La séance a démarré sur les chapeaux de roues. Si, lors de précédents conseils, la majorité de gauche a semblé parfois subir les attaques du RN, cette fois, Vincent Bouget les a anticipées et a rendu les coups. Dès son discours introductif, le ton était donné. Le maire n’a pas manqué de tacler l’extrême-droite, d’abord sur leur tribune libre dans le journal municipal : « En plus de mentir sur nos décisions, vous vous attaquez à la liberté de la presse et vous insultez l’histoire. » Et de poursuivre : « Non, ce ne sont pas les communistes français qui ont massacré, profané ou collaboré, mais bien ceux qui ont fondé votre parti. » Vincent Bouget cite Jean-Marie Le Pen, « dont, M. Sanchez, vous dites qu'il vous a donné envie de faire de la politique », rappelant ses condamnations « pour apologie de crime de guerre, contestation de crime contre l'humanité, provocation à la haine... ».
De quoi parle Vincent Bouget ? Mis à part la majorité de gauche et le RN, aucun élu n’a lu la tribune RN-UDR du prochain magazine de la ville. Président du groupe Nîmes Avenir, Julien Plantier s'indigne : « Vous politisez cette assemblée en essayant d'instaurer une dualité entre la majorité municipale et le RN. Je suis surpris par ces attaques personnelles. En tant que président de groupe, je souhaite qu'à l'avenir les informations soient transmises. » Le maire réplique aussitôt : « Les questions n'ont pas été adressées à temps… Ce que vous devriez déplorer, c'est l'agressivité, voire le harcèlement systématique d'un groupe d'opposition. » Dans les rangs des élus, le magazine circule. La fameuse tribune mentionne bien « la presse locale subventionnée et aux ordres » et se moque du nouveau maire : « Au loin sur son chameau, le "gendre idéal" n’est qu’un mirage. »
« C’est le Soviet suprême ! »
Vincent Bouget s’en amuse : « Le chameau ? C’est l’emblème de la ville de Béziers. Vous n’avez peut-être pas la référence… Je veux bien que l’on me prête des accointances avec le chameau, en plus du crocodile et du taureau, bien sûr… D’autant qu’il symbolise l’authenticité, la patience et l’adaptabilité. » Relégués au rang d’observateurs, les élus de la droite et du centre comptent les points. Le maire reprend le match : « Vos six questions orales et deux amendements ont été envoyés hors délais. Mais nous allons y répondre… » Non sans stratégie, il fait réagir chaque adjoint concerné par la question, sans laisser le RN la poser… De quoi offrir une nouvelle tribune au pouvoir en place.
Sur la climatisation des écoles, l’adjoint Pierre-Édouard Detrez explique : « Nous ne prenons pas l’engagement d’installer des climatiseurs dans les 83 écoles. Certains bâtiments sont mal isolés (...) Ensuite, les coûts de la généralisation de la climatisation seraient aussi très élevés. Ils seraient en contradiction avec la loi Élan, imposant aux collectivités des réductions de consommation énergétique. Notre ambition est plus large : adapter l’ensemble du patrimoine scolaire. Nous y travaillons. » Pendant les prises de parole, Julien Sanchez fait part de son exaspération, accusant la majorité de faire des « monologues » : « C’est le Soviet suprême ! Nous sommes en dictature municipale ! »
Vincent Bouget version stratège ?
Julien Sanchez reprend la parole lors du budget supplémentaire consacré à la rénovation urbaine : « Les priorités et la vision des communistes ne sont pas les mêmes que la vision d’une municipalité de droite… À ce stade, nous nous abstiendrons. Mais nous doutons de vos solutions et orientations. » Vincent Bouget l’interpelle : « M. Sanchez, vous vous égarez… Vous n’êtes plus dans la délibération ! » Et le maire de ressortir le règlement de la ville de Beaucaire, que Julien Sanchez a dirigée de 2014 à 2024 : « Le maire exerce la police de l’assemblée et peut rappeler à l’ordre un élu qui monopolise la parole ou perturbe le bon déroulement des séances. Sanction possible : retrait de parole pour le reste de la séance… Ce que je ne fais pas. Vous voyez, en matière de démocratie, vous avez encore quelques pas à faire. »
Nouvelle intervention de Julien Sanchez sur des subventions, d’un total de 100 000 €, versées à onze associations afin de permettre à davantage d’enfants nîmois de partir en vacances : « Cette promesse vous a amené beaucoup de voix dans certains quartiers (…) Les enfants qui ne partent pas en vacances ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Quand j’étais maire, beaucoup d’enfants me répondaient qu’ils étaient partis de l’autre côté de la Méditerranée (…) Comment sont choisis ces enfants ? » L’adjointe à la Jeunesse, Sabine Oromi, répond : « Nous avons lancé un appel à projets. Ce sont des associations diverses et variées qui ont répondu. Elles permettront à des enfants de différents quartiers de bénéficier de ces vacances. Je ne vois pas quelle est votre difficulté… »
Fête de l’Aïd et de Noël, même combat ?
Dernier round sur les questions orales. Julien Sanchez attaque franco : « Vous mettez à disposition des stades de la ville pour le culte musulman afin de faire des prières, alors que vous supprimez l’apéritif après une messe pour Jeanne d’Arc… Il va falloir nous expliquer la cohérence ! On comprend comment vous êtes allés chercher vos voix pour les municipales ! » L’élu délégué à la Laïcité, Nicolas Cadène, répond en contextualisant : « C’était pendant quelques heures, à l’occasion de la fête de l’Aïd (…) La loi autorise à mettre des équipements à disposition de toute association qui en fait la demande dès lors que cela répond à un intérêt général et aux exigences de sécurité de toutes et tous. Quand c’est la période de Noël, nous mettons aussi des équipements à disposition. La laïcité, ce n’est pas l’opposition à un culte mais la stricte application de la loi à chacun d’entre eux. » Et à Vincent Bouget de conclure, en résumant : « Systématiquement, quelle que soit la délibération, il faut que ça tombe sur les musulmans ! »
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111 000 € pour l’opération Bonjour Nîmes. En fin de conseil municipal, l’élu d’opposition RN, Titouan Thomas, a posé une question sur le coût de l’opération Bonjour Nîmes : « Vous avez choisi de faire appel à une société, Séquence 25, dont le siège est à Paris. Pourquoi les agents de la ville de Nîmes n’ont-ils pas réalisé les films enquêtes projetés ensuite lors de vos réunions publiques ? Quel est le coût ? » L’adjoint aux Finances, Gilles Guillaud, répondra : « L’attente et les besoins sont grands en matière de démocratie participative. L’ensemble du dispositif représente 111 000 €, soit moins de 10 % du budget de communication de la Ville. » Et Vincent Bouget de conclure : « Les services de la communication travaillent déjà beaucoup et n’auraient pas pu absorber une charge de travail supplémentaire. »