« Au début, je voulais obtempérer, puis j’ai été pris de panique. Je voulais partir », lance Duncan, depuis le box des prévenus du tribunal correctionnel de Nîmes. Pourtant, il a traîné un militaire de la gendarmerie sur plusieurs mètres à l’aide de son véhicule, avant de prendre la fuite. Arrêté par une unité de la brigade motorisée, à l’occasion d’un contrôle au radar, l’homme roule alors à 130 km/h sur une route limitée à 80. Malheureusement, la vitesse ne sera pas son seul délit en ce 6 avril 2026, entre les communes de Laudun-l'Ardoise et de Saint-Laurent-des-Arbres. Condamné à de multiples reprises pour des délits routiers, l’homme d’une trentaine d’années est alors sous le coup d’une annulation de son permis de conduire, et il le sait.
Le contrôle se déroule d’abord dans le calme. Visible sur la caméra-piéton du militaire, Duncan semble à l’aise et coopère en cherchant ses documents dans sa boîte à gants. Puis, tout dérape. Alors que le militaire se trouve toujours dans la portière, le conducteur appuie sur le start and stop du véhicule et se met à reculer à vive allure. Bloqué dans l’habitacle, le gendarme a alors retiré les clés du contact, sans effet immédiat sur le moteur, continuant à faire reculer la BMW, menée par son chauffard. « J’ai alors stoppé le véhicule pour ne pas qu’il se blesse », explique le prévenu. Pourtant, le gendarme livre une toute autre version des faits. « Il s’est arrêté, car il a percuté le trottoir », explique le motard, très affecté par ce contrôle qui a viré au fiasco.
10 jours d’ITT
L’arrêt du véhicule a permis au militaire de se dégager, malgré les blessures que cette embardée lui a causées. Élongation des ligaments du doigt et œdème au niveau de la main droite, il a été arrêté pendant dix jours à la suite de cet épisode violent. En enclenchant d’abord une marche avant, puis en effectuant un demi-tour, le chauffard est repassé devant le militaire, manquant une nouvelle fois de le renverser. Et son épopée ne s’est pas arrêtée là. Dans sa fuite, qui s'est étendue sur plus de 7 km, l’homme a percuté un autre véhicule qu’il était en train de doubler. Le tout, en omettant toutes les règles élémentaires du code de la route et manquant de près un choc frontal avec un troisième conducteur arrivant en face. « Je ne me suis pas rendu compte que j’avais tapé une voiture », explique Duncan, assurant qu’il était persuadé qu’il s’agissait d’un dos-d’âne pris trop rapidement par ses soins. Une fois interpellé, il a été contrôlé positif au cannabis et aux THC. Ceci explique cela.
Interrogé sur ce comportement plus qu’étrange, le prévenu s’explique. « La voiture, c’est le seul héritage qu’il me reste de mon père. J’étais en récidive, je savais qu’elle allait être saisie », dit-il, à demi-mots. Tenant compte de l'annulation de son permis, mais également des expertises toxicologiques réalisées sur le prévenu, Adélaïde Galtier, procureur de la République, a appelé à la plus grande fermeté. « Il n’y a plus de clémence à avoir », dit la représentante du ministère public, avant de requérir 5 ans d’emprisonnement à son encontre, assorti d’un maintien en détention. Le tout, sous le regard surprit de l’assistance. Des réquisitions particulièrement lourdes qui ont été suivies par le tribunal, malgré la plaidoirie de maître Marc Roux, soulignant que son client n’est « pas violent par nature ».
Duncan a donc été condamné à 5 ans d’emprisonnement avec maintien en détention. L’objet du délit, soit sa BMW, a été confisquée et il aura l’interdiction de passer son permis de conduire pendant 1 an et de détenir ou de porter une arme pendant 5 ans. Une décision ferme, qui témoigne de la volonté du tribunal de réprimer sévèrement les refus d’obtempérer, de plus en plus nombreux à toucher la barre des tribunaux correctionnels.