Doté d’un budget de 9,5 millions d’euros, dont 5,7 millions apportés par l’Union européenne, le projet LIFE Sources va transformer pendant six ans, de janvier 2026 à décembre 2031, un large territoire du nord-Gard en un vaste terrain d'expérimentation pour mieux gérer l’eau, restaurer la fertilité des sols et accompagner les agriculteurs, collectivités, habitants et professionnels du tourismevers une nouvelle logique d’adaptation au réchauffement climatique. Ce périmètre, qui s’étend du seuil des gorges à Dions jusqu’à l’embouchure des Gardons dans le Rhône à Aramon, inclut des communes comme Uzès, Remoulins, Vers-Pont-du-Gard, Saint-Dionisy et Sauve, et concerne 36 collectivités.
Changer de modèle
Le changement climatique, ici, n’est plus une projection, mais une réalité. Chaque été, les restrictions d’eau se multiplient. Chaque automne, des sols saturés ne retiennent plus les pluies. Chaque printemps, les cultures portent les stigmates de l’aridité. « Le changement climatique n’est plus une théorie, c’est une réalité très concrète », souligne Chloé Ridel, députée européenne gardoise. Et les épisodes cévenols, de plus en plus violents, renforcent un constat sans appel : il faut changer de modèle. C’est pourquoi le Syndicat mixte des Gorges du Gardon et la CCPG ont choisi d’agir à l’échelle d’un territoire entier, après trois ans de travail d’anticipation et de mobilisation. Leur projet, retenu dans le cadre du programme européen LIFE dédié à l’environnement et au climat, a été lancé sous l’acronyme LIFE Sources, pour Solutions d’Optimisation des Usages et Réflexions Collectives sur l’Eau et les Sols.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il n’est pas question de construire un nouveau barrage ou un grand ouvrage hydraulique. L'approche est tout autre. Ralentir l'eau, favoriser son infiltration, la stocker naturellement puis mieux la partager. « Le diagnostic n'est plus à faire ou à peaufiner, il est temps d'agir », insiste Dominique Andrieu-Bonnet, présidente du Syndicat mixte des Gorges du Gardon, pour qui chaque seconde perdue accroît la vulnérabilité du territoire.
Dix partenaires techniques et scientifiques participent au projet, parmi lesquels l'Établissement public territorial de bassin des Gardons, la Chambre d'agriculture du Gard, les CIVAM, Agroof, le CPIE du Gard, AgroParisTech, l'INRAE, le SICTOMU ou encore le ministère des Armées via le Camp des Garrigues.
Faire revenir l'eau dans les sols
Dans les exploitations agricoles, cela se traduit par le pilotage de l’irrigation pour éviter les gaspillages, le développement de l’agroforesterie avec la plantation d’arbres, la restauration des sols grâce à des couverts végétaux et au compostage local, ainsi que l’expérimentation du keyline design, une méthode d’aménagement des terres selon les courbes de niveau qui permet de diriger l’eau là où elle peut s’infiltrer durablement. Dans les communes, les surfaces imperméables, parkings, trottoirs, cours d’école, seront progressivement converties en jardins de pluie, noues ou bassins d’infiltration, aménagements qui limitent le ruissellement lors des fortes pluies tout en rechargeant les nappes phréatiques.
Les hébergements touristiques, campings, chambres d’hôtes, gîtes, seront accompagnés pour réduire leur consommation d’eau et mieux gérer les eaux pluviales. Soixante foyers volontaires testeront aussi des solutions simples et peu coûteuses, comme des récupérateurs d’eau, des robinets équipés d’aérateurs ou des aménagements de jardin favorisant la rétention. Chaque action fera l'objet d'un suivi scientifique afin d'évaluer son efficacité. Si les résultats sont au rendez-vous, les solutions expérimentées sur ce territoire pourront être reproduites dans d'autres régions méditerranéennes confrontées aux mêmes épisodes de sécheresse et de pluies extrêmes.