Publié il y a 8 mois - Mise à jour le 27.07.2023 - Boris de la Cruz - 5 min  - vu 526 fois

LES HISTOIRES DE L'ÉTÉ Pompiers, médecins, samu : la crainte des violences

Image d'illustration 

Chaque jeudi, cet été, Objectif Gard vous propose de vous plonger dans un fait divers récent. Ils sont pompiers, membres du SAMU, médecins, infirmiers et travaillent parfois avec la boule au ventre, en tout cas avec la pression d’une intervention difficile liée aux actes d’incivilités. Cet article est issu d'Objectif Gard le magazine, paru en mai dernier. 

Pendant très longtemps les soignants et personnels de secours étaient sur un piédestal, intouchables, sanctuarisés. Aujourd’hui, ils ne sont plus épargnés par les agressions, insultes et menaces. Mais aujourd’hui difficile d’entrer dans certains quartiers, dans des logements. La gangrène de la violence se fait jour aussi parfois en pleine intervention dans la rue et même dans les cabinets médicaux qui ne sont plus des lieux préservés.

L’un des derniers épisodes en date, est survenu le 27 mars dernier dans le centre-ville historique de Nîmes et concerne un médecin généraliste ayant pignon sur rue. Un patient qui n’avait pas rendez-vous a fait irruption dans son cabinet et il est devenu ingérable. « C’est l’un des actes le plus graves ces derniers mois », souligne le professeur Costa, secrétaire général adjoint du conseil de l’ordre.

Un médecin agressé témoigne 

« J’avais accepté de le prendre comme nouveau patient depuis 18 mois. Je l’ai fait sur intervention de l’hôpital qui souhaitait que je le suive. Ce jour-là, il n'arrivait pas à me joindre sur mon téléphone portable professionnel. Il m'a appelé plusieurs fois, mais je n'ai pas vu son numéro s'afficher ou même la sonnerie retentir. Et pour cause ! Mon téléphone était sur silencieux à ce moment-là. J'étais avec d'autres patients et j’enchaînais les rendez-vous », avait indiqué à Objectif Gard le médecin qui exerce depuis 40 ans dans la capitale gardoise et n’avait jamais eu de souci avec un patient durant toutes ces décennies de pratique.

Sa famille et lui restent très choqués par cet événement car il a été frappé. Son agresseur n’a pas hésité à multiplier les coups et s’est déchaîné contre le généraliste. « La pratique du karaté dans ma jeunesse a été un précieux plus pour me défendre. Je suis parvenu à esquiver les coups, même s’il m’a touché à plusieurs reprises », affirme le docteur Luc Poudevigne en montrant son épaule douloureuse et en évoquant surtout l’impact de cette agression survenue il y a maintenant près d’un mois et demi.

Une situation compliquée pour les médecins 

« C’est l’agression la plus importante de ces dernières années, mais en dehors de cet acte, la situation est compliquée pour les médecins et les faits ont tendance à augmenter », poursuit le professeur Pierre Costa, patron de la commission de vigilance liée aux violences subies par les médecins. Une structure mise en place il y a 18 mois par le conseil de l’ordre du département du Gard, qui a plusieurs missions dont celle de venir en soutien des confrères victimes.

Au niveau national 80 % des violences sont verbales, mais 8 % donnent lieu à des arrêts de travail. Dans le Gard, c’est plutôt 2 à 3 % qui nécessitent un arrêt de travail. Pourtant les chiffres de signalement au conseil de l’ordre sont bien réels et, en 2022, 50 médecins ont fait remonter à leur instance représentative un incident comme des violences, des insultes et des outrages dans l’exercice du métier. Pour le premier trimestre 2023, déjà 20 signalements sont à déplorer, tandis qu’en 2020 le chiffre pour toute l’année était de 27 signalements.

Les soignants et personnels de secours ne sont plus épargnés 

Dans une société de plus en plus violente, les soignants ne sont plus épargnés, ils sont même le réceptacle de la misère humaine. « Nous faisons actuellement un sondage car nous sommes persuadés que beaucoup de médecins ne déclarent même pas les problèmes ; les violences je devrais dire », ajoute le professeur Costa. Par exemple, pour 50 situations officiellement déclarées en 2022, le conseil de l’ordre est parvenu à savoir qu’en réalité il y avait eu au moins 66 faits aux quatre coins de notre département.

« Certains médecins se sentent en danger et changent leur façon de travailler. Ils vont privilégier des structures collectives avec plusieurs collègues dans le même cabinet plutôt qu’exercer seul et être en situation de fragilité, ajoute le secrétaire général adjoint du conseil de l’ordre des médecins. Il y a une inquiétude pour le médecin mais aussi pour sa famille, car un généraliste a du mal à se cacher dans son quartier, son village, de ses patients qui consultent pour des arrêts de travail. Lorsqu’un médecin dénonce comme la loi l’y oblige des violences conjugales ou des violences sur des enfants, il se met un peu plus en danger. Il peut être la cible d'un patient mécontent. »

Le conseil de l'ordre des médecins à la manoeuvre 

Pour pallier les violences et la solitude du médecin seul face à son agression, le conseil de l’ordre a mis en place plusieurs strates d’assistances et d’aides. « On appelle systématiquement le médecin victime, souligne le professeur Costa. On lui écrit et on le conseille pour déposer plainte avec, notamment, une lettre type si besoin. Il faut le soutenir et l’entourer c’est une démarche primordiale et rassurante surtout juste après l’agression verbale ou physique. » Si la situation est très problématique lors des tournées médicales, par exemple, le conseil de l’ordre, grâce à des contacts privilégiés avec les forces de l’ordre, peut faire accompagner les médecins lors de visites domiciliaires ou dans des quartiers difficiles.

Pompiers agressés et insultés lors d'intervention

Mais les médecins ne sont pas les seuls à subir la violence de quelques-uns. SAMU et pompiers sont également pris pour cibles comme le précise maître Christian Barnouin, avocat des deux structures publiques. « Des professionnels comme les pompiers volontaires qui prennent du temps sur leurs loisirs pour s’occuper des autres à travers les astreintes et qui sont insultés, agressés. Il s’agit quand même d’un système basé sur la solidarité où le riche comme le pauvre, quel que soit le territoire où il se trouve en France, sera pris en charge gratuitement. C’est cela qui est menacé à travers les actes de certains », affirme l’avocat nîmois.

Les pompiers aussi sont parfois agressés en intervention • Photo d'illustration : Anthony Maurin/ObjectifGard

« Il s’agit d’un outil formidable de solidarité qui est sali par l’attitude des agresseurs. On arrive à avoir des interventions sur lesquelles les soignants ne sont pas concentrés sur le malade mais sur l'environnement car ils se font cracher dessus, menacer ou insulter, ajoute maître Barnouin. Pourtant c’est un système de soins, d’aide et d’assistance à préserver. La qualité des services peut se retrouver atténuée à cause de l’irresponsabilité et de la bêtise de certains. »

Dépôt de plainte systématique des pompiers 

Les pompiers du Gard ont décidé eux d’agir depuis plusieurs années et de porter plainte systématiquement. Récemment, une agression avec des insultes et crachats sur du personnel soignant du CHU de Nîmes a été définitivement jugée par la cour d’appel de Montpellier. Le jeune prévenu a écopé de un an de prison avec un sursis probatoire de deux ans. Les infirmières et aides-soignantes ont été reconnues en qualité de victimes par la juridiction héraultaise. Des faits perpétrés à l'encontre des secours et soignants qui sont systématiquement poursuivis par le parquet de Nîmes, vigilant depuis de nombreuses années face à ces violences subies par les services de secours et de santé.

Pourtant, et c’est peut-être un repère important, les agressions, insultes et menaces ne sont pas en augmentation exponentielle dans notre département et elles ont même plutôt tendance à stagner. Par exemple, pour les pompiers, une vingtaine de plaintes est déposée par an : 22 en 2019 et 21 en 2022, dont trois pour des violences avec arme, onze pour des violences verbales et physiques et sept pour des violences verbales. Des chiffres stables par rapport aux précédentes années mais déjà trop élevés.

Boris de la Cruz

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