Publié il y a 1 h - Mise à jour le 07.04.2026 - Stéphanie Marin - 3 min  - vu 267 fois

FAIT DU SOIR La bijouterie-horlogerie Luzuric s’apprête à refermer le dernier chapitre de son histoire

L'horlogerie-bijouterie Luzuric, créée à Beaucaire en 1972, fermera ses portes début juin. 

- S.Ma

Liquidation totale. Émue mais surtout reconnaissante envers ses clients, Marie-Christine Luzuric, 72 ans, fermera définitivement les portes de la bijouterie-horlogerie éponyme au mois de juin. Située rue Nationale, à Beaucaire, la boutique avait été créée en 1972 par ses parents, Anna et Louis.

"Que se passe-t-il ? Elle ferme ?" Une question murmurée rue Nationale, jeudi 2 avril au matin. La réponse est désormais officielle. Marie-Christine Luzuric, 72 ans, prend sa retraite, et on ne peut que lui souhaiter qu’elle soit aussi douce que méritée. C'est une page qui se tourne pour la dame à la silhouette fine et élégante, les cheveux coupés courts, noirs corbeau. L’histoire commence dès octobre 1972, lorsqu'Anna et Louis, ses parents, ouvrent leur bijouterie-horlogerie au 33 bis de la rue Nationale, à Beaucaire, là où se trouvait autrefois un salon de coiffure. Au fil des années, les Luzuric se forgent un nom et une belle réputation dans la ville.

En 1983, un fait divers secoue la rue Nationale : trois hommes braquent la bijouterie. Louis s’interpose, aidé d’un commerçant voisin, mais est blessé par balle lors de l’affrontement. "C'était un pistolet P-38", rapporte Marie-Christine, alors infirmière-anesthésiste. Puis deux ans plus tard, un nouveau drame, Louis décède. Au-delà de la perte d'un être cher, se joue l'avenir de la boutique. Si un de ses cousins vient prêter main forte à sa mère, Marie-Christine prend très vite le relais, pour devenir, en 1997, la gérante de l'entreprise familiale. "Ma soeur faisait des études de médecine. J'ai choisi de changer de carrière professionnelle parce que l'idée que l'on puisse fermer le magasin, auquel mes parents étaient très attachés, m'embêtait vraiment", explique-t-elle.

Il n'y a pas de repreneur, "je n'en ai pas cherché d'ailleurs"

Cette histoire touche désormais à sa fin, l'horlogerie-bijouterie Luzuric fermera définitivement ses portes début juin. Il n'y a pas de repreneur, "je n'en ai pas cherché d'ailleurs", lâche la septugénaire, pointant l'artère du doigt. "Qui voudrait investir pour s'installer ici ? Quand on voit l'état catastrophique de la rue, l'état de misère... Je ne me permets pas de critiquer la politique de la ville, mais je me permets de critiquer la politique concernant la rue Nationale", insiste-t-elle, se souvenant d'un temps où les commerces fleurissaient, où les animations étaient nombreuses. Une dégradation qui n’a cessé de s’aggraver, selon elle, au cours des douze dernières années. Un constat qui ne l’empêche pas de continuer à croire et à espérer un renouveau. La commerçante n'a, elle, jamais baissé les bras. "J'ai toujours essayé de tirer mon magasin vers le haut", assure Marie-Christine. Et ses clients, pour lesquels elle a toujours un mot gentil, une petite attention, lui ont bien rendu tout au long de ces années. Les larmes dans ses yeux témoignent de sa reconnaissance.

"J'aurais pu m'arrêter avant, mais je me sentais physiquement capable de continuer. J'aime mon travail et mes clients". Et elle aurait pu encore continuer, même si elle reconnaît l'impact de la hausse du cours de l'or sur la profession. Mais ce n’est pas cela qui a motivé sa décision. "Ce qui m'a fait tilt, c'est que mon oncle - qui a toujours été mon bijoutier - a 80 ans et mon graveur, qui travaille à la main, en a 78. Et je ne veux surtout pas faire de la gravure à la machine, au laser", indique-t-elle. Si la passion reste, la raison l'a emporté. Sans regret ni amertume pour autant. Marie-Christine consacrera davantage de temps à sa maman, centenaire, et à ses loisirs personnels.

Jeudi 2 avril, une file d’attente s’étirait sur le trottoir avant l’ouverture des portes de la bijouterie.  • S.Ma

Pour clore cette belle aventure, Marie-Christine organise une liquidation totale de son magasin, avec de belles promotions à la clé. Après trois jours de fermeture pour préparer cette opération, la commerçante a dû faire faire face à une forte affluence, le jeudi 2 avril, dès l'ouverture des portes. Elle l'avait anticipée et prévu du renfort derrière le comptoir. Déjà, la boutique a été débarrassée de ses présentoirs, une première étape. Et pourtant, rien n’a changé : le doux parfum qui flotte dans l’air, celui de la commerçante — Soir de Lune de Sisley, pour ceux qui se poseraient la question — ramène à des souvenirs heureux, à des échanges chaleureux et à cette joie simple d’avoir trouvé la perle rare, guidé par les précieux conseils de Madame Luzuric.

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com
Stéphanie Marin

Beaucaire

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio