une manière de poursuivre, désormais publiquement, un bras de fer qui oppose depuis plusieurs semaines les défenseurs du maintien de l'aérodrome aux partisans de sa reconversion.
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