Publié il y a 1 h - Mise à jour le 20.03.2026 - François Desmeures - 8 min  - vu 835 fois

FAIT DU SOIR Bessèges : jugée malhonnête, la campagne de la liste Fiselle signalée aux autorités

Nathan Casano et Hervé Fiselle dans une vidéo Facebook de la liste "Bessèges, le meilleur est à venir" avant le premier tour

Une association de Bessèges a fait parvenir au procureur de la République d'Alès, au sous-préfet d'Alès, au préfet du Gard et au président du Conseil constitutionnel une masse de documents qui reviennent sur la campagne de la liste "Bessèges, le meilleur est à venir", dont fait partie le député UDR-RN de la 5ᵉ circonscription, Alexandre Allegret-Pilot. Une liste dont la tête, l'entrepreneur Hervé Fiselle, est éclipsée par Nathan Casano, enfant du pays déclaré inéligible par le Conseil constitutionnel, mais qui a laissé entendre tout au long de la campagne qu'il serait maire.

Nathan Casano et Hervé Fiselle dans une vidéo Facebook de la liste "Bessèges, le meilleur est à venir" avant le premier tour

Alors que la campagne commençait, la tête de liste d'Agir pour Bessèges, Christine Roux, évoquant ses concurrents (1), parlait à Objectif Gard, avec une dose d'affection, du "petit Nathan", et de son impossibilité de se présenter. La candidate - finalement arrivée en tête du premier tour avec 45,24 % - n'aurait peut-être pas les mêmes propos gentils à l'égard de celui qui est directeur de campagne de la liste "Bessèges, le meilleur est à venir". Et ce, alors même que Nathan Casano - par ailleurs attaché parlementaire du député Alexandre Allegret-Pilot - a joué de l'ambiguïté sur son véritable rôle dans cette élection, que les propos ont parfois été outranciers, que des violences ont eu lieu dans un bar de la ville et que les vidéos accusatrices du député Allegret-Pilot, alors qu'une enquête de gendarmerie est en cours, n'ont fait qu'ajouter à l'hystérie d'une campagne qui risque de laisser des plaies en ville.

Si bien que cette association s'est attelée à retracer les dérives de communication de deux mois et demi de campagne, en ayant obtenu les enregistrements de deux réunions publiques tenues par la liste d'Hervé Fiselle mais aussi en retraçant et en captant toute la communication numérique réalisée par Nathan Casano et Alexandre Allegret-Pilot, grâce à une collecte réalisée au moyen de la solution Chainote, et horodatées via un mécanisme conforme au règlement européen. Près de 600 pages, des captures d'écran, des captations vidéo accompagnent les courriers envoyés au procureur de la République d'Alès, au sous-préfet d'Alès et au préfet du Gard, ainsi qu'au président du Conseil constitutionnel dont la décision d'inéligibilité à l'encontre de Nathan Casano est simplement qualifiée "d'erreur" que lui-même aurait reconnue, mais sur laquelle il refuserait de revenir pour ne pas compromettre son institution.

Une "erreur" du Conseil constitutionnel ?

Objectif Gard a eu accès à la masse de documents envoyés. En commençant par le premier dossier, expédié par les membres de l'association, le 13 mars, à la suite de la réunion publique du 9 mars de la liste Fiselle. Un deuxième dossier est parti le 16 mars, pour la réunion publique tenue le 13 mars. Si la retranscription des deux réunions publiques compose une grande partie des dossiers, l'association les a assortis d'annexes qui recensent ce qui, selon eux, pose problème. Ce qu'ils expliquent brièvement dans une lettre introductive, quasiment identique pour les trois instances : justice, préfecture et Conseil constitutionnel.

Le premier sujet concerne la candidature de Nathan Casano, "déclaré inéligible pour une durée de trois ans en application de l’article LO 136-1 du code électoral à la suite d’irrégularités relatives à ses comptes de campagne, écrit l'association qui porte le dossier au procureur de la République. Malgré cette décision juridiquement définitive, M. Casano a annoncé publiquement, dès début janvier 2026, notamment sur les réseaux sociaux, qu’il serait le futur maire de Bessèges". Une publication Facebook du 6 janvier qui a glané plus de 15 000 vues. Si quelques commentaires accompagnant la vidéo s'étonnent de cette position, sachant Nathan Casano inéligible, d'autres lui envoient leurs vœux de réussite.

La confusion continue d'être entretenue par l'un des colistiers - mais pas n'importe lequel -, le député de la 5ᵉ circonscription, Alexandre Allegret-Pilot. Le député ciottiste, allié au RN - dont l'absence de retenue, sur les réseaux sociaux et ailleurs, a donné lieu à plusieurs plaintes racontées par Blast (article gratuit à retrouver ici) et Médiapart (à retrouver ici, sur abonnement) - vient contester, sur ses réseaux, la décision du Conseil constitutionnel à propos de Nathan Casano. "À tort, le Conseil constitutionnel l'avait déclaré inéligible en 2023 méconnaissant le code électoral dont il est censé veiller à la bonne application".

Pour le député, refuser, de la part du Conseil constitutionnel, "de revenir sur son erreur" bafouerait l'État de droit, parlant au passage de "Sages qui nient la règle de droit". Pour lui, le candidat aux législatives de 2022, Nathan Casano, n'ayant pas atteint 1 % des suffrages exprimés, il n'était pas dans l'obligation de fournir des comptes de campagne. C'est oublier que les dons privés sont aussi soumis à l'obligation de déposer ces comptes, même si le score de 1 % n'est pas atteint.

"Plusieurs commentaires d’utilisateurs indiquent avoir cru que Nathan Casano était candidat"

Le 27 février, toujours sur les réseaux sociaux, Nathan Casano intègre la décision d'inéligibilité... pour mieux la bafouer, en jouant sur la date : l'inéligibilité prend fin au 17 mars, soit deux jours après le premier tour des municipales. "Suite à la décison du Conseil constitutionnel, c'est Hervé Fiselle qui mènera la liste jusqu'au second tour, explique Nathan Casano. À l'issue de celui-ci, je serai éligible et serai donc votre maire de Bessèges." Or, le tour de passe-passe est évidemment impossible alors même que l'enfant du pays ne peut pas être candidat. La confusion se poursuit le 5 mars, avec le dévoilement de l'affiche de campagne sur laquelle figurent la tête de liste, Hervé Fiselle, le député Alexandre Allegret-Pilot et Nathan Casano. Dans le signalement, l'association explique que sa présence "laisse penser qu'il est candidat ou membre de la liste. Plusieurs commentaires d’utilisateurs indiquent avoir cru que Nathan Casano était candidat".

Dans la profession de foi de la liste Fiselle, le même argument d'une erreur du Conseil constitutionnel apparaît, qui serait corrigée par une décision de la Cour européenne de justice. "Je vous le dis sans détour, je serai votre futur maire", ose une nouvelle fois Nathan Casano sur le document de campagne. Répondant à une interview du média pro-russe Omerta sur internet, le 26 février, Alexandre Allegret-Pilot affirmait déjà à ce propos : "Il est certain que la France va être condamnée. Et son mandat (sic) va lui être rendu."

Cette position, Nathan Casano l'explicite en introduction de la réunion publique du 13 mars. À cette occasion, il affirme avoir reçu un mail du président du Conseil constitutionnel, Richard Ferrand, qui affirme que le Conseil s'est trompé mais qu'il ne reviendra pas sur sa décision "parce que ça risque d'entacher l'image du Conseil constitutionnel". Et il poursuit : "99 % des dossiers de la Cour européenne des droits de l'homme sont refusés. Le mien a été accepté en quinze jours alors qu'il y a trois mois de délai. Je pense que ça nous ouvre de belles opportunités."

La solution afin qu'il devienne maire, pour Nathan Casano, serait de faire démissionner deux conseillers municipaux pour provoquer une élection partielle. Oubliant au passage qu'en cas de démission, on nomme en conseil municipal ceux qui suivent sur la liste où figuraient les démissionnaires. Or, Nathan Casano n'est (toujours) pas sur la liste. Dans cette dernière réunion publique, il n'affirme plus qu'il sera "maire de Bessèges" après le scrutin. Il n'empêche, pour certains Bességeois, le mal est déjà fait et c'est bien Nathan Casano la tête de liste. "Ces propos peuvent participer à entretenir une confusion sur la situation juridique réelle de l’intéressé dans le cadre de la campagne municipale", est-il expliqué dans l'argumentaire du signalement.

Altercation musclée dans un bar de la ville

Le 7 mars, la tension de la campagne prend une autre tournure et, depuis, des plaintes ont été déposées par les deux camps suite à une altercation dans un bar de la ville, à la suite d'une réunion publique de la liste de Christine Roux. Quelques heures après, le député Alexandre Allegret-Pilot, absent lors de l'altercation, publie une vidéo en ciblant, comme responsable, la liste Agir pour Bessèges, à laquelle il demande des explications. "Rejetons en bloc cette extrême gauche violente et sectaire qui vient pourrir la vie de nos villages", commente le député qui se vantait, le 17 février, "d'éclater les gauchistes dans l'hémicycle". Or, la liste de Christine Roux - bien que comprenant des communistes et proches de la Gauche - est sans étiquette politique.

Mais, surtout, alors même que la vidéo du député est publiée, et accuse des membres d'Agir pour Bessèges d'avoir agressé "des femmes et un mineur", une enquête de gendarmerie est en cours. Lors de la réunion du 9 mars, Nathan Casano affirme même avoir eu le procureur de la République d'Alès au téléphone, qui lui aurait dit "qu'il allait essayer d'instruire le dossier avant le premier tour pour qu'on puisse clore cette histoire" (2). La version qu'a livrée la liste de Christine Roux, en réaction aux vidéos publiées, est bien différente et plus détaillée : "À l’issue de notre réunion publique organisée dans le cadre de la campagne municipale, plusieurs membres de notre équipe et des habitants se sont retrouvés dans un établissement de la commune pour un moment convivial. Plus tard dans la soirée, des personnes extérieures au village sont arrivées dans l’établissement, parmi lesquelles une candidate de la commune voisine de Molières-sur-Cèze, connue pour soutenir Monsieur Casano."

"Selon plusieurs témoignages, poursuit le communiqué, ces personnes sont venues provoquer nos colistiers. La situation s’est alors fortement tendue et une altercation s’est produite (...) Contrairement aux accusations publiquement diffusées, M. Nathan Casano n’était pas présent sur les lieux et ne peut donc être témoin direct des faits. Les accusations relayées publiquement reposent donc sur des affirmations inexactes et entretiennent une confusion regrettable dans le débat public." À noter que l'un des colistiers a reçu cinq jours d'ITT (interruption temporaire de travail) en raison de ses blessures. Une plainte a été déposée de chaque côté...

"Ce serait à la justice de le rappeler, lui, à l'ordre"

Au fil de la campagne, d'autres propos ont surpris - c'est une euphémisme - une partie des citoyens présents à la réunion publique de "Bessèges, le meilleur est à venir". Comme lorsque Nathan Casano laisse entendre, en réunion publique, qu'avoir un député sur sa liste aux municipales est une force, parce que celui-ci peut flécher des subventions nationales sur des projets locaux. Ou quand Hervé Fiselle explique qu'il va offrir et faire gagner, sur ses fonds propres, un appartement "pour intéresser la presse, les télés, etc."

Alors que le deuxième tour se dessine, avec un attelage fortement remanié pour la liste Fiselle, un témoin, qui souhaite rester anonyme, se remémore l'ambiance autour de la commission de propagande, préalable obligatoire pour les listes, en mairie. "Il y a eu besoin de deux commissions car plusieurs listes avaient des corrections à apporter. L'affiche officielle de la liste "Besseges le meilleur est à venir" a été remise en question, Casano y était sans la mention 'soutenu par...' ou autre. Nathan Casano a hurlé sur Christine Roux dans l'enceinte de la mairie, il y a d'autres témoins..."

Un témoignage - couplé à ses agissements pendant la campagne - qui éloigne le "petit Nathan" de l'image d'enfant gâté qu'il promène en ville. Image avec laquelle joue Pascal Hérard, journaliste qui publie le journal satirique local (relire ici) et qui, depuis des semaines, affuble le Bességeois de 22 ans du sobriquet de Mythoman, pour sa propension à se présenter comme futur maire alors qu'il n'est pas candidat. Pour avoir répercuté et publié - en s'en moquant - les propres posts publics Facebook de Nathan Casano, ce dernier l'a menacé de poursuites judiciaires. "Ce serait à la justice de le rappeler, lui, à l'ordre", s'emporte une électrice. C'est également ce que souhaitent ceux qui font parvenir ce dossier fourni au procureur, à la préfecture et au Conseil constitutionnel, comme ils l'écrivent en conclusion d'une annexe : "Ces éléments sont portés à la connaissance de l’autorité judiciaire afin qu’elle puisse apprécier leur portée et déterminer si ces faits sont susceptibles de constituer des atteintes à l’ordre public, des manœuvres électorales ou toute autre infraction pénale".

(1) Quatre listes étaient en concurrence à Bessèges : Agir pour Bessèges (Christine Roux) ; Bessèges, le meilleur est à venir (Hervé Fiselle) ; Bessèges autrement (Gilbert Baptiste) ; Bessèges au cœur (Sophie Lalanne). Résultats du 1ᵉʳ tour à consulter ici.

(2) Contacté par Objectif Gard, le procureur de la République d'Alès n'avait pas donné suite à l'heure où nous écrivons ces lignes.

Sollicité par mail, Nathan Casano n'a pas répondu aux questions qui lui ont été envoyées par Objectif Gard.

François Desmeures

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