Si une partie de la serre est restée debout, une autre a perdu le palstique qui la couvrait, tandis que les derniers mètres ont totalement disparu. Les arceaux, parfois pliés, sont posées au sol, à côté de la serre. Dans la nuit de mercredi à jeudi, la semaine dernière, une mini-tornade a traversé l'hectare d'Amandine Sellini, propriétaire et ouvrière de la Pépinière gourmande à Aulas.
"On recherche des arceaux pour une quinzaine de mètres, confie Amandine Sellini. Tous les poteaux en bois vont aussi être enlevés, ils ont trop bougé. L'ombrière était posée dessus." À côté des restes d'arceaux est effectivement visible un tas de bois, vestiges du support de l'ombrière, abattu par le vent. "Il faut qu'on refasse vite quelque chose pour cet été, les myrtilliers et les asiminiers en ont absolument besoin."
"La première zone, avec le brise-vent que j'avais fait, a explosé. Puis, la structure en bois." Et, enfin, la serre. Et parmi les végétaux mis sous serre, "pas mal de trucs ont souffert. J'avais fait une serre dans la serre pour la chaleur, pour y mettre des boutures et des essences fragiles. Et ça fait plusieurs jours qu'elles sont à l'air libre."
"On est en première ligne face au changement climatique"
"Même la première bâche, qui est restée sur la serre, on va l'enlever, détaille Amandine Sellini. Elle s'est éventrée au milieu." La pépiniériste évalue "à 3 000 €" le budget nécessaire pour remettre la serre en état, "sans compter la mini-pelle pour creuser". Ni toute la structure en bois, brise-vent et ombrière. Et la tarière nécessaire pour enfoncer les poteaux.
"Sans compter le manque à gagner sur les plantes, recense Amandine Sellini. Il y avait des boutures de petits fruits pour l'année prochaine, et des boutures insolites qui ont besoin de serre et de protection... C'est le début de la grosse saison... Et, avec la météo, démarrer les semis était déjà compliqué..." D'où l'urgence de remettre le site en état, pour garantir les productions et continuer à accueillir visiteurs et clients.
Installée depuis 2020 dans cet hectare sur la commune d'Aulas, Amandine Sellini a implanté "beaucoup de variétés, j'en ai même trop !", sourit-elle. Ce qui ne l'avait pas empêché de commencer une production d'agrumes cette année. Mais avec les pluies qui ne s'arrêtent plus, et leur poids sur un éventuel acte d'achat, "j'ai un énorme stock de fruitiers pas vendus : des pommiers anciens, des poiriers, des cerisiers, des pruniers, etc."
"Ce n'est pas un métier où on gagne vraiment de l'argent", constate Amandine, formée au départ à la menuiserie. Mais qui a trouvé sa voie sur ce terrain d'Aulas. "Ce qui m'a émerveillé, c'était de sortir de la condition humaine. Je ne parle pas de voir le reste du vivant comme un égal, mais d'être ici comme des colocataires, donc dans une autre forme de respect. C'est forcément de l'émerveillement et, du coup, ce n'est pas que du végétal mais on est aussi au contact de la faune."
"Mais on est en première ligne face au changement climatique, constate Amandine Sellini, en agglomérant tous ceux qui travaillent avec du vivant. On est très tributaires de ces phénomènes violents." Et, que ce soit du côté des assurances, qui se dégagent bien souvent de leurs responsabilités, ou des choix nationaux, le soutien ne vient pas. "Au contraire, les contraintes augmentent. Comme la facturation numérique pour l'assujetissement à la TVA, qui est trop difficile. Ou le nombre de passeports phytosanitaures qui augmentent..."
"C'était la première année où je pouvais avoir un roulement", regrette Amandine Sellini. Qui a assisté à la création d'une cagnotte de soutien en ligne par une voisine, pour lui permettre de faire face aux montants nécessaires à la reconstruction de la serre. "Pour moi, ça a été hyper touchant", confie Amandine Sellini. Mise en ligne samedi dernier, la cagnotte atteignait un peu moins de 6 000 € en ce jeudi midi mais est toujours ouverte (à retrouver ici). Pour que la pépinière d'Amandine Sellini reste gourmande...
La Pépinière gourmande maintient ses trois journées portes ouvertes au printemps, les 29 mars, 19 avril (avec petit concert et table-ronde avec des femmes paysannes) et 24 mai, aux Cambières à Aulas