Ce dimanche matin, à 9h, les rues de Barjac sont encore calmes. Sous un soleil printanier longtemps couvert par un vent puissant ces derniers jours, les étaliers parfont leurs stands et les premiers chineurs pointent le bout de leur nez. Pourtant, les rues ne sont pas encore pleines. La faute, certainement au fait que c’est déjà le quatrième jour, mais aussi à une attractivité qui baisse depuis plusieurs éditions et un monde de la brocante en souffrance. Pour autant, nombre de clients et étaliers, souvent fidèles de la première heure et des premières éditions, ont encore des accents prononcés, marseillais, du sud-ouest, même italien, espagnol, anglais ou hollandais.
Organisée par le Comité d’expansion de Barjac depuis les années 1970, cette foire est devenue une référence dans le monde de la brocante, ce pourquoi la clientèle est aujourd'hui très majoritairement professionnelle. On y croise des brocanteurs de père en fils, parfois même de grand-père en petit-fils, perpétuant une tradition familiale et artisanale. Les négociations vont bon train : "Ce vase contre cette bague, ça te va ?" lance un étalier à son voisin, tandis qu’un autre accepte de vendre deux tableaux pour 200 euros, là où le prix unitaire était affiché à 150 euros. L’art de la discussion et du troc reste au cœur de l’événement, comme chaque week-end de Pâques et du 15 août depuis cinquante ans.
Une ambiance unique, mais des défis persistants
L’affluence reste au rendez-vous, mais les organisateurs et les exposants constatent une baisse d’attractivité depuis quelques éditions. "C’est beau, mais c’est cher… et puis ça ne rentrera pas dans la voiture", murmure une visiteuse devant une table de jardin proposée à 200 euros. Les clients, souvent venus pour flâner, se tournent davantage vers les petites pépites, faciles à transporter et à collectionner. Le marché de la seconde main en ligne, en plein essor, concurrence aussi la foire traditionnelle, poussant les brocanteurs à se renouveler et à attirer une clientèle plus jeune.
Un moteur économique et culturel
Pendant cinq jours, le cœur de Barjac, de la place du 8 mai 1945 au château, se transforme en un village du temps qui passe. Meubles anciens, vaisselle, bijoux, livres, outils d’antan et objets insolites attendent leur nouveau propriétaire. L’événement, gratuit pour les visiteurs, est aussi un formidable levier pour l’économie locale et la région Cèze Cévennes. Malgré les inquiétudes liées au vieillissement des brocanteurs et à la conjoncture économique, la foire de Barjac conserve un charme et une fidélité rares, attirant des chineurs et des collectionneurs venus de toute la France et même d’Europe.
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