Publié il y a 1 h - Mise à jour le 03.04.2026 - Julia Razil - 5 min  - vu 47 fois

FAIT DU JOUR Michel Volle, près d'un demi-siècle de photographie taurine

Michel Volle, dans son atelier.

- J.Rz.

Pendant la feria d’Arles, Michel Volle, photographe taurin et figure arlésienne, dévoilera deux facettes de son travail à travers deux expositions : l’une à la nouvelle Auberge espagnole, l’autre au Calendal. Deux lieux, deux ambiances, mais une même passion pour l’art et la corrida.

Michel Volle aurait pu succomber à l’appel de la course camarguaise, tant son oncle, le célèbre raseteur Lucien Volle, aurait pu l’influencer. Dès son plus jeune âge, il a fréquenté les courses libres. Pourtant, c’est vers les toros espagnols que son cœur a basculé. Adolescent, il collectionnait les reseñas de corridas dans les journaux, comme d’autres découpaient les articles sur leurs idoles. "J’ai été séduit par tout ce qui compose la tauromachie espagnole : les couleurs, l’atmosphère, le toro, la liturgie qui l’entoure… La dimension émotionnelle de la corrida n’a pas d’équivalent. Même si la course libre a aussi sa beauté et son danger, c’est différent", confie-t-il.

Depuis près d’un demi-siècle, le photographe arlésien sillonne les arènes de France et d’Espagne, immortalisant toros, toreros, passes et public. Sa passion pour la photographie naît en 1978, à 30 ans. Il commence, "comme tout le monde" avec un Instamatic. Et l'aficionado qu'il est, ne va pas tarder à lier ses deux passions. Amoureux de la photographie autant que de la corrida, il lui est impossible de choisir entre les deux. "Je ne renie ni l’une ni l’autre", affirme-t-il.

Ses premières photos taurines, Michel Volle les a prises depuis les tendidos. "Puis j’ai commencé à avoir un pied dans le callejon, avant d’y être pleinement en 1987", raconte-t-il avec un sourire. À l’époque, Hubert Yonnet dirigeait les arènes d’Arles, et une complicité naît entre le photographe et l’empresa ganadero. "Les photographes taurins se comptaient alors sur les doigts des deux mains", se souvient-il. Une époque où il jouissait d’une liberté sans pareil. 

14 mai 1989, Nîmes, Nimeño II face aux Guardiola, une corrida pour l'Histoire . • Michel Volle

"À la fin des années 80 et dans les années 90, la corrida avait le vent en poupe, il fallait s’y montrer. Aujourd’hui, il faut se cacher", regrette-t-il, nostalgique. Autres temps, autres mœurs. "Maintenant, les photographes sont parqués à un endroit et ne peuvent plus bouger. Avant, je pouvais rester avec les quadrillas dans le patio de cabello. Aujourd’hui, il faut en partir dix minutes avant le paseo." Il évoque avec émotion ces instants d’un autre temps, ces minutes de tension extrême avant d’entrer en piste, ces regards… "Oui, aujourd’hui, il y a moins de spontanéité, moins de liberté", constate-t-il en photographe. Et en tant qu'aficionado ? "On torée bien, très bien même, mieux qu’avant sans doute… mais ça ne surprend plus. La satisfaction n’est plus la même. C’est rare d’être surpris. La tauromachie est devenue aseptisée, banalisée. Il y a moins de personnalités marquantes chez les toreros. Même le toro doit être obéissant, sinon on le dit mauvais.

Morante de la Puebla, Istres, 2013. • Michel Volle

Son regard est celui d’un homme qui a vu des milliers de corridas, parfois plus de 80 par an. "Depuis 1978, j’ai fréquenté toutes les arènes du Sud-Est, sans en rater une à Arles et à Nîmes", précise-t-il. Aujourd’hui, il a levé le pied, mais suit toujours une quarantaine de corridas par an. Son arène de cœur ? "Céret, sans hésiter", lance-t-il. "D’abord parce que c’est la tauromachie que j’aime : le toro y est roi. Ensuite, parce que c’est une petite arène, où la proximité avec la piste permet des photos uniques." Et puis, il y a l’amitié. Chaque année, les arènes de Céret commandent à l'Arlésien une photo de toro pour orner les rues de la ville.

Chez lui, au fond de son jardin, dans son laboratoire, des dizaines de milliers de négatifs s’entassent dans des classeurs qui débordent des meubles à tiroirs. Les tirages rangés dans de grandes pochettes sont méticuleusement classés, par année, ou par expo, ou par torero. Un demi-siècle de corridas, immortalisé en noir et blanc, en couleurs, parfois les deux. "Heureusement, le numérique a remplacé l’argentique : aujourd’hui, un bon disque dur suffit", sourit-il. Une transition technologique que Michel Volle a adoptée au début des années 2000. Et qui a changé ses lendemains de fiesta. "Avant je passais tous mes lundis et mardis dans mon labo...", se souvient-il. 

En 1987, le photographe rejoint l’équipe du magazine Tendido. Pendant près de vingt ans, il y contribuera activement, fournissant photos et articles jusqu’à la disparition du titre, en 2005. Trois ans plus tard, en 2008, il retrouve à la fois la plume et l’objectif pour ToroMag. Écrire, mettre en page, créer : autant de passions qu’il cultive avec enthousiasme. Son parcours éditorial est riche : un ouvrage sur Victor Mendes, un autre sur El Fundi, L’Année de la corrida (publiée pendant quatre années consécutives), Le règne du roi Henri sur Ponce, ou encore Songes d’humanité, un livre-disque co-signé avec sa fille Emilie, musicienne. L’an dernier, il a sorti Céret de Fernando, un ouvrage qu’il dédicacera ce vendredi soir, à l’occasion de l’inauguration de l’Auberge espagnole (lire le programme en encadré).

C'est là, en salle Jean et Pons Dedieu (rue du 4-Septembre) qu'on retrouvera aussi, pendant la feria, quelques-unes de ses photographies taurines. Le photographe expose, également, jusqu'au 4 mai, au Calendal. Là, aux côtés des clichés de course camarguaise de son ami Hugues Charrier, Michel Volle présente ce qu'il appelle sa "toromagie". "Des photos prises au 1/8e ou au 1/4 de seconde, un temps assez long pour imprimer le mouvement. Ce n’est pas un instantané." Un même sujet mais deux expositions totalement différentes.

Toromagie Rebolera, à découvrir au Calendal jusqu'au 4 mai. • Michel Volle

Et si Michel Volle est connu ici pour ses photos taurines, il ne se limite pas à ce seul sujet. Il est photographe, tout simplement. D’ailleurs, sa toute première exposition, en 1985, intitulée Identité ardéchoise, en témoigne : paysages, ruines et autres sujets loin des arènes, preuve d’un regard qui dépasse le seul monde taurin. L'Arlésien aime aussi saisir des portraits dans la foule, au détour des ruelles, ici ou ailleurs. "Toutes ces photos ont une histoire, confie-t-il en feuilletant celles publiées dans Songes d'humanité. Ça peut sembler prétentieux, mais j’ai l’impression de donner un peu d’éternité à ces inconnus, que personne ne connaîtrait autrement. Et plus je les regarde, plus je les aime, plus j’ai l’impression de les connaître." Peut-être y retrouve-t-il un peu de cette spontanéité et de cette liberté qui, aujourd’hui, lui manquent dans l’arène ?

En attendant, Michel Volle sera bien présent dans les arènes d'Arles pendant cette feria de Pâques, avant de prendre la route en direction d'élevages mythiques dont il va photographier les plus beaux exemplaires. Saltillo, Miura, La Quinta, Dolores Aguirre... sont au programme de son mois d'avril. Et il continue, aussi, à se mettre à disposition des clubs taurins pour mener des conférences avec projections sur le thème "Tauromachie et photographie".

Rendez-vous à L'Auberge espagnole

C'est l'un des rendez-vous incontournables de la Feria de Pâques. La nouvelle Auberge espagnole vous donne rendez-vous, du 3 au 6 avril, en salle Jean et Pons Dedieu (rue du 4-Septembre). Au programme : la librairie taurine, deux expositions (Hugues Charrier et Michel Volle), un vernissage et des dédicaces (ce vendredi 3 avril, à 19h). 

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