Publié il y a 55 min - Mise à jour le 29.05.2026 - Rose Macauley - 4 min  - vu 145 fois

AU PALAIS Accusé du viol de son ami, il comparaît devant la cour d’assises

L'instruction du dossier se poursuit lundi, avant un verdict attendu en fin de journée. 

- R.M.

L’isolation phonique n’est pas à négliger, notamment lorsque la voisine entend tout. C’est ce qu’a appris l’accusé lors de la première journée de son procès à Nîmes.

Sodomies répétées au moyen d’objets du quotidien, violences physiques, moqueries ou encore séquestration, Alain* aurait vécu l’horreur entre les mains de Christophe L., entre juin et août 2018. Son bourreau, âgé de 57 ans aujourd’hui, est accusé de violences et de viols accompagnés d’actes de torture et de barbarie sur celui qu’il décrit comme son « ami ». Son procès s’est ouvert ce vendredi devant la cour d’assises du Gard, présidée par Christian Pasta. Placé sous contrôle judiciaire après une année de détention provisoire, Christophe L. n’a jamais reconnu les faits de viols, bien qu’il ait conscience d’avoir violenté la victime à de nombreuses reprises. « Je le frappe pour le corriger, car des fois, il fait des bêtises », aurait confié l’accusé lors de l’un de ses interrogatoires.

Ce n’est pourtant pas pour des faits d’une telle gravité que l’accusé a d’abord été placé en garde à vue. « On s’est déplacés sur place, au niveau de la commune d’Alès pour un conflit de voisinage », explique l’une des directrices d’enquête de l’époque. L’accusé, alors très alcoolisé, aurait violenté l’enfant de sa voisine. Mais l’affaire va rapidement prendre une toute autre tournure. Présente lors de cette scène de violence, la fille de l’accusé a livré une affaire glaçante. Son père serait responsable de viols sur un ami, régulièrement hébergé dans son appartement alésien depuis son licenciement. Des dires qui ont été corroborés par la voisine et mère de l’enfant violenté. À la barre, elle soutient avoir entendu de multiples faits de viols et relate les propos qui auraient été ceux de Christophe L., de sa compagne de l’époque, surnommée Dali, et de son cousin Paul P. D’abord inquiétés pour les mêmes faits, Dalila et Paul ont fait l’objet d’un non-lieu.

Des viols entendus, mais pas vus

« Dani a hurlé qu’il fallait lui enfoncer le balai », relate la voisine. C’est lors d’une nuit d’août qu’elle aurait entendu ces faits, depuis son appartement situé au-dessus de celui de l’accusé. Elle ajoute également, lors de sa déposition, avoir entendu des bruits de coups, mais aussi des ordres comme « suce-moi », qu’elle a attribué à l’accusé. Toujours depuis son appartement, la voisine curieuse, mais peu proactive, aurait entendu le couple demander à la victime de se déshabiller, avant de se moquer de la couleur rouge de ses sous-vêtements. « Vous auriez pu être poursuivie pour non-dénonciation de crime », lui lance Christian Pasta, dubitatif quant à l’absence de signalement de la mère de famille face à des faits qu’elle caractérise elle-même comme étant « dégueulasses ». Selon ses dires, la voisine aurait tout de même tenté de mettre fin au calvaire de la victime. « Je voulais enlever cette personne de chez lui », dit-elle. Des paroles qui n’ont jamais été suivis d'actes.

Une fois l’enquête ouverte, l’appartement où se seraient tenus ces faits a été passé au peigne fin et le Bluestar a fait son œuvre. Des traces de sang ont été retrouvées sur un peignoir, dans la salle de bain et dans la cuvette des toilettes. Suite aux déclarations des témoins, de nombreux objets ont également été saisis, notamment un manche à balai, des cuillères en bois et des casseroles, qui aurait servies à ces pénétrations non consenties. Une boîte de pastilles de javel a également été placée sous scellés. La présence de cet objet correspond aux dépositions de la victime, décrivant qu’une pastille de javel de ce type lui aurait été insérée dans l’anus lors d’une de ces scènes d’humiliation. Malgré les faits reprochés, la victime est restée peu loquace lors de ses auditions et ne s’est pas présenté à l’audience. Honteux, il n’a pas porté plainte.

Aucune trace

Une fois l’affaire entre les mains des forces de l’ordre, la victime présumée a été examinée par un médecin légiste. Aucune trace n’a été retrouvée tant sur le corps que dans l’anus de ce dernier. « Parfois, les actes de sodomie violents ne font pas de marques », précise la directrice d’enquête, s’appuyant sur son expérience d’enquêtrice. Une brèche que maître Georges Parastatis, avocat de la défense, inscrit au barreau de Paris, n’a pas manqué d’explorer lors de son tour de questions. Examiné par Nicolas De Carolis, expert psychiatre, l’accusé se revendique hétérosexuel et ne présente pas de déviances sexuelles détectables. Il est même décrit comme quelqu’un de « gentil », de « protecteur » et d’ « ouvert d’esprit » par ses proches. Seul son alcoolisme est une tare reconnue par l’intégralité de son entourage. « Quand il ne boit pas, c’est un amour. Quand il boit, c’est un démon », relate sa voisine.

Pourtant à l’origine de la première dénonciation des faits de viols, la fille de l’accusé est revenue sur sa déposition face aux enquêteurs, un an plus tard, et à la barre, ce vendredi. « En une semaine, on peut changer, alors en un an, vous imaginez… », dit-elle en s’adressant à la cour. « Moi, j’ai juste répété ce qu’on m’a dit. On m’avait bourré le crâne », souligne-t-elle, sous-entendant avoir été manipulée par la voisine. Décrit comme « chétif et fin » par la directrice d’enquête, Alain serait de nature manipulable lui aussi. Attentif aux débats, Christophe L. est resté figé dans son siège. Faisant face aux sept jurés et aux trois magistrats professionnels, l’ancien plombier-chauffagiste risque la réclusion criminelle à perpétuité. Le procès se poursuit lundi, notamment avec l’interrogation du prévenu sur les faits, lui laissant l’occasion d’expliquer plus en détail les liens qui l’ont uni à la victime.

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