Elle devait perdre son appartement, elle a perdu sa liberté. Occupant un logement sans en régler le loyer et malgré deux changements de serrures, Fatima comparaît aux côtés de deux de ses fils pour des faits de violences et de rébellion. C’est à l’arrivée sur place des commissaires de justice, accompagnés des services de police, venus faire application d’une ordonnance d’expulsion, que l’affaire a débuté, le 15 juin dernier. Coups, étranglement et violences verbales, la situation a plus que dégénéré. La mère de famille serait allée jusqu’à frapper les forces de l’ordre à l’aide d’une échelle, le tout en ayant été filmée par les caméras-piéton des policiers. Le commissaire de justice, visé par cette violence, a été soumis à quatre jours d’interruption totale de travail.
Pourtant, l’affaire n’a pas pu être jugée ce mercredi. Les deux avocates, maître Manon Casteran et maître Chrystèle Georges, intervenant pour la défense des trois prévenus, ont demandé le renvoi de ce dossier en lien avec leur saisine. Régulièrement amenés à travailler avec les commissaires de justice nîmois, les deux conseils ont préféré se retirer pour garantir aux prévenus une représentation équitable. Le débat s’est donc concentré sur les mesures de sûreté à mettre en place pour garantir la représentation des trois membres de cette famille lors de l’audience de renvoi. En garde à vue depuis les faits, la mère de famille, âgée de 63 ans, et ses deux fils, Hicham et Reda, comparaissent depuis le box des prévenus, encadrés par quatre policiers. « Je veux qu’on puisse s’expliquer », lance la sexagénaire, en pleurs. Turbulente, Fatima a été sommée de se taire à plusieurs reprises avant d’être conduite aux geôles pour permettre le bon déroulement des débats.
Un hébergement chez un fils ?
Soulignant que les faits ont constitué « un vrai trouble à l’ordre public », le procureur de la République a requis un placement en détention provisoire des trois prévenus, sans distinction. Pourtant tous trois disposent d’un casier judiciaire vierge. Compte tenu de la personnalité de son client Hicham et des seuls faits de rébellion lui étant reprochés, maître Casteran a demandé le placement sous contrôle judiciaire de son client. Même demande pour son frère et sa mère, formulée cette fois par maître Georges, ajoutant que les deux fils sont en mesure d’héberger leur mère, désormais sans domicile fixe.
À l’issue du délibéré, le tribunal a renvoyé le dossier au 5 août prochain. Dans l'attente, il a placé Hicham sous contrôle judiciaire, prenant ainsi en compte sa plus faible participation dans les faits reprochés, chefs de prévention à l'appui. Son plus jeune frère et sa mère ont, quant à eux, été placés sous mandat de dépôt, justifié par le président par « un risque de réitération » trop important. Apprenant son incarcération, Sabrina s’est écroulée : « Non, non, non. » Les mains accrochées au box, puis au banc, elle a dû être déplacée de force jusqu’à la sortie, avant d’être conduite à la maison d’arrêt de Nîmes. Elle va y passer les deux prochains mois, dans l’attente de son jugement en août.