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FAIT DU SOIR Pas de rentrée pour Rafael : le coup de colère d’une jeune maman bagnolaise

Charlotte Coupas et son fils Rafael, âgé de 5 ans et demi. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Jeudi 2 septembre, tous les enfants ont regagné les bancs de l'école. Mais pas Rafael. Âgé de 5 ans et demi, ce petit Bagnolais est handicapé à plus de 80%, après plusieurs crises d'épilepsie à l'âge de 5 mois. Aujourd'hui, il présente un retard global du développement et des troubles autistiques, et a besoin d'un AESH (Accompagnant des élèves en situation de handicap) pour suivre en classe. Sauf que le jour de la rentrée, aucune trace de l'accompagnant...

"On a fait la rentrée à l'école Jules-Ferry en même temps que les autres enfants. Je suis restée jusqu'à 9h30 dans la classe avec mon fils, mais l'AESH n'est jamais arrivée. On a dû rentrer chez nous", déplore Charlotte Coupas, sa jeune maman célibataire de 28 ans. À la colère qui monte, la détresse de son fils n'arrange rien : "Rafael ne comprenait pas, il était en pleurs dans la voiture. Je pense que s'il n'avait pas eu cette réaction-là, je ne me serais pas autant énervée. C'est terrible de le voir dans cet état-là alors qu'il a des droits et on ne respecte rien. C'est terrible qu'on lui fasse ressentir sa différence."

D'autant que depuis l'année dernière, Rafael a fait d'immenses progrès à l'école : "Ça l'aide beaucoup d'être au contact d'autres enfants. Il observe beaucoup. Il est aussi plus mobile depuis." Alors aussitôt, la maman fait entendre la voix "d'une maman en colère" sur les réseaux sociaux.

Des courriers et beaucoup d'appels pour faire bouger les choses

Elle envoie également des courriers à Emmanuel Macron, à la Première dame de France, au défenseur des droits ainsi qu'à plusieurs figures médiatiques. "J'explique à travers ces lignes que tout enfant a l'obligation d'être instruit. Pourquoi le fait qu'un enfant handicapé ne puisse pas aller à l'école ne dérange personne ?", interroge Charlotte Coupas.

Déjà, l'année dernière, elle avait connu des difficultés : "Une AESH qui s'occupait d'un autre petit garçon de sa classe a réussi à dégager 3h30 par semaine alors qu'il avait le droit entre 6 et 12h, comme l'a notifié la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées, Ndlr). Mais c'était la première année, je n'ai pas voulu embêter...", raconte sa maman. Seulement, cette année, c'est la goutte d'eau. D'autant qu'il est impossible pour Rafael de suivre à l'école sans quelqu'un à ses côtés : "Il met tout à la bouche, il ne marche pas... Un accident peut vite arriver", assure sa maman.

À l'école Jules-Ferry, on lui répond qu'un recrutement est en cours pour une nouvelle AESH, mais que ça pouvait prendre du temps. Désespérée, Charlotte Coupas se met à passer appel sur appel. Plus de cinquante en une semaine. Elle a aussi obtenu un rendez-vous avec le maire de Bagnols-sur-Cèze, Jean-Yves Chapelet, pour parler de son quotidien kafkaïen et de ce problème d'AESH. L'édile a été très ému par son histoire : "Je suis élu depuis 2008, j'en ai vu mais là, je suis tombée sur cette femme passée complètement sous les radars, passée à travers tous les dispositifs d'aides auxquels elle a droit." Dès l'entretien fini, il a appelé le DASEN pour regarder le dossier en priorité et a mis la jeune maman en relation avec l'assistante sociale du CCAS.

Bonne nouvelle : à la sortie de l'entrevue en mairie, elle a reçu un mail de l'école affirmant qu'ils avaient trouvé une AVS (Assistante de vie scolaire) pour Rafael. Trois semaines après les autres enfants, il a enfin pu aller à l'école. Il ira les jeudis et vendredis matin, en complément de l'EEAP (Établissement pour enfants ou adolescents polyhandicapés) Montaury de Nîmes les lundis et mardis.

"Au quotidien, je suis la secrétaire, le taxi, l'assistante de mon fils"

Mais le combat de cette maman est loin d'être terminé : "À 6 ans, toutes les prises en charge de Rafael s'arrêtent." Elle espère que "l'Artiste", comme elle le surnomme affectueusement, pourra intégrer un IME (Institut médico-éducatif) dans le Gard, mais elle redoute les mois d'attente. Elle a fait la demande à la MDPH en juin. Du côté de la mairie, on essaie aussi de faire avancer les choses.
"Au quotidien, je suis la secrétaire, le taxi, l'assistante de mon fils", relate Charlotte Coupas. Elle jongle entre les dossiers à remplir pour continuer à toucher ses droits : "En publiant ce texte sur les réseaux, j'ai été en contact avec plein de familles qui sont aussi en galère. Tout est compliqué et on est énormément à être dans le même cas."
Elle projette d'organiser un rassemblement à Bagnols pour sensibiliser la population sur le quotidien compliqué, de la complexité pour connaître et obtenir des aides, des dossiers traités trop lentement... Mais aussi pour que "l'homme de sa vie" ait le meilleur cadre de vie possible, qui ne soit pas seulement guidé par le handicap.
Mère et fils sont actuellement à la recherche d'un nouveau logement à Bagnols puisque leur bail prend fin au 30 septembre. "On a eu un rendez-vous au CCAS qui ont lancé la demande de logement adapté mais ce n'est pas gagné", relate Charlotte Coupas. Mais elle peut se réjouir d'avoir tendu la main et de voir qu'à Bagnols, plusieurs sont décidés à la saisir.
Marie Meunier

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