Objectif Gard : Pouvez-vous vous présenter ?
Rémy Asensio : Je suis Rémy, un jeune homme de 17 ans né le 3 août 2008 à Nîmes. J'ai commencé dans les toros à l'âge de dix ans, quand j'ai vu ma première corrida, à Nîmes. Au cartel, il y avait Enrique et Ponce, El Juli et Toñete. Ça m'a tout de suite plu, j'ai tout accroché avec le costume et le toro, le duel entre l'homme et lui. Ça m'a attiré tout de suite et je suis sorti de là en sachant ce que je voulais être.
Que faisiez-vous à cette époque-là ?
À cette époque-là, j'étais comme un peu tous les jeunes de ma génération, je faisais du vélo, je jouais au foot, je faisais un peu d'escalade, bref, j'ai fait énormément de sport.
Il faut être un vrai sportif pour survivre dans les toros. Mais pas que… Il faut avoir un souvenir fort, une envie autre, quelque chose en plus. Votre famille n’est pas forcément taurine !
C’est jeune, dix ans ! Mais, de cette course me reste l’image de Ponce qui pègue des passes, d’El Juli et de leur domination. Les arènes m'attirent, et j'ai tout le temps eu de l'attirance pour ce monument, avant de parler des toros. J'avais demandé à mes parents de m'amener voir une corrida, ils avaient dû en voir deux corridas dans leur vie avant. Mes grands-parents, des deux côtés, sont plus aficionados. Ça a sauté une génération ! On a bien rattrapé tout ça !
Que s’est-il passé entre cette première corrida et le moment où vous vous êtes retrouvé en piste ?
Il s'est passé deux ans ! On a attendu un an avec mes parents avant que je m'inscrive dans une école taurine. Ils voulaient voir si c'était vraiment sérieux, si c'était vraiment ce que je voulais faire, et j'ai demandé à revoir une corrida. Nous y sommes retournés, aux Vendanges suivantes, mais aussi à Pentecôte. Après, on s'est renseignés pour une école taurine et je suis rentré au centre de tauromachie de Nîmes avec Brigitte Dubois. J'y ai passé deux ans. J’ai pégué des passes, j'ai pris une voltereta et j’ai immédiatement voulu courir vers la moleta pour continuer !
À 17 ans, êtes-vous encore à l’école ?
Je suis inscrit au CNED, des cours à distance, car maintenant je suis en Espagne, il fallait trouver une solution. Les études étaient un peu la priorité pour mes parents, cette année, je passe le bac. Comme dans les toros, il faut trouver un cadre et s’y tenir. Les toros demandent de la rigueur et du travail. L'objectif scolaire est d’avoir le bac et après, je me consacre 100 % aux toros.
Les toros, à court terme, quel sera l’objectif ?
À court terme, c'est d’entrer dans le plus d'arènes possible en étant vêtu de lumière, bien sûr ! Et de triompher dans les arènes de toutes les catégories.
Pas question d’abandonner vos rêves ?
Pas du tout ! Il va falloir toréer, triompher et couper. Puis, passer en piquée en fin d'année prochaine, mais en prenant le temps.
Et dans cette aventure, vous n’êtes pas seul !
Après le CTN, j’ai continué au Centre français de tauromachie pour le vrai premier bétail, les premiers repas, quelque chose de plus sérieux, plus encadré, structuré avec Patrick Varin ou Juan Villanueva. J’y suis resté trois ans, j'ai tué mes premiers toros, j'ai eu mes premières fois en public, ça m'a tout révélé. Quand Christian LeSur a voulu arrêter, je me suis retrouvé sans rien ni personne. Moi, j'avais la volonté de continuer mon chemin. Un jour, j'ai décidé d'envoyer un message à Serge Alméras. Et il a répondu.
Un retour aux affaires ?
Serge Alméras : J’étais tranquille, retiré des toros, je voyageais avec ma femme… Rémy m’a envoyé un message touchant et quelques jours après Palavas m'appelait pour me demander si je n’avais pas quelqu’un à leur proposer. J’ai parlé de lui et ils l’ont mis. Ensuite Rémy m’a demandé d’aller le voir à Bellegarde l’année dernière, je l’ai vu très bien en tienta chez Gallon… L'histoire, c'est qu’il m'a convaincu ! C’est un garçon qui est torero dans l’âme, dans sa démarche et sa manière d’être.
Un peu plus d’un an plus tard, vous avez même déménagé en Espagne ?
Rémy Asensio : Oui ! Je me suis déjà installé en Espagne, à San Fernando. C'est Serge qui m'a aiguillé, y compris pour le passage à l’école taurine de San Fernando pour avoir accès au circuit andalou des novilladas. Et puis, on a beau dire, les toros ça se passe en Espagne ! Depuis octobre, je vis là-bas en revenant ici souvent. Je vois aussi Nicolas Tacussel, un Français qui s'est installé là-bas et qui m’aide dans ma préparation sportive et mentale. Maintenant je me suis rapproché de Séville où je m'entraîne tous les jours avec les maestros.
Votre journée type ?
Je me lève à 5h30 et je vais à la salle de sport. Après je vais au Vizir pour m'entraîner. Tous les jours, je vois des gens qui ont une carrière, qui peuvent donner un conseil, qui peuvent avoir un coup d’œil, et ça m'a beaucoup aidé à l'épée par exemple. J’y passe trois ou quatre heures. L’après-midi j’essaie de tienter ou d’aller marcher, de faire un footing... Le soir je m’occupe de mes cours !
Retour en piste, comment vous y sentez-vous ?
Moi ? Je me sens heureux ! La première chose qui me vient à l'esprit, c'est ça. La pression, on l'a toujours, forcément. Il faut savoir jouer avec, mais je veux me montrer quelque chose à moi-même, je ne sais pas.
Que voulez-vous que les aficionados voient en vous voyant toréer ?
Je vais essayer d'allier le pouvoir et les détails artistiques. J’aime les Perera, le Juli, Morante… Je pense qu’il faut remplir un peu toutes les cases, surtout aujourd'hui. Avoir des toros variés, répondre aux attentes des empresas et de l’aficion.
Justement, qu’avez-vous à dire aux curieux qui aimeraient vous découvrir ?
C’est une question compliquée. Je voudrais leur dire qu'ils peuvent venir me voir pour apprendre à me découvrir. J'ai vraiment l'ambition d'être figura del toreo, je m’y prépare tous les jours et j’espère qu'ils ne seront pas déçus.
Vous êtes Gardois et le mois de mai sera important ici pour vous, n’est-ce pas ?
Oui, j’ai trois dates ! On commence par la journée de l'Avenir à Vauvert le 8 mai. Ensuite il y aura Alès avec un mano a mano avec Matias puis Nîmes, mais avant tout ça j’ai eu Aignan et après, j'aurai Vic ! Je veux que les gens voient que j'ai envie d'être figura del toreo, d’être quelqu'un d'important dans les toros. Je veux profiter de chaque instant ! Et je voudrais remercier Serge Alméras qui m'a aidé depuis un an maintenant. Le remercier pour tout ce qu'il a fait pour moi, maintenant, c'est à moi de jouer ! La temporada va être chargée, il va falloir répondre aux attentes. Je veux aussi remercier mon entourage, remercier les gens qui m'ont aidé depuis le début.