De l'extérieur, on collerait bien le 18e siècle sur la façade principale du bâtiment. Jusqu'à ce que le propriétaire des lieux, Jean-Luc Bourrier vous attire vers le mur nord, d'où se détache une morphologie du mur différente du reste de la bâtisse. "Ce sont quelques mètres carrés de petit appareil du 11e siècle. Nous sommes sur la partie médiévale du château." Au cours des siècles, l'édifice s'est étendu des ruines du Castelas jusqu'au bout de l'actuelle rue et au "portail", dont le nom est resté. "Mon arrière-arrière-grand-père a tout acheté en 1862, poursuit Jean-Luc Bourrier, avec le champ d'en face".
Le monument n'est donc plus la propriété des seigneurs initiaux, les Vissec de Latude. "Nous, on a vu apparaître le pan de mur du 11e siècle à la faveur de travaux", raconte Jean-Luc Bourrier. Et ce détail supplémentaire a continué de piquer la curiosité de l'actuel maître des lieux. Il a notamment remarqué une grande fenêtre ouverte au 18e siècle, "mais sur un bout du château médiéval, la cuisine. Les archives du 19e siècle parlent encore d'ancienne cuisine".
Mais à l'ouverture des portes du château, ce n'est pas ce qu'on remarque en premier : face au visiteur, l'escalier d'honneur du château, en chêne, presque démesuré par rapport à la bâtisse actuelle, est du 17e siècle. Il fait le lien entre différentes époques de l'édifice. "Avant la cuisine du 17e, c'était l'écurie du 13e siècle, montre Jean-Luc Bourrier. Ici, le mur a 700 ans."
Un demi-tour, et "on revient au 15e siècle, puis à la maison rurale annexée au 16e siècle pour agrandir le château. C'était le début de la basse-cour, qui se prolongeait dans la rue actuelle au 16e siècle." Jusqu'au portail, au niveau du sol, l'alternance des ouvertures sont claires : "Une porte pour les gens, une porte pour les animaux, montre Jean-Luc Bourrier. En annexant la maison rurale, les propriétaires en ont abattu deux autres." La place devant le château a été ouverte grâce à ces destructions.
Les armoiries de Michel de Montfaucon coiffent la porte d'entrée du château. La famille a mis la main sur l'édifice à la faveur de mariages. "Au-dessus des armoiries, il y avait au départ une couronne de marquis", rembobine Jean-Luc Bourrier. Depuis 2009, fort d'une histoire de dix siècles, le château est classé monument historique.
À gauche en entrant, dans la "cuisine du 15e siècle", le château de Vissec accueille chaque année une exposition. Cette fois-ci, ce sont les aquarelles de Philippe Perrier et des peintures de Soumisha Dauthel. "La cheminée n'a que 250 ans. Elle a été installée quand le salon a été transféré au rez-de-chaussée. Le sol, lui, a 500 ans", indique Jean-Luc Bourrier en montrant de grandes pierres à terre. Et les portes n'en sont pas loin : à caisson, elles ont été installées "15 ans après la mort de Louis XIII".
Dans ce "fort modeste château de Vissec", selon son propriétaire, les chantiers se succèdent. L'urgence, désormais, c'est un enduit à faire au nord mais surtout reprendre les plafonds à la française. "J'espère une subvention", avoue Jean-Luc Bourrier, qui vit environ la moitié de l'année sur place. Et qui continue de faire visiter gratuitement le château en été, "depuis neuf ans. En moyenne, on me laisse un euro par visiteur..." Pas de quoi lancer des travaux de restauration très régulièrement. "Mais j'ai plaisir à faire visiter les lieux", confie le propriétaire.
Et on le comprend, notamment à l'étage, dans le salon, coiffé par un plafond de 350 ans posé sur des murs de 700 ans, et chauffé par une cheminée Louis XIII. Au fond, dans une petite pièce "qui était ma chambre quand je venais voir mon grand-père, un jour j'ai mis un coup de pelle pour sortir des gravats". Et ce que Jean-Luc Bourrier a vu l'a rendu curieux. "Finalement, en retirant sept à huit couches de badigeon de chaux, je suis tombé sur des dessins produits entre 1658 et 1666, selon une technique de fresque".
"Je me suis battu pendant dix ans avec la DRAC (direction régionale des affaires culturelles) pour faire reconnaître que le décor était complet." Un ancien relevé d'archives du 5 janvier 1666 a finalement servi de juge de paix. Entre une porte en noyer datant de Louis XIII et une cheminée du 17e siècle, dans la chambre, Jean-Luc Bourrier reste intarissable sur ses murs, et continue de faire partager ses découvertes jusqu'au 21 août, toujours gratuitement, entre 14h et 20h sauf le mercredi. "Le Petit Poucet des châteaux français", selon Jean-Luc Bourrier, n'est pas le moins intéressant.