Deux en rive gauche et une en rive droite. Voici, vite résumées, les trois hypothèses formulées par les services du Département qui "ont beaucoup travaillé", insiste Isabelle Fardoux-Jouve, conseillère départementale du canton, et ont surtout dû composer avec les multiples propriétés privées susceptibles d'accueillir le sentier. Trois hypothèses "parmi une dizaine au total", précise le maire, Pierre Aiguillon. C'est que l'enjeu n'est pas mince : maintenir - après les inondations 2020 qui ont vu le sentier initial s'en aller avec la crue - le cap du chemin de Stevenson vers Saint-Jean-du-Gard, qui vit aujourd'hui grâce à une convention avec une propriétaire forestière, Jeannine Bourrely (relire ici). Et qui est fréquenté par plus de 15 000 randonneurs chaque année.
La première hypothèse envisagée prône… le statu quo. "Avec des aménagements que ferait le Département et des panneaux pour sensibiliser les randonneurs au respect et à la particularité de cette forêt", détaille Isabelle Fardoux-Jouve. Depuis plusieurs décennies, Jeannine Bourrely entretient effectivement ses parcelles, en organise les plantations, certaines zones étant de véritables laboratoires de diversité. Actuellement, selon le Département, 1,5 km du chemin sont sur les terres dont elle est usufruitière sur un tracé de 7 800 mètres. Mais sept autres propriétaires seraient à convaincre. Et Jeannine Bourrely, et ses héritiers, ne souhaitent, de toute façon, pas renouveler la convention. Pour le Département, ce serait de loin la solution la moins coûteuse, soit environ 50 000 €.
600 000, 200 000 ou 50 000 €
"La deuxième solution en rive gauche ne passe pas par chez Mme Bourrely, poursuit Isabelle Fardoux-Jouve. Elle ne passe non plus en bordure de la route et suit une courbe de niveau avant de descendre vers Saint-Jean." Mais treize propriétaires sont à convaincre sur les 8 100 mètres du parcours qui, pour le coup, compterait moins de dénivelé que le tracé actuel. Le sentier longerait les terrains de la Légion étrangère. Mais la solution est coûteuse, environ 605 000 €, dont 600 000 € pour sécuriser la traversée des routes départementales, avec une "forte contrainte de sécurité pour l'aménagement de la RD 260", c'est-à-dire la route qui monte au col Saint-Pierre.
Enfin, la solution en rive droite a le défaut - comme le craignait Pierre Aiguillon quand Objectif Gard l'avait interrogé - d'avoir un dénivelé supérieur, la crainte étant que certains randonneurs se découragent d'aller jusqu'à Saint-Jean-du-Gard dans ce qui devrait être une fin d'étape. Alors que la variante rive gauche affiche 140 mètres de dénivelé positif et 600 m de dénivelé négatif, ce sont 820 mètres de positif en rive droite et 1 080 m de négatif. Sur un parcours qui s'allonge de 2,6 km.
"Le travail qui a été fait me va, juge Pierre Aiguillon. L'objectif était d'arriver à Saint-Jean-du-Gard, que le sentier soit en sécurité et qu'il ne revienne pas trop cher au Département. C'est ce qui a été proposé." "Le maire a dit qu'il allait s'activer pour rencontrer les propriétaires des terrains, on attend les premiers retours pour se revoir", conclut Isabelle Fardoux-Jouve. Un maire qui a "demandé l'appui du Département et de l'agglo pour qu'on avance en même temps sur les enquêtes".
Treize propriétaires sont à convaincre en rive gauche, contre seulement cinq en rive droite, malgré l'allongement du parcours. Coût et persuasion nécessaire feraient donc naturellement pencher la balance sur la rive droite. Mais la cohérence du tracé y perdrait. Et, quelle que soit la rive, mairie et Département voient mal comment ils pourront faire l'économie d'une déclaration d'utilité publique pour accélérer le processus. Pour autant, le nouveau tracé ne sera sans doute pas prêt quand la convention actuelle deviendra caduque, en mars 2027. Les institutions compteront sûrement, alors, sur la flexibilité de Jeannine Bourrely afin qu'elle leur laisse quelques mois supplémentaires...