Publié il y a 1 an - Mise à jour le 17.04.2023 - Marie Meunier - 3 min  - vu 1012 fois

L'INTERVIEW Vincent Chabbert, fondateur de Tut Tut : "Deux ans plus tard, on est connu et reconnu"

vincent chabbert tut tut

Vincent Chabbert a lancé Tut Tut le 26 avril 2021. 

- photo DR

Il y a bientôt deux ans maintenant, le Tavelois Vincent Chabbert lançait le service de livraison Tut Tut. Parti de rien, il a séduit la France entière avec son concept. Celui d'utiliser les trajets quotidiens pour livrer des colis. Son fondateur a même reçu le Trophée de l'hypercroissance 2023. 

Objectif Gard : Pouvez-vous nous en dire plus sur ce Trophée de l'hypercroissance ?

Vincent Chabbert : Le fonds d'investissement niçois Rise Partners a organisé ce trophée fin mars en partenariat avec les French Tech du sud. 600 start-up étaient en compétition à l'origine. 100 ont été présélectionnées et il y a eu quatre lauréats, dont nous dans la catégorie "hypercroissance". 

Qu'avez-vous ressenti au moment de l'annonce ? 

On était hyper contents, hyper fiers. En arrivant sur place, on voyait tous les projets de qualité défiler, on ne pensait vraiment pas gagner. Quand on a annoncé le nom "Tut Tut" devant une salle pleine, on s'est dit que c'était du lourd. D'autant que dans notre jury, il y avait des pontes de l'investissement et de l'analyse comme le fonds d'investissement Xavier-Niel. 

La cérémonie des lauréats du Trophée s'est tenue fin-mars. • photo Tut Tut

C'est une belle marque de reconnaissance même pas deux ans après le démarrage de Tut Tut. D'autant que vous avez quitté un bon poste pour vous lancer dans l'aventure... 

Dans les premiers mois, on s'est beaucoup cherché. Maintenant, ça tourne. On sent que c'est devenu lourd et puissant. Beaucoup de personnes ont des préjugés, mais la plus grosse barrière dans la vie, c'est nous-mêmes. Quand on veut, on peut y arriver. Moi, je pars de rien du tout. Je n'ai même pas le bac. J'ai fait un beau parcours dans l'hôtellerie. J'ai commencé plongeur puis j'ai terminé à la tête de 17 établissements. Mais j'ai tout lâché pour faire complètement autre chose. Je ne maîtrisais rien et pourtant, deux ans plus tard, on est connu et reconnu et présent dans toute la France. 

Tut Tut, ça représente quoi aujourd'hui ?

On a passé la barre des 75 000 co-transporteurs, on a 40 collaborateurs, plus de 1 500 magasins partenaires. On peut vraiment parler d'hypercroissance car au début le capital social c'était 10 000€. On a fait une première collecte de fonds à 5 millions d'euros de valorisation, puis un bridge l'année dernière à 10 millions d'euros de valorisation. Et là, on est en train de négocier entre 25 et 35 millions de valorisation. Au départ, en 2021, on était à 19 000€ de chiffre d'affaires, cette année, on va faire plus de 5 millions. Maintenant, il faut faire perdurer cette croissance. Encore 9/10 personnes ne connaissent toujours pas le co-transportage alors qu'on fait déjà des chiffres de folie. Il y a 10 ans, personne ne connaissait Blablacar, aujourd'hui beaucoup de monde pratique le covoiturage. Si on pouvait être la même référence pour le co-transportage, on aurait tout gagné. 

Beaucoup de magasins nîmois ont adopté Tut Tut ?

On a Intermarché, le Décathlon, Truffaut, Centrakor, les commerces de proximité, le magasin Ador. On a passé la barre des 1 000 magasins Intermarché en France. C'est-à-dire que les clients qui font leurs courses choisissent la livraison, ils vont passer par Tut Tut. 

L'idée de Tut Tut, c'est la livraison optimisée et collaborative. C'est de profiter des trajets des uns pour livrer les autres, et ainsi éviter de mettre des véhicules supplémentaires sur les routes. Vous avez une idée du nombre de kilomètres optimisés ?

On a fait un sondage : 85% des trajets de nos co-transporteurs sont des trajets du quotidien. Ils ne se sont pas déplacés exprès pour la livraison : c'est quelqu'un qui va chercher ses courses et va prendre celle de quelqu'un d'autre en passant, qui va récupérer un colis en rentrant du boulot et le livre... On a calculé qu'on avait ainsi économisé 57 tonnes de CO2 en 2022. 

Est-ce qu'en deux ans d'existence, le concept que vous aviez imaginé au départ a évolué ?

On a toujours des co-transporteurs non-professionnels et on a accentué cette idée de départ. Quand une personne a déjà effectué une livraison, l'algorithme de Tut Tut fait qu'elle est notifiée après les autres pour laisser la priorité à ceux qui n'en n'ont pas fait. On veut vraiment éviter les scandales de travail dissimulé, c'est une application bienveillante. Nos co-transporteurs les plus actifs font une dizaine de livraisons par mois et gagnent entre 50 et 80€. C'est vraiment un plus en fin de mois pour se payer un plein d'essence. Par contre, au départ, on pensait qu'on allait être les héros des centres-villes en s'adressant au commerce de proximité avec une offre sur-mesure. Mais ça n'a jamais pris. Ce sont les grands groupes et la grande distribution qui se sont emparés du modèle. 

Vous êtes présent partout en France aujourd'hui. Y a-t-il des projets d'évolution à venir ?

Dès septembre, on ouvre en Belgique, Suisse et Luxembourg. Depuis quelque temps, on a également ouvert Tut Tut aux particuliers. C'est-à-dire que les particuliers peuvent commander un livreur s'ils ont oublié les affaires de leur enfant chez la nounou, s'ils ont des choses à débarrasser chez eux, ou encore s'ils ont acheté un article dans un magasin non-partenaire de Tut Tut, l'application pourra générer une procuration afin que le livreur aille le chercher. 

Pour découvrir l'histoire de Tut Tut, vous pouvez cliquer ici.

Marie Meunier

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