Porté par la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS), France Travail et l’association CereGard, ce dispositif s’inscrit dans le cadre de la loi pour le plein emploi et des travaux menés depuis 2025 par les comités locaux pour l’emploi. Il s’appuie sur un diagnostic spécifique à Beaucaire, territoire marqué par la diversification de sa population et l'arrivée croissante d'habitants originaire d'Amérique du Sud : dans les QPV, le taux d’emploi reste plus faible, alors même que de nombreux habitants disposent d’expériences professionnelles riches, mais que les difficultés à maîtriser un vocabulaire technique limitent l’accès aux métiers et que les entreprises locales peinent à recruter dans plusieurs secteurs, notamment le commerce, la vente, les services à la personne et la restauration rapide.
« Il manque souvent ce petit lien pour que l’offre et la demande d’emploi se rencontrent, a souligné Yann Gerard, secrétaire général de la préfecture du Gard, lors du lancement officiel du parcours ce mercredi dans les locaux de l'agence France Travail de Beaucaire. Cette démarche est pragmatique, locale et innovante. Elle illustre qu’en matière de lutte contre le chômage, on n’a pas tout essayé et qu’on doit continuer à innover. »
Un parcours sur mesure, pensé avec les entreprises
Treize demandeurs d’emploi ont été sélectionnés à l’issue d’un processus associant France Travail, l’association CereGard et les entreprises partenaires : McDonald’s, Carrefour, les boulangeries Ange et Le Fournil de Caro, Norauto, l'association Présence 30, Intermarché. Le parcours, d’une durée totale de 450 heures, repose sur une alternance entre formation et immersion professionnelle. Soit 250 heures de tutorat en entreprise et 200 heures de français langue étrangère, « axées sur le vocabulaire et les situations de travail vécues ou à venir, ce qui est intéressant et rassurant à la fois pour le candidat mais aussi pour l’employeur », précise Sabine Gaurel, chargée de développement de l'Emploi et de la Formation à la DDETS du Gard.
À l’issue de la formation, 13 embauches sont prévues, dont 7 en CDD et 6 en CDI. « L’objectif n’est pas seulement l’accès à l’emploi, mais sa pérennisation », a rappelé Séverine Paris, directrice de l’agence France Travail de Nîmes Saint-Césaire, aux côtés de Catherine Guillaume, nouvelle directrice de l’agence beaucairoise. « Le manque de maîtrise de la langue ne permettait pas à ces candidats d’aller vers des emplois diversifiés. Ce parcours leur donne les moyens de s’intégrer durablement. »
Des trajectoires de vie et des espoirs concrets
Les témoignages des candidats illustrent la portée humaine du dispositif. Maria, orientée vers McDonald’s, travaille depuis des années dans l’agriculture. « C’est compliqué parce que je ne parle pas beaucoup français. Toute ma famille a toujours travaillé dans l’agriculture, j’aimerais être la première a changé ça, pour donner une autre vie à ma fille. » Élisabeth, d’origine éthiopienne, vit en France depuis 22 ans, dont 18 passés dans les exploitations agricoles. Après un accident de voiture, sa vie a basculé. Elle voit dans ce parcours une opportunité décisive : « C’est difficile de trouver du travail. Là, ça va changer ma vie. L’équipe de McDonald's m’aide beaucoup. »
Mario, un Équatorien âgé de 31 ans, a rejoint les équipes de Norauto. « C’est une nouvelle vie, mais aussi un retour à ma première vocation. » Mario était mécanicien en Espagne. Roxana est diplômée en pharmacie dans son pays d’origine, un diplôme qui n’est pas reconnu en France. Après une immersion d’une semaine chez Carrefour, elle se projette désormais dans un emploi de libre-service. « Le métier me plaît, je veux continuer », assure-t-elle. Hannibal se projette lui aussi, au-delà d’une carrière professionnelle, en France dont il aime la culture. « C’est mon nouveau pays, j’espère une opportunité de travail et d’intégration », témoigne-t-il.
Une expérimentation appelée à s’étendre
Pour les entreprises, l’engagement est aussi « un pari sécurisé », pour reprendre l’expression du secrétaire général de la préfecture du Gard ; car soutenu par l’ensemble des partenaires. « On recherche avant tout de la motivation, un savoir-être », expliquent plusieurs employeurs, conscients de la nécessité de s’adapter dans leurs pratiques afin de favoriser l’intégration.
Cette expérimentation, lancée à Beaucaire, doit être reproduite en 2026 à Nîmes et à Saint-Gilles. « Ce qui est fait ici est inspirant », a conclu Yann Gerard. C’est en partant des réalités locales, en levant les freins linguistiques et en travaillant main dans la main avec les entreprises, que l’on construit des parcours vers l’emploi durable. »