C’est pour de multiples faits et sur deux victimes différentes que Fouad, le prévenu du jour, comparaît devant le tribunal correctionnel de Nîmes, ce mercredi 25 février 2026. Il est notamment prévenu pour des faits de violences qu’il aurait exercées sur deux de ses compagnes. Des faits qu’il conteste, expliquant au tribunal, présidé par Édouard Le Jan, qu’il s’agit de simples coups portés pour se défendre face à des femmes qu’il décrit comme violentes à son égard. « Vous dites que vous êtes victime de violences conjugales ? », lui demande Maître Guilhem Benezech, avocat de l’une de ses ex-compagnes, présente à l’audience. Face à cette question, l’homme âgé d’une quarantaine d’années soutient que c’est une coïncidence qu’il se soit retrouvé dans cette situation par deux fois et avec deux femmes différentes.
Les violences ne sont pourtant pas les seuls faits reprochés au prévenu. Il se serait également rendu responsable de menaces de mort sur ces conjointes. Des propos qu’il ne réfute pas avoir tenu, mais les justifie par la prétendue réciprocité de ces menaces et insultes. Confronté à des messages et à des mails qu’il aurait envoyés à ces deux femmes, il argue qu’« il faut les prendre dans leur contexte ». Dans certains mails, qu’il a envoyés à sa seconde conjointe dans la nuit du 13 au 14 octobre 2025, il va jusqu’à supposer que son ex-conjointe a des relations sexuelles avec différents partenaires, et ce, en présence de leurs enfants en commun. Toujours sur le volet de la famille, le prévenu aurait fait de multiples signalements au 116, numéro vert consacré la protection des enfants en danger, pour dénoncer de prétendus mauvais traitements.
Un tracker et une caméra
« Je ne voulais pas qu’on me vole la voiture », explique le prévenu, interrogé sur le tracker installé sur le véhicule utilisé par son ex-compagne. Une version qui peine à convaincre, d’autant qu’il a régulièrement croisé la victime, prétendument par hasard, alors même qu’il était sous un contrôle judiciaire, lui imposant une interdiction de contact avec cette dernière. L’homme aurait également, dans les deux relations concernées par ces faits, envoyé des photos et vidéos intimes de ses compagnes aux proches de ces dernières. « Il a envoyé une vidéo de lui et moi en plein acte à mon frère », soutient l’une des victimes, enceinte de son dernier enfant, dont le prévenu est le père.
Pour ajouter du farfelu à l’absurde, le prévenu a aussi fait installer une caméra dans le logement de sa seconde compagne. C’est dans le sapin de Noël que le dispositif de captation d’images a été caché. Ce mode de surveillance, d’efficacité contestable, aurait permis au prévenu de capter plus de 240 vidéos de son ex-compagne, à son insu. Pourtant, il refuse de reconnaître être à l’origine de l’installation de cette caméra, arguant qu’il l’a simplement découverte et qu’il a voulu alors savoir s’il a lui-même été filmé à son insu. Une explication visant à justifier la présence de l’application de la caméra sur son téléphone portable. « Il lui met une pression constante, géolocalise son véhicule, utilise ses enfants », s’indigne Maître Benezech face au tribunal.
« Des faits graves et répétés »
Placé en détention provisoire dans l’attente de son jugement en comparution immédiate, le prévenu en est à sa première incarcération. Le quarantenaire n’est pourtant pas inconnu de la justice. Il a déjà été condamné en 2008 pour d’autres faits d’atteinte à la vie privé par captation d’images. Un mode opératoire dont il maîtrise visiblement les rouages, sans toutefois présenter de délires paranoïaques, selon le psychiatre responsable de son expertise. « Il est nécessaire de mettre un coup d’arrêt à ses agissements », souligne Charlotte Cerna, procureur de la République. Face ces faits qualifiés de « graves et répétés », le ministère public a requis 3 ans d’emprisonnement, dont 12 mois assortis d’un sursis probatoire avec maintien en détention.
« On vous demande une peine extrêmement sévère », lance Maître Salimata Diagne lors de sa plaidoirie pour la défense du prévenu. Elle présente alors un mail, prétendument rédigé par la seconde victime : « Tu n’as jamais levé la main sur moi. Je n’ai jamais eu le courage d’expliquer que tu n’avais rien fait ». Pourtant, l’adresse électronique d’envoi ne correspond pas à celle de son ex-compagne, à quelques caractères près. Malgré la plaidoirie de Maître Diagne, le prévenu a été déclaré coupable de l’intégralité des faits reprochés. Le tribunal l’a condamné à 4 ans d’emprisonnement, dont 2 ans assortis d’un sursis probatoire. Dans ce cadre, il devra s’insérer professionnellement, se soigner et payer les sommes dues au trésor public. Il est maintenu en détention pour la partie ferme de sa peine.