Ce jeudi marquait à la fois le deuxième jour du mois de juillet, mais également la première réunion du groupe contact de la saison entre les différents services de lutte contre les feux de forêt et de végétation. Avec la multiplication des incendies ces derniers jours (Roquemaure, Milhaud, Générac, Montfrin...), la prudence est encore plus de rigueur. L'alerte maximum a été mise en œuvre, avec des interdictions d'accès aux massifs. Sur le volet communication, les habitants, touristes, élus et plus généralement la population, sont invités à se mobiliser au maximum.
Dans la salle Érignac de la préfecture du Gard, la DDTM commence par un premier état des lieux de la météo. Depuis une semaine, le soleil brille, un faible vent s'invite dans le ciel depuis la fin du mois de juin, et le mistral souffle depuis mercredi. La canicule semble s'éloigner mais pourrait bien revenir dans quelques temps, même si les températures flirtent avec les 40 degrés et sont bien au-dessus des normales à la même période. À ce cocktail dangereux, s'ajoute un autre chiffre alarmant : en moyenne le taux d'humidité est en dessous des 20 %, malgré la petite pluie dans la nuit de lundi à mardi.
De nombreux territoires du Gard courent un grand danger incendie, particulièrement l'est (Cévennes) et la zone Vidourle. "Par rapport à l'année dernière, la situation sur les Cévennes est plus grave aujourd'hui, et le mistral n'a pas l'intention de s'en aller", alerte la DDTM. Une lettre circulaire a été adressée à l'ensemble des maires pour leur rappeler le dispositif estival mis en place, et qu'ils sont en mesure d'établir trois arrêtés pour protéger leur territoire. "ll faut marteler les messages pour les particuliers et les touristes, mais aussi les professionnels", rappelle le préfet Jérôme Bonet. Le maire de Saint-Sébastien-d'Aigrefeuille, Guy Manifacier, et vice-président de l'AMR30, valide les propos, et espère la présence des services de l'État pour orienter le travail des municipalités face au danger.
Les recommandations de la préfecture
Interrogé après la réunion, Jérôme Bonet joue carte sur table. "Tout le monde est mobilisé à son maximum. Et le fait d'avoir des moyens aériens nationaux positionnés à Nîmes est une chance pour le territoire", annonce-t-il. Chaque semaine, tous les acteurs se réuniront comme à l'accoutumée pour faire un point. Et pour être le plus efficace possible, l'idée est de savoir où les feux sont susceptibles de se déclencher, être rapidement à l'affût et d'engager des moyens.
Le préfet met également en garde contre les groupes d'informations qui fleurissent sur les réseaux sociaux. "Parfois, dans ils diffusent des informations pour agir avec une bonne volonté, mais ça peut aussi créer de fausses inquiétudes." Alors une seule solution : se référer aux autorités et aux informations officielles, qui sont également relayées par les médias. En France, 19800 feux ont été recensés puis éteints en 2025. Près de 95 % d'entre eux concernaient moins de cinq hectares.
Visite terrain
Pour mieux comprendre les enjeux et mettre des mots sur la situation, la presse fut invitée à découvrir plusieurs lieux différents, sur des DFCI. Ces pistes sont entretenues à l'année par les différents acteurs. L'ONF est chargée par l'État d'intervenir pour contrôler les pratiques, rappeler la loi et sanctionner en cas de nécessité. Les règles de bon sens sont les suivantes : ne pas aller dans les zones sensibles, ne pas fumer en forêt, ni y faire de barbecue, ne pas effectuer de travaux dangereux non plus (avec une scie-sauteuse par exemple, dont les étincelles peuvent avoir des effets dévastateurs). Car 90 % des feux sont dus à l'action humaine, beaucoup à cause de négligences. Limiter les départs de feu peut donc s'effectuer grâce à des gestes simples. Et pour être en règle, chaque propriétaire doit débroussailler autour de 50 mètres de son habitation.
Éric Thomas, officier de l'ONF attitré à la protection des forêts méditerranéennes, prend la parole. Les différentes patrouilles relèvent ce qu'on appelle le stress hydrique, représentant le gros du dispositif d'été mis en place. Pour cela, elles prélèvent des morceaux d'arbustes ou autres herbes et analysent la différence entre le poids en eau et le poids sec. La teneur en eau obtenue est un bon indicateur pour l'éventualité d'un départ de feu.
Dans le Gard, il existe 26 patrouilles. Elles se composent de pompiers et de forestiers, mis à disposition du bien commun. Développées depuis le début des années 2000, elles se focalisent sur les massifs forestiers et croisent leurs compétences pour un maximum d'efficacité. Sur les véhicules, on y retrouve entre autres une lance disposant de dix minutes d'autonomie et de 600 litres d'eau de capacité maximum.
L'ONF possède des patrouilles dites "couteau suisse", appelées PSC (patrouille surveillance et contrôle). Composées d'une ou deux personnes, elles font à la fois la diffusion d'information, la sensibilisation et l'intervention, avec la possibilité de verbaliser si cela le nécessite. Elle est mise en place lorsque le seuil de risque sévère est atteint. Elle peut également conseiller.
Enfin, la cellule RCCI existe pour chercher les causes des départs de feu. Créée en 2012, elle est composée de gendarmes, pompiers et forestiers volontaires, qui unissent leurs forces pour l'intérêt général. Ensemble, ils enquêtent sur les zones de propagation des feux, et refont chaque scénario à l'envers. En 2025, on recense 40 départs de feu sur les mois de juillet et août. Chacun a été analysé par la cellule RCCI.
La journée se termine par une visite au Codis, basé à Nîmes. La salle principale est composée de pompiers et forestiers qui collaborent et se coordonnent. Le lieutenant Pascal Russell nous raconte comment ça se passe : "On est bien préparés actuellement sur les feux de forêt, même si dans la salle où vous êtes montés, on se prépare à tout type d'intervention." Et même s'il n'a pas de chiffres, il estime que la saison démarre bien plus brutalement que l'an dernier. "Même si on a eu des années comme 2019 et 2022 qui ont été très délicates également." Espérons donc pour nos soldats du feu que leur tâche soit la moins compliquée possible pour les prochaines semaines.