Publié il y a 1 h - Mise à jour le 04.02.2026 - Rose Macauley - 4 min  - vu 171 fois

AU PALAIS Pour faire emprisonner sa femme, il se fait tirer dessus

Violence, arme, vol

Les deux balles ont touché la prétendu victime à bout touchant, selon l'auteur des tirs. 

- Maxim Hopman

Pour causer du tort à sa conjointe, de qui il est récemment déparé, ce prévenu demande à un ami de lui tirer dessus…

C’est une machination diabolique qui conduit, Frédéric, l’un des prévenus, à être cité à comparaître devant le tribunal correctionnel de Nîmes, ce mardi 3 février 2026. Absent à l’audience pour des raisons de santé, il a monté de toutes pièces un plan pour faire envoyer sa compagne en prison. Il a demandé à un ami, également prévenu dans cette affaire, de lui tirer dessus. Rien que ça. Le 6 novembre 2022, le plan a été mis en marche. Rachid, le tireur, l’a attendu près de son domicile, à Bellegarde. C’est là que les tirs ont eu lieu, à bout touchant selon le tireur. « Tu me tires sur l’épaule et sur la jambe, tu pars et après, j’appelle la police », aurait exposé son ami, selon les dires de Rachid. Un service rendu, en échange d’un « dédommagement » de 2 000 €.

Frédéric a donc, comme prévu, été blessé par balle au niveau de l’épaule et au mollet. Ausculté par un médecin légiste, il a été sujet à 45 jours d'interruption totale de travail. Un lourd tribut pour des sévices qu’il a lui-même instigué. Le manège a ensuite pu se poursuivre. À l’arrivée des gendarmes, Frédéric a dénoncé sa femme comme étant à l’origine de cette prétendue tentative de meurtre. C’est donc pour des faits de dénonciation calomnieuse qu’il est poursuivi ce mardi. « Je regrette le geste que j’ai fait, c’était pas bien », souligne Rachid, présent à l’audience. Il dépeint l’homme qui est à la fois le commanditaire et la victime des tirs comme étant son ami. « Il me mettait la pression », lance le prévenu pour justifier son acte.

Une vengeance
bien ficelée

« Désireux de se venger de sa compagne, il monte un stratagème dans lequel il se fait tirer dessus », résume Stéphane Bertrand, procureur de la République, soulignant qu’il s’agit de l’affaire de dénonciation calomnieuse la plus grave qu’il ait eu à juger de sa carrière de parquetier. Face à cette évidente gravité et faisant fi des problèmes de santé de Frédéric, il requiert 4 ans d’emprisonnement à son égard et demande un mandat d’arrêt. Pour ce qui est de Rachid, l’ami tireur, il requiert une peine de deux ans d’emprisonnement, dont une année assortie d’un sursis probatoire. Il envisage l’aménagement de la partie ferme de cette peine sous la forme d’un bracelet électronique.

Disposant tout deux d’un casier judiciaire bien rempli, les deux hommes sont connus de la justice. Violences conjugales et menaces pour le commanditaire, et vols pour son bras armé, c’est la première fois que les deux délinquants comparaissent pour des faits aussi réfléchis, malgré le lamentable échec de leur plan. En réalité, personne n’a cru aux allégations de Frédéric, encore moins les services de police. Niant intégralement les faits lors de ses premières auditions, Frédéric a adressé un mail au tribunal, dans lequel il reconnaît avoir tenté de faire accuser sa compagne de ces faits. Aujourd’hui atteint de multiples maladies notamment un cancer et un pneumothorax, son avocate, Maître Anouck Gasnot évoque qu’il lui aurait confié : « Finalement, la vie m’a puni ». Rachid, lui, reconnaît également l’intégralité des faits lui étant reprochés.

Des écoutes accablantes

« Même si tu prends 5 ans, tu ne verras plus tes filles », lance le prévenu à sa compagne victime du piège diabolique, au travers d’un échange téléphonique. Une manière pour lui de prendre le contrôle sur elle, pour un homme dépeint par la victime comme étant « excessivement jaloux », lors de son audition à la barre. « Quand j’allais pas dans son sens, il était méchant », ajoute la trentenaire, aujourd’hui séparée de son bourreau. C’est à l’occasion de l’enquête, que des écoutes téléphoniques très parlantes ont été exploitées par les forces de l’ordre. « De doute de façon, tu n’y es pour rien », y dit le commanditaire de cette machination en s’adressant à sa compagne. « Je connais des gens de Marseille, ils vont de brûler vive », aurait aussi lancé le prévenu, pour intimider la compagne qu’il n’a pas su garder.

S’estimant en proie à un traumatisme majeur à cause de ces accusations, la victime a chiffré son préjudice moral à 15 000 €. Lors de sa prise de parole, son conseil dénonce « des accusations fausses et totalement absurdes » ayant eu des conséquences « physiques, psychologique, familiales, économiques et professionnelles » pour sa cliente, dont le métier consistait à gérer l’épicerie du couple. Face aux réquisitions, Maître Salimata Diagne, intervenant pour les intérêts de Rachid, a plaidé la contrainte morale, estimant qu’un lien de domination existe entre les deux prévenus. « Il s’adresse à lui comme à un subordonné ». Dans une brillante plaidoirie, Maître Anouck Gasnot s’est montré déterminée à souligner l’importance de la personnalisation de la peine au cas de son client, gravement malade, sans toutefois excuser ses agissements. « Son état de santé, non, on ne s’en fiche pas », souligne l’avocate.

Des réquisitions suivies

À l’issue des délibérations, le tribunal présidé par Jérôme Reynes a déclaré les deux hommes coupables de dénonciation calomnieuse, pour l’un, et de violences avec arme, pour l’autre. En répression, Frédéric a écopé de 4 ans d’emprisonnement et va devoir payer une amende de 20 000 €. Un mandat d’arrêt est décerné à son encontre. Rachid, lui, est condamné à 2 ans d’emprisonnement, dont une année assortie d’un sursis probatoire. L’année ferme est aménagée sous la forme d’un bracelet électronique. « Il va falloir vous tenir à carreau monsieur », conclut Jérôme Reynes. Les deux prévenus vont aussi devoir indemniser la victime à hauteur de 10 000 €, au titre de son préjudice moral, et de 1 000 € pour ses frais de justice.

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