Le Parc naturel régional de Camargue (PNRC) a, de fait, perdu son label en février dernier faute d'avoir élaboré sa nouvelle charte dans les temps. La charte d'un parc naturel régional est le contrat qui concrétise le projet de protection de la nature et de développement durable. Après avoir été soumise à enquête publique, elle doit être approuvée par les communes du parc, la Région, le Département.
La charte fixe les objectifs à atteindre, les orientations de protection, de mise en valeur et de développement du parc, ainsi que les mesures qui lui permettent de les mettre en œuvre. Elle permet d'assurer la cohérence et la coordination des actions menées sur le territoire par les diverses collectivités publiques. Elle a une validité de 15 ans. Une procédure de révision permet, au vu de l'action du Parc, de redéfinir son nouveau projet et de reconduire son classement.
Une gouvernance compliquée
Or le Parc naturel régional de Camargue a accumulé les retards et est loin d'être dans les temps pour présenter sa nouvelle charte qui doit courir jusqu'en 2031. Les raisons sont autant politiques - les changements de présidents : Roland Chassain, maire des Saintes puis, à son décès, Patrick de Carolis, maire d'Arles, qui a laissé la place il y a trois ans et demi à la conseillère régionale proche de Renaud Muselier, Anne Claudius-Petit - que liées à la difficulté de définir un projet satisfaisant pour tous les acteurs de ce territoire de 100 000 ha sur les communes d'Arles, des Saintes-Maries-de-la-Mer et de Port-Saint-Louis-du-Rhône.
En effet, les opinions et les intérêts sont variés, parfois divergents sur l'importance à accorder à la protection de la nature, au tourisme, à l'agriculture, à la chasse, sans oublier l'exploitation du sel, pour ne citer que ces éléments. Viennent se greffer des problèmes financiers* et un changement de directeur insatisfaisant après le départ de Régis Vianet qui avait su tenir la boutique en ces périodes troublées. Bref, le retard pris dans l'élaboration de la nouvelle charte n'a pu être rattrapé dans le temps imparti, avec la conséquence que l'on sait sur la perte du label.
Jean Mangion : "Le problème de financement ne se pose pas en Camargue"
Jean Mangion, président du Parc naturel régional des Alpilles, et 1er vice-président de la fédération nationale des parcs naturels régionaux, relativise la situation en précisant "que ce n'est pas une première, la perte du label est déjà arrivée en Corse". "La Région Sud maintient ses subventions au Parc de Camargue et la Fédération nationale va lui accorder du temps pour rédiger sa charte. Tout le monde sera payé… Le problème de financement ne se pose pas, et les actions en cours pourront être prolongées. La situation est grave quand les financeurs disent : pas de charte, donc pas de financements. Ce n'est pas le cas, heureusement, en Camargue."
Arrivé il y a trois ans à la direction du PNRC, Christophe Fontfreyde est bien conscient du travail à accomplir. "Nous sommes en train d'écrire, avec tous les acteurs, le projet de territoire. On a fait un diagnostic de la précédente charte, et nous écrivons le plan de la prochaine. Écrire une charte n'est pas une mince affaire, c'est une procédure complexe avec de nombreux intervenants. Ce n'est pas un secret, l'établissement public a connu des difficultés, et il faut le remettre en état de marche. La création d'un conseil consultatif il y a un peu plus de deux ans, a permis d'avancer. Il faut que la confiance entre l'établissement public et le territoire se reconstruise." Selon lui, la perte du label n'est pas trop lourde de conséquences. "Les financeurs restent. Ce qui change, c'est le poids juridique plus faible en cas de litige."
Une fois la nouvelle charte rédigée - ce qui peut prendre plusieurs mois - elle doit être soumise pour avis aux instances nationales : la Fédération nationale des parcs régionaux, ainsi que le Conseil national de protection de la nature. Ensuite, c'est au Premier ministre de prendre un décret qui valide la nouvelle charte.
Une nouvelle charte pour 2029
Réélue à l'unanimité présidente du Parc naturel régional de Camargue le 12 juin par le comité syndical du Parc, Anne Claudius-Petit pense qu'il faudra encore trois ans pour qu'aboutisse le travail sur la nouvelle charte commencé il y a quatre ans. "La première décision sur le périmètre a été prise en avril 2022. Mais nous avons connu des problèmes internes, de financement, de directeur en congé maladie. C'était compliqué. On a réellement repris le travail en 2024 par une réorganisation afin de dégager des moyens. Nous avons recruté une personne chargée de la révision de la charte en 2025, puis deux autres ont été embauchées pour mettre un coup d'accélérateur. Le travail de diagnostic a pris du retard, et vu les délais incompressibles d'allers-retours vers les différentes instances qui doivent donner leurs avis, nous estimons que nous aurons notre charte en 2029. Pas avant."
Si de fait, durant cette période "sans charte", le parc perd de son poids en termes juridiques, Anne Claudius-Petit précise que "dans la réalité nous sommes toujours dans la réserve de biosphère de l'Unesco, et la Camargue est un site Ramsar**. En termes de parole et de poids politique, ce n'est pas rien. Nous nous sommes fait entendre tout dernièrement sur le projet de ligne très haute tension en disant que dans l'ancienne charte comme dans la future nous sommes opposés à ce projet très impactant pour la Camargue et la Crau. C'était tout le sens de la lettre de Renaud Muselier adressée au préfet que j'ai lue lors du comité syndical du 12 juin."
>> À relire : ENVIRONNEMENT. Ligne THT : Renaud Muselier prend position pour la Camargue
* Sur fond de désaccord avec Patrick de Carolis, le président du PNRC d'alors, le président de la région Paca, Renaud Muselier (LR), avait décidé début 2022 qu'il ne verserait plus de subvention au parc régional de Camargue, jusqu'à nouvel ordre. Il fustigeait "la mauvaise gestion du parc". La contribution annuelle de la région représente 40% du budget du PNRC ! Beaucoup y ont vu un règlement de compte. Rien n'allait plus entre les deux hommes depuis que Patrick de Carolis n'a pas soutenu Renaud Muselier aux élections régionales alors qu’il s’agissait de faire barrage à l’extrême droite… Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts, et tout est revenu dans l'ordre ou presque quand Anne Claudius-Petit, conseillère régionale, présidente de la commission Transition énergétique, présidente de l’Agence régionale pour la biodiversité et l'environnement de Provence-Alpes-Côte d’Azur, a pris la présidence du PNRC le 30 juin 2022. Une candidature imposée par Renaud Muselier, dont elle est une proche.
** Depuis 1971, la convention Ramsar entend préserver les zones humides et promouvoir l'utilisation rationnelle de leurs ressources. Elle travaille à élaborer et maintenir un réseau international de zones humides importantes pour la conservation de la biodiversité mondiale et les services écosystémiques rendus. Aujourd'hui plus de 2 100 zones humides d'importance mondiale sont inscrites sur la liste Ramsar, dont 43 sites en France. À commencer par la Camargue, plus grande zone humide du pays.