"J'avais une tante qui aimait les fleurs et les plantes. Je la vois revenir de marcher, avec des myosotis et des pensées." Pour Pierre Verdier, le souvenir n'est pas innocent. Lui qui était fils d'agriculteur ne saurait dire - mis à part à travers ce souvenir - d'où lui est venue cette passion "pour les fleurs et les plantes". Même si les vergers de pomme reinette du Vigan de son père ont sans doute rempli l'imaginaire floral du fils. À la pépinière, une frise photographique reprend l'historique de l'entreprise qui, si elle s'est officiellement implantée en 1976, a véritablement débuté dès 1972, par un simple châssis.
Les semis étaient mis derrière les fenêtres, et Pierre Verdier était seul dans l'aventure. Il y a embarqué son épouse et ses deux filles, qui président aux destinées de l'entreprise depuis 2018. "Il y avait déjà des pépinières à Saint-Jean-du-Gard, se souvient l'entrepreneur. Mais pas encore de jardinerie, ou de plantes en supermarché." Après une école horticole à Montpellier, et l'installation d'une petite serre en 1974, "j'ai commencé par les marchés de Saint-Jean, Saint-Hippolyte-du-Fort, Lasalle et Valleraugue. Pendant quinze ans. Puis, j'ai arrêté et je n'ai vendu que sur site."
Un site qui s'est largement agrandi et embelli : en plus de serres impeccablement tenues et chatoyantes, la pépinière a créé son propre parc, enrichi de plantations depuis 1995. En plus des fleurs et arbustes, 250 arbres y ont été plantés, dont 25 chênes, 35 érables, des tilleuls, cerisiers et pommiers à fleurs. Cette liberté de création sur place fait aussi partie des raisons qui ont poussé Pierre Verdier à ne pas abandonner sa berge du Gardon, malgré "la possibilité d'aller m'installer à St-Hippo ou à Alès. On a hésité, mais les racines étaient profondes", sourit le Saint-Jeannais. Et ni le gel de l'hiver 1986 où "on a tout perdu" ; ni la lourde neige de 1994 ; ni la grêle qui a dévasté les serres n'ont eu raison de l'activité.
Aujourd'hui, la clientèle afflue "à 80% d'Alès, St-Hippo, jusqu'à Lédignan ou Florac", enchaînent les deux filles de Pierre Verdier, qui gèrent désormais la pépinière, même s'il arrive au père de passer dans les rangées, plus par passion que pour délivrer des conseils à des enfants qui n'en ont plus vraiment besoin. "On a environ 500 espèces différentes, on a augmenté progressivement. Depuis le début, la pépinière a toujours fait des rosiers et des plantes vivaces. Aujourd'hui, les clients recherchent des plantes qui ne nécessitent pas trop d'entretien et pas trop d'eau, qui ne gèlent pas. On fait aussi des légumes et des petits fruits. Les gens veulent manger leurs fruits et légumes, on ressent cela depuis environ 10 ans, et encore plus depuis le Covid."
Débutée en janvier, la plus grosse charge de travail de l'année - la mise en production - est désormais finie. "Après, le travail est plus ou moins équilibré sur le reste de l'année. D'ailleurs, on embauche surtout du monde pour la production." Actuellement, ce sont les ventes qui accaparent la majeure partie du temps. Les premiers jours d'un printemps enfin ensoleillé ont lancé les vélléités de jardinage. Et la pépinière Fleurs des Cévennes est connue pour être l'un des plus beaux représentants de sa profession dans la région.
"Au final, aujourd'hui, on fait des plantes moins sophistiquées, constatent encore les deux associées. Après, on évolue aussi en rapport avec le changement climatique, mais on n'en est pas non plus à ne faire que du cactus !" D'autant qu'au cours des deux derniers hivers, c'est plutôt contre le trop-plein d'eau qu'il a fallu lutter. "Ce sont plutôt les envies des gens qui changent, en fait." Les deux filles Verdier ont notamment fait le constat qu'elles voyait moins de résidents secondaires dans les allées. "On sent que le jardin n'est pas leur priorité. Les jeunes qui achètent et viennent en vacances vont souvent mettre trois grosses plantes sur une terrasse, de celles qui réclament le moins d'entretien possible. Ils profitent plutôt de la piscine ou de la rivière." Ce que comprennent les deux soeurs... qui n'en ont pas beaucoup le loisir, avant la fermeture du mois d'août... qui précède le nouveau rush du début d'automne.