Publié il y a 1 h - Mise à jour le 01.06.2026 - Rose Macauley - 4 min  - vu 147 fois

AU PALAIS Acquitté des viols sur son ami, il est tombe pour violences aggravées

La victime a été représentée par maître Aurélien Vergani, inscrit au barreau d'Alès. 

- Photo Tony Duret / Objectif Gard

Un dossier faible, une victime absente et des témoins indirects. L’accusé a vu sa peine être circonscrite à du délictuel, au bénéfice du doute.

« T’es un gros PD, je vais te mettre un truc dans le cul ». Ce seraient les mots de Christophe L., rapportés par Alain*, victime dans cette affaire de violences avec arme et de viol avec acte de torture et de barbarie. Lors d’une des rares auditions dans laquelle il incrimine son ami, il raconte avoir été violé, notamment à l’aide d’un manche à balai en présence du cousin, mais aussi de la compagne de l’accusé, dans un appartement alésien. « Vous ne l’avez pas seulement violé, vous l’avez dépossédé de son âme et de son corps », s’insurge maître Aurélien Vergani, intervenant aux intérêts de la victime présumée. Absent à l’audience, l’homme ne serait pas en mesure de se présenter face à son bourreau. Examiné par un expert psychologue, il souffre toujours à ce jour d’un stress post-traumatique : « Il n’a plus aucune envie, il est dans le néant », précise l’expert.

Interrogé sur les faits, l’accusé reconnaît les violences exercées sur Alain, tout en le décrivant comme un enfant qu’il fallait « secouer », parce qu’il « saccage tout ». Lorsqu’il est question de la blessure à l’arme blanche de la victime, il raconte : « Je lui ai montré mon couteau papillon et je lui ai dit de ne pas jouer avec ». Décrit par la partie civile et le parquet comme le « souffre-douleur » de l’accusé, Alain aurait fait l’objet de coups, de manière très récurrente par Christophe L. « Je l’ai tapé, admet-il. Mais je ne vais pas m’excuser pour des choses que je n’ai pas faites. » Confronté à la complexité de la relation entre les deux hommes, Christian Pasta, président de la Cour, demande : « Pourquoi accueillir chez vous quelqu’un qui faisait autant de bordel ? » Une question qui est restée sans réponse.

Coups, domination et emprise

« Vous avez fait de lui votre chose », lance maître Aurélien Vergani lors d’une plaidoirie de haut vol. Peignant le portrait d’un homme dominé par la honte d’être la victime de tels faits, il souligne l’affection que son client a eu pour Christophe L. « Il vous aimait », ajoute-t-il, les yeux fixés à ceux de l’accusé. « C’est le propre de l’emprise et du syndrome de Stockholm », ajoute le conseil alésien. Alain aurait également confié à son ami être bi-sexuel. Au vu de la nature des faits reprochés, l’accusé a été interrogé sur son éventuelle homosexualité. Une éventualité qu’il a tout de suite rejeté, tout en soutenant ne pas être homophobe. Évoquant avoir un homosexuel dans son entourage, Christophe L. ajoute : « Je ne l’ai jamais renié », avant rejeter toute accusation de viol. La seule scène dont il fait état est un viol qu’il aurait entendu depuis les toilettes de son appartement. C’est alors son cousin qui aurait inséré un objet dans l’anus de son ami. Mais il n’a rien dit, lassé d’intervenir pour sa défense.

Depuis les faits, l’état mental de la victime a nécessité son placement sous curatelle. « Il voulait que tout s’arrête et que rien n’éclate », précise l’avocat de la partie civile, face à une une procédure dans laquelle la victime n’a pas porté plainte et ne souhaite pas la tenue d’un procès. Selon la défense, c’est la voisine qui serait à l’origine de cette histoire montée de toutes pièces. « Elle manipule tout le monde », dit l’accusé à la barre, assez peu loquace depuis vendredi. « Sur les faits de viols, je n’ai pas assez d’éléments », dit Abdelkrim Grini, avocat général. À l’occasion d’un réquisitoire très pédagogue, il a demandé l’acquittement de l’accusé pour les viols, soulignant le doute quant à la réalité de ces faits et regrettant l’absence du cousin et de la compagne de l’accusé à ses côtés sur le banc des accusés. Concernant les violences, le son de cloche est tout autre. « Il a vécu un calvaire », chez un « tyran domestique ». Des violences exercées pendant plusieurs mois conduisant à des réquisitions à hauteur de 4 ans pour ces faits de nature délictuels.

« Il n’y a pas d’éléments »

« Les deux témoins n’ont pas vu les viols », plaide maître Georges Parastatis, s’appuyant sur les dires des deux témoins directs de ces prétendues scènes. Le cousin et la compagne de l’accusé, entendus à la barre, n’ont rien constaté de cette nature. Seuls des témoins indirects ont dénoncé de tels faits, racontant avoir entendu les viols se produire. « Il n’y a pas d’éléments, pas de traces, rien… », ajoute l’avocat de la défense. Le conseil parisien a donc plaidé l’acquittement de l’ancien plombier-chauffagiste, « au bénéfice du doute ». Sur le volet des violences, même combat. « Ce sont simplement des violences entre deux compagnons de beuverie », dit-il avant de décrire la procédure comme « un échec total ».

Après deux heures de délibéré, le verdict tombe. Acquitté des faits de viols, l’accusé est condamné pour les violences ayant conduit à une ITT de 4 jours, qu’il a infligé à son ami, avec l’aide d’une arme et en étant en état d’ivresse. Il est condamné par la Cour à une peine de 4 ans d’emprisonnement assortis d’un mandat de dépôt. Un verdict à imputer à l’avocat général plus qu’à celui de la défense, dans un procès où les paroles des uns ont été confrontées aux « on dit » des autres. Christian L., incarcéré pendant une année dans le cadre de la détention provisoire, va poursuivre sa peine derrière les barreaux. « Vous allez dès ce soir en maison d’arrêt », conclut Christian Pasta. Sans délai, l’homme, désormais condamné, a été conduit hors de la salle d’audience par les forces de l’ordre, près de 8 ans après les faits. 

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